Communication entre adolescents et adultes : est-ce vraiment compliqué ?
Dans cet article, nous allons aborder la question de la gêne des adolescents vis-à-vis des adultes sur la sexualité et des différents risques dus au manque de communication.
La sexualité est-elle vraiment un sujet tabou ?
D’après notre enquête menée auprès de professionnels et de particuliers, nous pouvons en déduire que ce sujet est tabou chez la majorité des personnes ; selon la maturité et le respect que l’on donne au sujet, certains répondent néanmoins : « Non, ce n’est pas un sujet tabou mais il faut que les personnes soient ouvertes », d’autres répondent que « cela dépend des parents, s’ils inculquent ou non le sujet à leurs enfants ; sinon oui, ça peut être un sujet tabou chez certaines personnes. » C’est un sujet tabou à partir du moment où les personnes sont gênées sur ce sujet. En conséquence, comment communiquer malgré le tabou ?
Comment en parler sans avoir peur du jugement ?
L’enquête réalisée montre que la plupart des adolescents n’éprouvent aucune gêne à parler de sexualité avec leurs amis, autrement dit la gêne apparaît seulement avec des adultes. Le problème ne serait pas causé par un manque de communication ou de confiance mais seulement par la peur de la réaction, du jugement venant des parents. Malheureusement dans la société d’aujourd’hui la sexualité est un sujet tabou, c’est ce qu’il fait qu’il y a autant de gêne pour les parents à aborder le sujet comme pour les adolescents à en parler d’eux-mêmes… Dans certains cas, certaines familles sont complètement fermées au sujet, mais il existe quand même plusieurs solutions pour ne pas rester dans le doute et ne pas prendre de risques : les adolescents peuvent se diriger vers des professionnels de santé ou une personne de confiance (frères, sœurs, etc.). Le planning familial est aussi une solution, il est ouvert à tous les jeunes et il est tenu au secret professionnel, donc toute rencontre restera confidentielle.
Dans tous les cas il ne faut pas rester seul et dans le doute. Ce n’est pas un sujet à prendre à la légère car derrière tout ça il pourrait y avoir des conséquences graves (MST, risques de grossesse, mal-être…).
La sexualité, les parents… Difficile non ?
En tant qu’enfant, comment faire pour aborder l’épineux sujet de la sexualité avec les parents ? Entre leurs préjugés, leurs réactions et nos besoins… voici notre enquête sur le terrain !
Préjugés des parents : faut-il craindre leur réaction ?
Disons la vérité une fois pour toutes : en tant qu’adolescents, on se pose toujours la question de savoir, lorsqu’on parlera de sexualité avec nos parents, quelle sera leur réaction. Certains enfants n’ont pas la chance de pouvoir le faire. Ainsi, dès que nous avons la possibilité d’en parler, il faut saisir l’opportunité ! Il ne faut pas craindre la réaction des parents. C’est un sujet important. Mais d’un autre côté, certains parents peuvent avoir une réaction assez inattendue, c’est-à-dire qu’ils pourraient se mettre en colère, dire que l’on abordera le sujet que lorsque nous serons adultes… C’est faux ! Dès que l’opportunité se présente, aborder le sujet et une bonne chose. Adultes, donnez des conseils à vos enfants ! Et surtout répondez à leurs questions et faites tout votre possible pour que lorsque votre enfant ait fini de vous parler, il soit plus serein !
Quels mots faut-il utiliser ?
Tout d’abord, si l’on observe les réactions des groupes de parole sur la sexualité faits au collège au mois de mars, on constate que la totalité des jeunes interrogés sont d’accord avec cette affirmation : « Les adolescents pensent et parlent beaucoup du sexe. »
Mais la sexualité est un sujet que l’on aborde peu avec les parents. Lorsqu’on désire l’aborder le sujet avec eux, il faut d’abord savoir de quoi on va parler. Ensuite il faut bien argumenter nos questions, utiliser un vocabulaire adapté, ne pas en parler comme avec les copains… Et pour finir, il ne faut pas avoir peur, ne pas être gêné car les adultes sont eux aussi passés par là et si on utilise le bon vocabulaire, il n’y a pas de raison de ne pas se faire comprendre. Il y a de multiples façons d’en discuter : comme on en a parlé par exemple avec toutes les personnes qui s’occupent de faire des interventions dans les collèges et lycées. Souvent, c’est en 4ème. En plus, il n’y a rien de compliqué et beaucoup de parents pensent que ce sujet n’est plus trop tabou.
