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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 2 · 26 juin 2015

Un cimetière vivant

Le chantier collectif à Saint-Bonnet-les-Tours-de-Merle

Bienvenue en Xaintrie. À Saint-Bonnet-les-Tours-de-Merle. Le nom le plus grand du limousin pour une commune des plus petites. 44 habitants. Jean-Michel Teulière en est devenu le maire aux dernières municipales. Et depuis, il s’en passe dans ce petit bourg ! Ici les élus ont décidé que ce n’est pas la taille qui compte.

Peu d’habitants, peu d’argent, mais des idées

S’il ne s’agit pas de faire la révolution ni de faire la leçon, il s’agit d’arrêter le discours de la plainte et de s’autoriser je propose d’ajouter : à agir. Et si les « Les gestions communales sont des gestions très conventionnelles au même titre que notre agriculture », Jean-Michel affirme que ce n’est pas une fatalité. À St-Bonnet, le conseil municipal s’est mis au travail. Et parmi toutes les nouvelles initiatives toutes aussi républicaines qu’iconoclastes, il y a celle de faire passer le cimetière du minéral au végétal. Un petit projet local mais un grand pas dans l’ordre du symbolique. Car la pierre tombale est aussi celle d’achoppement du zéro-phyto dans les communes. Tous les élus vous le diront : on peut arrêter les herbicides excepté pour les quartiers mortuaires. Et bien à Saint-Bonnet les élus et les habitants ont prouvé le contraire.

Un jardin-cimetière

Le cimetière du bourg est un bel endroit. Légèrement en retrait du village. Bordé d’un muret de pierres, il surplombe, comme le dormeur, un val de verdure. Mais ici comme ailleurs la tradition y avait imposé jusqu’alors un sol de cailloux… à « saucer » chaque année d’herbicide pour « le tenir propre », comme il est dit par ici. Fastidieux, polluant… La proposition : remplacer le minéral par le gazon et réaliser un petit aménagement paysager. La caillasse a donc était extraite à grand peine pour semer gazon et jachère fleurie, planter une quinzaine d’arbustes, couler une dalle d’accès en chaux et sable local, remonter des murs de pierres sèches. Autour du socle de la grande croix centrale, bientôt rénovée, vont être collées des ardoises avec – là ou il s’arrête – des haïkus (je propose d’ajouter : (poèmes courts)) sur le temps qui passe. Un banc, enfin, devrait venir finir l’aménagement, pour se reposer pour… un temps, cette fois.

Une capacité à mobiliser

A Saint-Bonnet, il n’y a pas d’autre employés municipaux que la secrétaire de mairie à mi-temps je propose : la seule employée municipale est la secrétaire de mairie, à mi-temps. Quand l’ancien maire a demandé à Jean-Michel de reprendre le flambeau, ce dernier a vite réalisé qu’il ne fallait pas y aller seul « grisé par l’idée de devenir le petit baron local ». Il a donc constitué une équipe en capacité d’agir et de mobiliser sur le Commun. C’est ainsi que le chantier du cimetière s’est fait avec et par les habitants et pour un montant… de 0 €. Jean-Michel me raconte « j’ai pris mon bâton de pèlerin pour démarcher des entreprises citoyennes. J’ai pu avoir tous les matériaux nécessaires… 6000 € au total ». Un adjoint à passé l’équivalent d’un mois de travail sur le chantier. Un autre assure la tonte des espaces verts. La mobilisation passe par la valorisation. Un bulletin municipal généreux a été créé. Trois ou quatre fois l’an, il donne à voir le travail fait en commun.

Le paradoxe de la taille

Jean-Michel reconnaît que le petite taille de sa commune présente des avantages. La population est plus facilement mobilisable et la quasi autogestion possible je propose : on peut s’approcher de l’auto-gestion. C’est ainsi qu’un référendum informel a été organisé. Il a permis d’avoir l’assentiment de tous sur le gentilé je propose d’ajouter : (nom des habitants) : les de Saint-Bonnetois et sur l’extinction de l’éclairage public la nuit. Pour autant Jean-Michel travaille à plus grand. « Moi je me sens faire partie du bassin de vie d’Argentat, je veux m’impliquer à cette échelle-là et je pense que le salut de nos petites communes rurales vient de cette mutualisation… qui est rendue obligatoire, parce que, sinon, demain on va crever. » Et lorsque je lui demande si ce n’est pas justement parce qu’elles sont toutes petites qu’elles sont plus agissantes, il me dit « effectivement, tu as raison ça permet d’être un peu créatif de ne pas avoir de ronds. Certainement. »

Portrait

Jean-Michel Teulière fait partie de ces personnes qui ont la faculté de mener plusieurs vies en une. Il travaille à Limousin Environnement depuis plus de vingt ans comme animateur nature et, plus récemment, à la création de sentiers d’interprétation pour les communes de la région. C’est là son cœur de métier. Il y est venu en mobylette, en sillonnant la campagne limousine, jumelles de communion(??) autour du cou. Depuis, elles ne l’ont jamais quitté. Une passion dévorante qui est devenue une profession, une vie. Sur une autre moitié de son temps, il est aussi fonctionnaire territorial en Haute-Vienne, là où il a grandi. St-Bonnet, c’est le retour aux sources, la maison du grand-père paternel, métayer.

Jean-Michel est très attaché à sa région, à sa culture, à sa langue. Le drapeau occitan se mêle au bleu blanc rouge sur le fronton de la mairie. Mais il est républicain (les vrais !) et l’affirme :« Je ne suis pas un révolutionnaire, je suis très républicain. Fier d’être français. Ça ne me dérange pas de me balader avec un drapeau bleu blanc rouge dans la rue. Il a été tellement piqué par l’extrême droite. Il faut l’affirmer, le revendiquer ». Vous l’avez compris, Jean-Michel n’est pas homme qu’on croque d’un trait de plume. Et il souffre parfois de la caricature faite par le monde paysan d’où il vient : « Je suis perçu comme une petite bizarrerie. Et je charrie les stéréotypes de l’écolo, de quelqu’un qui est contre tout. ».

Hors des sentiers battus, on peut cheminer chaque week-end avec lui au gré de sa chronique sur France Bleu Limousin « Destination nature ». Il collabore aussi chaque printemps à CO2 mon amour sur France inter. Mais là ne s’arrête pas la liste, le maire-animateur-chroniqueur est aussi correspondant scientifique pour le muséum d’histoire naturelle de Paris, auteur et co-auteur de plusieurs ouvrages, père de deux enfants… Actif, certes… Mais optimiste ? « Je suis un optimiste farouche à titre individuel, je n’ai pas peur de l’avenir. Par contre, au niveau sociétale, on va droit dans le mur. On est très mal barré. L’homme est ainsi fait. S’il était sage, ça se saurait. Nous n’aurions pas vécu toutes les guerres que nous avons connues. L’homme est un suicidaire, conscient ou inconscient. »

Jean-Michel Teulière

Le cimetière avant les travaux, à Saint-Bonnet-les-Tours-de-Merle
Monsieur le maire devant la mairie de Saint-Bonnet-les-Tours-de-Merle

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