Quand vient le règne de l’injustice sociale et de l’irresponsabilité écologique pour la gestion de l’eau

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Connaissant mon engagement pour la défense et la protection de la ressource en eau, et, en tant qu’élue à Tulle de 2014 à 2020, celui pour la gestion de l’eau en régie et une tarification plus juste, une Tulliste m’a interpellée : « Vous avez vu la facture intermédiaire de l’eau que je viens de recevoir du Syndicat du Puy des Fourches ? C’est incroyable ! Le prix de l’abonnement ! En 2021, 57 euros, et en 2022, 83,58. Et le prix du m3 d’eau ? En 2021, 1,50 euro, et en 2022, 2,09. C’est tout le contraire de ce que vous aviez fait à la mairie de Tulle ! L’abonnement était de 50 euros et le m3 à 1,49. Et personne ne bouge ? »

L’augmentation du prix de l’abonnement de 2019 à 2022 est de 67,16 % et celle du m3 d’eau est de 40,3 %. Alors je me décide à bouger. Appel à tous les usagers : regardez votre facture d’eau 2022 !

Rappel des faits

2012 – L’association Corrèze environnement et la commission extra-municipale invitent Jean-Luc Touly(1) à participer à des tables rondes et des réunions de travail avec les élus de Tulle. Un audit sera mené par Marc Laimé(2) afin que les élus se prononcent sur le futur mode de gestion, la fin de contrat avec Veolia arrivant à échéance au 30 juin 2015.

2014 – Élection municipale : le 30 mars, une nouvelle équipe est en place.

2014 (25 septembre) – Premier acte symbolique et militant avec la mise en service d’une fontaine d’eau potable au Coin des clampes. L’eau est un bien commun et chacun doit pouvoir boire gratuitement. Suite à l’audit sur la situation du réseau d’eau potable en délégation de service public (DSP), les élus ne souhaitent pas renouveler ce type de gestion.

2014 (16 décembre) – Vote en conseil municipal pour la reprise en régie du service de l’eau potable effective dès le 1er juillet 2015. À partir de cette date les recettes augmentent fortement car, avec la fin de la DSP, la collectivité récupère ce que Veolia encaissait. Elles passent ainsi de quarante-mille à un-million-quatre-cent-mille euros/an, ce qui permet d’agir pour résoudre le problème des fuites.

2015 (16 juin) – Vote en conseil municipal d’une baisse de 3 % du prix du m3 : 1,39 euro hors taxes (HT) ; celui de l’abonnement annuel ne bouge pas : 62,52 euros HT.

2016 – Diagnostic complet du réseau par le groupement d’études SOCAMA-Audrerie-G2C.

2018 (mars) – Le prix de l’abonnement diminue, il est désormais de 50 euros ; le prix du m3 passe de 1,39 à 1,49 euro. C’est un message politique envers les petits consommateurs pénalisés par le prix de l’abonnement et un encouragement pour une consommation plus sobre. Il n’est pas inutile de savoir qu’à Tulle 34 % des abonnés consomment moins de 30 m3/an et 17 % entre 30 et 50 m3.

2019 (9 avril) – Le conseil municipal de Tulle se prononce pour l’adhésion au Syndicat du Puy des Fourches en totalité (production et distribution) – alors que Tulle Agglo a la gestion de l’assainissement, elle n’aura pas celle de l’eau potable. Les services du secteur Eau-assainissement avaient pourtant démontré la cohérence de la reprise de l’eau en régie par l’agglo « car ces deux compétences sont difficilement dissociables ». Un rendement de 70 % est contractualisé ! Rappelons que le réseau tulliste est désormais branché sur la Vézère, après des travaux importants (voir ci-dessous).

Conséquences de l’adhésion au Syndicat du Puy des Fourches :

– explosion du montant de la facture d’eau pour les usagers ;

– plus d’intervention citoyenne, alors qu’en régie il existe une commission consultative de l’eau où siègent des représentants associatifs ;

– abandon de plusieurs captages pour un point unique sur la Vézère. L’usine de traitement de l’eau, les canalisations sur des dizaines de kilomètres, etc., induisent des travaux au coût faramineux : dix-millions d’euros d’endettement des communes sur un total de vingt-sept-millions(3) ; il devient difficile d’investir pour combattre les fuites(4) ;

– qualité de l’eau mauvaise et traitements lourds(5). Les principaux paramètres déclassants sont : la matière organique oxydable, la bactériologie, la faible minéralisation (caractéristique naturelle), les traces d’hydrocarbures, de pesticides, de phénols, la présence de cyanobactéries.

Vu la classification en catégorie A3 de l’eau brute, celle-ci devra subir « au minimum un traitement physico-chimique poussé et une désinfection complétée d’un traitement par charbon actif du fait des quelques présences de pesticides relevées sur la rivière ».

Déclarations douteuses

Et pourtant, à travers la presse locale, le président du syndicat déclare sans hésitation : « Le classement A3 pour une eau de rivière est totalement normal »(6) ; « Il y a seulement un peu de matière organique qui vient des tourbières. On ne va pas être obligé d’avoir des traitements élaborés. On l’enlèvera par un traitement physique (filtration) »(7) ; « On mutualise et on se paie les traitements les plus au point. L’idée est d’utiliser le moins de procédés chimiques avec le maximum de technicité » ; « Le seul problème, c’est quand il pleut beaucoup et que l’eau se trouble. Le reste, c’est du vent. Les analyses sont validées par l’ARS [Agence régionale de santé]. »(6)

Manque de transparence concernant la tarification

En 2015, à la question « les abonnés justement, vont-ils payer plus cher ? », le président répondait : « On avait anticipé depuis 2008. Le prix de l’eau a fortement augmenté justement en prévision de ces travaux. »(8)

En 2016, il affirmait, que le m3 reviendrait à 30 centimes pour tout le monde, le reste dépendant de l’investissement et de l’entretien sur les canalisations de chaque commune. Ce qui fera environ 1,60 euro pour le Syndicat initial du Puy des Fourches(9).

Puis en 2017, il déclarait : « Pour pouvoir entretenir les canalisations, il faudrait compter 1,60 euro/m3. À cela s’ajoutent l’abonnement et les taxes diverses ce qui donne un total d’environ 2,70 euros tout compris. »(10)

Difficile de s’y retrouver. Et la question de l’abonnement est passée sous silence alors qu’il pénalise les petits consommateurs et encourage le gaspillage de la ressource.

Alors, vite, demandons un débat public sur la gestion de l’eau potable !

JEANNE WACHTEL

(1) En 2012, Jean-Luc Touly était expert indépendant (directeur Eau de la Fondation Danielle Mitterrand – France Libertés).

(2) Marc Laimé était consultant (formation et conseil en politiques publiques de l’eau et de l’assainissement auprès des collectivités locales).

(3) http://urlr.me/34qcN.

(4) La Montagne, 17 septembre 2015.

(5) Rapport de l’hydrogéologue versé au dossier SIAEP, page 14.

(6) La Montagne, 4 février 2016.

(7) La Montagne, 9 mai 2015.

(8) La Montagne, 17 septembre 2015.

(9) La Montagne, 4 février 2016.

(10) La Montagne, 30 mars 2017.

Sources :

– articles de presse : La Montagne et L’Écho ;

– rapport de l’hydrogéologue versé au dossier SIAEP (Syndicat intercommunal d’adduction d’eau potable) du Puy des Fourches-Vézère (7 août 2015) ;

– rapports du service Eau-assainissement de la ville de Tulle ;

– comptes rendus de conseils municipaux de la ville de Tulle.