
Si la régie municipale de l’eau est en bonne voie à Tulle, son approvisionnement en eau potable devient délicat au point qu’en 2017 les Tullistes ne boiront plus l’eau de la Corrèze mais celle de la Vézère, pompée à Uzerche.
Les besoins annuels en eau potable de Tulle (eau du robinet et fuites du réseau de distribution) sont d’environ 1 350 000 m3 en 2014. L’eau distribuée à Tulle est principalement pompée dans la Corrèze en amont de la ville. L’usine de potabilisation et les stations de désinfection rendent l’eau conforme à la consommation humaine.
Il est constaté depuis plusieurs années que la quantité d’eau disponible dans la Corrèze n’est pas suffisante toute l’année pour la distribution d’eau. En été, le niveau d’eau de la rivière est bas. Trop bas pour que le pompage puisse se faire sans préjudice à l’état sanitaire du cours d’eau. Le Débit Minimum Biologique doit être maintenu, par exemple pour ne pas risquer l’asphyxie des poissons.
Plusieurs possibilités pour arrêter le pompage de la Corrèze ont été étudiées. Il a été envisagé de construire une retenue d’eau en amont de Tulle. Similaire à celle projetée à Sivens, son emprise foncière aurait été trop importante. La connexion à la station de potabilisation de Roche-de-Vic, sur la Dordogne, n’a pas été retenue. Pas plus que continuer avec les actuels captages en les protégeant, puis en les interconnectant aux autres réseaux de Tulle Agglo. Leur dissémination sur le territoire ne laisserait pas de place à l’agriculture industrielle.
Le « projet Vézère », porté par le syndicat du Puy des Fourches, est celui retenu. La quantité d’eau de la Vézère est bien plus importante que celle de la Corrèze. Sur son cheminement, plusieurs barrages électriques permettent le stockage de plusieurs millions de mètres cubes, qui sont d’abord destinés au refroidissement des réacteurs nucléaires situés en aval. Le projet « Vézère » prévoit de pomper la Vézère à Espartignac. Puis de potabiliser l’eau et de la transporter dans un aqueduc jusqu’à Seilhac où est prévue la construction d’un réservoir de 5 000 m3 pour alimenter Tulle et Naves. Entre la potabilisation et le réservoir, Espartignac, Uzerche, Lagraulière, Saint-Jal et Seilhac seront approvisionnées par l’aqueduc principal.
Plus de 26 millions d’euros sont nécessaires au financement de cet aqueduc. La moitié financée par l’Agence de l’eau qui elle-même est financée par la seule éco-taxe qui fonctionne en France. Sur chaque mètre cube que vous payez au compteur une taxe est prélevée. Elle est appelée « contribution agence de bassin ». L’autre moitié du financement est à trouver auprès des collectivités concernées.
Construire un tel équipement (station de potabilisation, aqueduc de 30 km, réservoir de 5 000 m3…) a un coût et des conséquences foncières et environnementales. Mais au-delà de ce nouvel équipement, sa nécessité a-t-elle été bien calibrée ?
Un projet imposé à la population
Une fois de plus les élus ont décidé de ce projet dans leur coin et en ont parlé aux usagers une fois le budget de réalisation engagé. Pour que l’Agence de l’eau Adour-Garonne finance, il fallait voter les décisions avant le 31 décembre 2014.
Si quelques études ont été menées pour connaître la faisabilité des différents scénarios pour assurer l’approvisionnement en eau potable, peu d’éléments ont été communiqués aux usagers sur les changements à venir.
Interrogés sur la manière dont les élus avaient « tenu informés » leurs concitoyens, ils ont répondu qu’ils avaient réalisé plusieurs réunions publiques et que peu de personnes s’étaient déplacées. Dans les faits seulement deux réunions pour 7 communes concernées. Comment se fait-il, par ailleurs, qu’à l’occasion de la facture annuelle il n’y ait pas eu d’information sur le « projet Vézère » dans les boîtes à lettres des abonnés ?
À l’initiative de quelques élu(e)s de la mairie de Tulle qui doutent de la pertinence de ce projet d’aqueduc, une réunion d’information s’est tenue fin janvier. Le maire de Tulle, principale commune concernée par le projet Vézère, a imposé la date de la réunion. Il en fait l’ouverture et a demandé « un débat apaisé ». Mais M. Combes n’est pas resté assister à la réunion. Qu’y avait-il ce même soir à Tulle ? La première soirée du festival de jazz Du Bleu en hiver. Hasard du calendrier ou juxtaposition volontaire pour décourager certains (élus comme habitants) de participer à la réunion ?
Conclusion
Faut-il répondre au manque d’eau de la Corrèze par le pompage de la Vézère ? N’y a-t-il pas des pistes de réduction des besoins en eau potable à étudier plus en détail ? Ces pistes ne semblent pas intéresser les décideurs qui sont élus. Cette sourde oreille à vouloir cet aqueduc plutôt que de réfléchir au besoin en eau peut faire monter une volonté de résistance auprès de certains citoyens. La première ZAD de la Corrèze verra-t-elle le jour sur le tracé du futur aqueduc ?
Yannig Jaouen




