Tout le monde connaît la transe du chaman, dans une société qui possède un chaman. Dans une telle société, certaines personnes hypersensibles sont identifiées pour jouer ce rôle de médiateur entre le visible et l’invisible. On pourrait dire qu’il s’agit d’une société humaine « incorporée » dans la nature.
Ça, ce n’est pas en Corrèze hein ! Encore que… L’ethnomusicologue Corinne Sombrun s’est formée à la transe chamanique en Mongolie pendant huit ans. Forte de cette expérience, à son retour, il lui a fallu dix ans pour faire reconnaître sa « compétence » chamanique en Occident. Elle a réussi à laisser le tambour et les hurlements de loup au vestiaire pour se laisser observer par des chercheurs qui ont renommé la transe chamanique : transe cognitive auto induite, ou TCAI. La TCAI est aujourd’hui classée comme un état modifié de conscience (EMC), à côté de l’hypnose et de la méditation.
EMC : kesako ?
Il faut préciser que la personne est toujours pleinement consciente, ce qui signifie qu’elle perçoit son environnement et peut décider à tout moment d’interrompre le phénomène.
Un seul élément est caractéristique de l’EMC, c’est lorsqu’il se passe quelque chose qui n’était pas prévu : un frisson, un mouvement, un son, un picotement, une douleur… Tous ces phénomènes relèvent du système nerveux autonome (SNA), c’est-à-dire de la machinerie humaine qui agit par elle-même. D’habitude indétectable, ce quelque chose est perçu en EMC. Cela peut être minime ou de grande ampleur, du gratouillis à la sensation de transcendance.
Quand on transe, on observe des mouvements du corps comme des tremblements des mains, de la tête, des sons ou du protolangage (des sons émis aléatoirement qui ressemblent à une langue parlée, mais ne transmettent en définitive qu’un sens global et subconscient. On l’utilise avec les bébés. Les transeurs l’utilisent aussi énormément). Une sorte de danse incontrôlée, pendant laquelle le corps effectue les mouvements dont il aurait besoin pour aller mieux.
Quand on médite, on observe des mouvements permanents à la surface du corps et dans le corps, dans les organes. On prend conscience de l’activité du SNA mais surtout du mental, à travers les pensées qui viennent et qu’il s’agit de laisser partir sans les qualifier, ni les juger.
Quand on est sous hypnose, on observe des mouvements commandés par une sorte de volonté propre du corps, guidée par l’hypnotiseur.
Chaque technique a pour effet de créer des nouveaux circuits neurologiques, ou sensations, et de favoriser ainsi l’adoption consciente de nouveaux comportements.
Et dans mon quotidien ?
Il est possible d’expérimenter la transe à chaque instant, dans chaque activité : en faisant l’amour, en dansant, en lisant, en conduisant… Si vous faites cela pleinement, au point d’être coupé du reste du monde, alors c’est de la transe. D’ailleurs, on le dit de quelqu’un très absorbé par ce qu’il est en train de faire !
Elle se produit, cette coupure, lorsque l’attention se concentre sur quelque chose, à tel point que disparait la conscience de l’altérité. Il n’y a plus que moi et ce quelque chose est moi.
Par exemple, quand je plonge dans un livre, quand je me suis identifié au personnage, à l’histoire, je ressens que c’est mon histoire, et je n’entends plus la personne qui me parle… Par exemple, j’entends une musique et me sens partir avec elle, je ressens que c’est ma musique et je continue à danser même après qu’elle s’est arrêtée pour les autres… Par exemple, je regarde une chose, j’analyse ses caractéristiques et quand je plonge dans cette chose, je m’identifie à elle et découvre de nouveaux aspects de moi-même qui lui correspondent. Je ressens que je suis cette chose, ce tableau, cette statue…
Le phénomène est bien entendu réversible à tout moment.
Vous ne le saviez pas que vous transiez ?
« Ah ! La belle chose, que de savoir quelque chose ! » (Molière, Le Bourgeois gentilhomme, Acte II, scène 4, 1670).
Sachez que vous pouvez toujours faire un stage avec Corinne Sombrun, ou même contacter l’équipe de La Trousse qui transe à chaque numéro !
Par THOMAS JOURNEL
La Trousse Corrézienne DU LOCAL, DU LIBRE, DU BEAU, DE L'ECOLOGIE, DU DRÔLE, DU FRAIS