En tant qu’adulte, comment faire pour ne pas culpabiliser les adolescents ?
En priorité, il ne faut pas faire peur aux adolescents. Il faut leur parler avec des mot précis et faciles à comprendre. De plus, il faut leur expliquer l’interdit, le danger, mais aussi essayer de les faire parler de leur désir sans les culpabiliser. Bien sûr il faut leur rappeler que dans une relation, on est deux et leur dire aussi d’attendre le bon moment, leur dire qu’il ne faut pas aller trop vite dans une relation. Il faut gentiment varier les conversations, ne pas les brusquer car surtout, il ne faut pas culpabiliser les adolescents. La sexualité ne devrait pas être un sujet complexe, il faudrait que ce soit un sujet moins tabou donc il ne faut pas culpabiliser de parler de ce sujet entre parents et les adolescents.
Le sexe est un sujet qui concerne tout le monde à partir de l’adolescence et il ne faut pas hésiter à en parler mais tout en gardant son petit jardin secret.
Un aspect de la sexualité difficile à aborder : l’homosexualité
L’homosexualité est un sujet encore tabou pour la société. Les adolescents peuvent se sentir perdus dans leur orientation sexuelle. La manière dont certaines personnes considèrent les homosexuels comme différents, et donc anormaux, porte un nom, il s’agit d’homophobie. Elle désigne les manifestations de mépris, rejets et haines envers des personnes, des pratiques ou des représentations homosexuelles ou supposées l’être. Ces conduites sont punissables par la loi. Les personnes victimes d’injures homophobes sont parfois tentées de mettre fin à leurs jours.
Homo ou hétéro ? : on ne choisit pas !
L’orientation sexuelle est une grande question à l’adolescence. Celle-ci s’impose à nous, on ne la choisit pas. Tout d’abord nous avons interrogé plusieurs personnes allant des adolescents aux adultes, sur cette question : « Peut-on choisir qui on aime ? » Les avis sont partagés : « Non, l’amour c’est l’amour, qu’importe la personne », nous a confié une adolescente âgée de quinze ans. Cependant d’autres personnes pensent le contraire ; d’après un adolescent de 5ème : « Oui, parce que ce sont mes choix, c’est ma vie. » Pour quatre adultes interrogés dans la rue sur six (1), le choix de sa sexualité se fait à l’adolescence.
« Nous sommes dans un pays où l’on peut choisir sa sexualité », nous a affirmé un adulte d’environ trente-cinq ans. La France est un pays libre où toute personne a la liberté d’expression et où l’on peut vivre notre vie comme bon nous semble.
En somme, quelques personnes n’assument pas leur attirance vers une personne du même sexe, mais dans ce cas, elles ne peuvent pas s’épanouir pleinement dans leur vie. Nous avons interrogé l’oncle d’une des journalistes à ce sujet, dont voici la réponse : « La vie peut nous ramener vers le bon choix. » À ce titre, une assistante sociale scolaire nous a indiqué que certains adultes, après avoir construit une vie de famille dans le cadre d’un couple hétérosexuel, peuvent être amenés à se rendre compte qu’ils ne sont pas comblés par leur hétérosexualité, se séparent de leur conjoint et s’installent dans une relation homosexuelle.
Le regard des autres… un poids pour les homosexuels !
D’après un sondage fait auprès de notre classe de 4ème, sur vingt-sept élèves, vingt-cinq d’entre eux trouvent que l’homosexualité n’est pas contre-nature tandis que deux personnes sont mitigées sur ce sujet. Nous pouvons constater que ces dernières années l’opinion publique est devenue plus tolérante vis-à-vis de l’homosexualité. Pourtant, certaines personnes la trouvent contre-nature et tiennent des propos homophobes. Le regard des autres est très pesant pour les homosexuels, ils se cachent par peur d’être jugés, insultés, menacés… On peut aussi entendre : « L’amour c’est l’amour, on aime, cela ne s’explique pas… »
Ce n’est qu’à partir de 1981 que la France ne classe plus l’homosexualité parmi les maladies mentales ; mais il faut attendre 1982 pour que cette dernière ne soit plus considérée comme un délit. Depuis mai 2013, les homosexuels peuvent se sentir totalement intégrés dans la société grâce à la loi leur ouvrant la possibilité de mariage et d’adoption.
