
Ils sont de ceux qui ne se satisfont pas de notre monde. Et qui veulent le changer. Mais sans pression, simplement, par l’exemple et l’expérimentation, pour démontrer que c’est possible. Ils ont quitté la ville et sa densité. Ils ont trouvé en Corrèze de la place avec un petit budget. Partage, autosuffisance alimentaire, permaculture et convivialité autour du projet Lib Air terre entre Vignols et Beyssac.
Dimitri et Thomas sont à l’origine du projet. Chacun issu de grandes villes françaises, Lille et Paris, ils se sont rencontrés en 2010. Thomas avait déjà entamé un voyage à la rencontre de permaculteurs et Dimitri s’apprêtait lui aussi à partir pour voir le monde. C’est au Vietnam et suite aux échanges avec Thomas que le projet mûrit et se dessine : créer un éco-lieu de vie et d’accueil du public autour d’une ferme pédagogique en permaculture1Voir notre article sur la permaculture dans le n°2.
Voir notre article sur la permaculture dans le n°2
Cela fera un an à l’automne qu’ils ont, avec Kate et Carole, posé leur caravane sur un terrain de cinq hectares et demi bien exposé. Une belle prairie en jachère, une peupleraie et un étang. Assez loin des pommiers, ce qui n’est pas forcément gagné dans le coin. Une belle exposition. Neuf mois et un été plutôt sec plus tard, le travail est déjà bien engagé. Aidé par les amis, les voisins mais aussi des wwoofers2 World Wide Opportunities on Organic Farms. Le wwoofing est une forme de volontariat d’une durée plus ou moins longue pendant laquelle le volontaire échange sa force de travail et ses connaissance contre le gîte et le couvert dans une ferme biologique. C’est un échange réciproque., ils ont entamé plusieurs chantiers. Après une première étape de débroussaillage, ils ont commencé par planter des arbres. Leur croissance est lente, mais une fois plantés, ils ne nécessitent pas une attention quotidienne, ce qui leur permet de se concentrer sur le potager et plus tard, la maison.
World Wide Opportunities on Organic Farms. Le wwoofing est une forme de volontariat d’une durée plus ou moins longue pendant laquelle le volontaire échange sa force de travail et ses connaissance contre le gîte et le couvert dans une ferme biologique. C’est un échange réciproque.
Près de six cents arbres et arbustes, principalement des fruitiers, ont déjà été plantés. Dimitri et Thomas se sont fournis chez Chloé Dequeker dans la Creuse, mais aussi auprès de leurs amis de la Fraternité ouvrière à Mouscron en Belgique, qui leur ont fait des dons et leur ont permis d’avoir accès à leur fournisseur. Nicolas Pézéril, permaculteur de renom dans le Morvan, où Thomas a passé un an, leur a aussi fait des dons, et notamment un lot d’asiminiers, manguiers d’Amérique du Nord, à la croissance très lente mais qui résiste bien au froid. Et tout ça afin de faire prendre conscience de la diversité de ce que peut nous apporter la nature, mais aussi pour créer un conservatoire des fruitiers anciens.
Outre les arbres, qui ne sont pas plantés au hasard sur le terrain, la prairie accueille maintenant un grand potager permacole. On le visite le long d’un parcours qui s’étoffera visuellement au fur et à mesure de la croissance des plantes. L’idée c’est l’expérimentation. Alors, on s’inspire des différentes techniques glanées çà et là, sur le net et sur le terrain : Nicolas Pézéril dans le Morvan, Sobvkoviak et ses fermes miracles au Québec… mais aussi chez Dédé, leur voisin, qui connaît la terre et le climat d’ici : « Dédé, c’est mieux qu’Internet ! » On n’est donc pas étonné de trouver de classiques rangs de haricots verts à proximité de buttes autofertiles et de haies agroforestières.
Il est aussi prévu de monter une serre d’agrumes, d’élever des chèvres naines, et bien sûr de construire une maison, en paille porteuse. Ça tombe bien : il s’en construit une à quelques kilomètres (voir p6) ! Voilà qui augure encore des rencontres et des échanges. C’est aussi ce qui motive ces quatre défricheurs. Échanger, partager, créer du réseau et démontrer que c’est possible, même avec un petit budget. Car pour le moment, l’achat du terrain, dont 2000m² sont constructibles, ne leur a coûté que 43000€. Ils ont aussi investi dans un petit tracteur (2500€) et un tractopelle (4500€). La production agricole devrait leur permettre d’être autosuffisants, ils ne comptent pas gagner leur vie avec. Pour le moment, chacun travaille un peu à coté : cours d’arts martiaux, électricité, ergothérapie, restauration…
Le projet est foisonnant, audacieux et le travail déjà mis en œuvre témoigne d’une belle énergie. Il reste encore beaucoup à faire et de la place pour d’autres personnes qui voudraient se joindre à eux. Quand au nom, Lib Air Terre, il ne faut pas l’entendre comme un programme politique. Car pour le moment, aucun d’eux ne se rattache clairement au mouvement libertaire. Et d’ailleurs, dans leurs discours, on entend peu de théorie, ou de référence philosophique ou politique. Pour le moment c’est la pratique et la curiosité qui guident leurs choix et leurs actions. Peut être qu’avec l’expérience, la maturité et les rencontres, ils se rattacheront à un mouvement. Ou pas.
(n’est ce pas contradictoire d’être « (r)attaché » à un mouvement libertaire?)
Julie Devès