D’après une psychologue, les garçons en souffrance sont majoritaires ; ils ont peur du regard des autres. Un collégien a affirmé : « J’aurais très peur du regard des autres. » Sur plusieurs sondages que nous avons réalisés auprès d’adultes et de jeunes, nous remarquons que les adolescents ont plus de mal à s’assumer que les adultes.
Le coming out (2) des homosexuels se base pour la plupart sur le jugement d’autrui. À la question « pour vous, deux hommes qui s’embrassent est-ce plus dérangeant que si c’étaient deux femmes ? » les réponses sont différentes. On peut entendre : « Non c’est pareil » ; ou alors : « Pour moi c’est pareil, mais je trouve qu’au regard de la société deux hommes qui s’embrassent peut être plus dérangeant. »
Révéler son homosexualité c’est être soi-même
L’adolescence est un processus de construction dans lequel nous sommes amenés à nous questionner sur nous-mêmes. À l’intérieur de ce processus, certains jeunes peuvent s’interroger sur leur orientation sexuelle. Cette dernière est l’attirance sexuelle et affective que l’on éprouve envers des personnes de sexe différent (hétérosexualité), de même sexe (homosexualité) où des deux sexes (bisexualité).
« Le thème de l’homosexualité est plus associé au niveau social alors que c’est d’abord et avant tout une interrogation personnelle », nous dit la psychologue. Cependant, certains homosexuels hésitent à faire leur coming out car ils redoutent la réaction de leurs proches. Ils ont peur que famille et amis les rejettent. D’après un rapport rendu au Sénat en 2013, chaque année, en France, 30 % des homosexuels tentent de se suicider. Les causes principales des tentatives de suicide sont dues à 64 % à la peur de se confronter aux jugements de la société. Ils craignent surtout le rejet familial. C’est aussi dû à la honte qu’ils ressentent face aux autres à l’âge de se découvrir tels. « L’attirance envers une femme m’effraie car je sais que ce ne serait pas bien perçu par ma famille », nous confie une proche.
Néanmoins, ceux qui font leur coming out se sentent par la suite soulagés et heureux. Ils se rendent compte que leurs parents les aiment pour ce qu’ils sont. Une psychologue scolaire nous indique que son travail consiste à accompagner chaque personne vers un mieux-être : « Je le ramène sur son propre questionnement. »
Nous avons également osé interviewer des personnes homosexuelles sur une question assez personnelle : « Qu’avez-vous ressenti lorsque vous êtes sorti pour la première fois avec une personne du même sexe que vous ? » Parmi les gens qui ont accepté de nous répondre, un homme a perçu « de la complétude, de l’unité, c’est une osmose ». Une femme a ressenti « des papillons dans le ventre ». Et une adolescente a éprouvé un bien-être profond, elle se sentait enfin elle-même.
1. Tous les sondages ont été réalisés par nos soins, dans la rue, au collège ou auprès de nos familles.
2. Le fait de révéler son homosexualité
encadré : Les difficultés d’une première expérience journalistique.
Au démarrage de notre expérience journalistique, nous avons été confrontés à de nombreux refus venant de personnes des deux sexes et de tous âges. Ces refus étaient majoritairement dus à une gêne manifestée autour du thème de l’homosexualité. Par ailleurs lorsque des personnes acceptaient notre interview, elles nous donnaient souvent des réponses binaires (oui/non) et nous avions beaucoup de difficulté à leur faire expliciter leurs pensées. A contrario, l’interview de nos proches avec qui nous avions de la complicité nous a permis de recueillir des informations plus riches et plus complètes. Cette première expérience journalistique a été enrichissante mais parfois déroutante. En effet, durant nos interviews, nous avons été confrontés à de nombreux refus de personnes gênées par nos questions.





