S’ouvre dans un nouvel onglet
Menu
La Trousse Corrézienne

Local, LTC 0 · 27 février 2015

Perlim, Blanche-Neige au pays des sorciers

Dessin : une pomme transformée en créature de Frankenstein, seringue et câbles électriques

L’avenir est dans la permaculture. C’est une évidence pour les dirigeants de Perlim. Mais nous n’y sommes pas encore. Les bio techniques ne sont pas à la hauteur de ce qu’il faudrait produire pour maintenir le rendement nécessaire à la vie… de l’entreprise.

Une industrie qui a tissé sa toile

Perlim est née à la fin des années 60 d’une poignée d’arboriculteurs et de négociants en fruits. Son nom vient de la contraction de Périgord et de Limousin. Elle n’est pas une coopérative contrairement à ce que beaucoup de gens disent, pensent et écrivent1. C’est un groupement d’intérêt économique (GIE) qui regroupe cinq coopératives de pommes (et aussi de noix) sur un territoire délimité par St Yrieix, Uzerche, Objat, et jusqu’en Dordogne pour la noix. Cooplim, SICA du Roseix, LIPEQ, Lim d’or et Pom’padour. Cela représente 175 producteurs et 1 100 hectares de vergers. C’est en moyenne 50 000 tonnes de fruits que le groupement écoule chaque année dans les grandes surfaces locales, nationales et du monde entier. Environ 60 % de la production part à l’export. Les croqueurs de pommes corréziennes parlent arabe, espagnol, portugais, russe et… chinois. Voilà là une petite revanche sur l’électroménager ! La star internationale est la golden, et plus particulièrement le clone 972. Elle a l’appellation d’origine contrôlée depuis juin 2004 (AOC puis AOP protégée). Le GIE développe aussi le bio avec l’Opal2. Et, grande fierté, il a sa création propre, brevetée, au nom sulfureux d’Evelyna. Perlim, c’est aussi 350 salariés, essentiellement des petites mains et quelques commerciaux. Deux ingénieurs agronomes sont en charge d’accompagner les producteurs pour la conduite de leur verger. Ils étaient quatre auparavant. Il y a quelques années encore il y avait un verger expérimental. Il n’est plus parce que trop cher. L’époque est aux cahiers des charges, aux normes et aux contrôles.

Pour une maîtrise absolue du vivant

L’heure est à l’exigence en effet. Et chacun y va de la sienne. En premier, Global GAP (Good Agriculture Practices), une certification mondiale pour rassurer le consommateur sur la manière dont les aliments sont produits. Viennent ensuite l’EFSA3 pour l’Europe, l’ANSES4 pour la France, et enfin, les cahiers des charges de chaque client de la grande distribution : Carrefour, Intermarché, Tesco… Chacun a ses préférences dans les produits phyto ou plutôt ses intolérances. Gare à la trahison ! Les contrôles sont fréquents et stricts. On ne badine pas avec la confiance des consommateurs. Et puis, il y a l’AOP qui fait aussi l’objet de tests réguliers : gustatifs et chimiques… Là-dessus, Perlim veut être irréprochable. Elle se fixe comme objectif de ne pas dépasser les 1/10e de la limite maximum de résidus (LMR) repérable sur la surface du fruit. Elle a pris des mesures pour y arriver : faire descendre la pression, appliquer les règles à la racine. Chaque pomiculteur a ainsi été doté d’un cahier de traitements. Il doit le remplir consciencieusement à chaque pulvérisation sur son verger. Si le cahier n’est pas complet ou pas rempli : pas d’acompte. Les règles sont strictes : insecticides et acaricides interdits un mois avant la récolte et herbicides quelques semaines avant. Voilà de quoi être exemplaire vis-à-vis des firmes de la grande surface garantes de la santé alimentaire du consommateur. Les fruits sont triés électroniquement. La pomme doit être sans tache, calibrée. Le laboratoire de l’entreprise teste quotidiennement la qualité gustative des fruits. Rien n’échappe à la responsable qualité. Et comme le dit la communication officielle : « La qualité PERLIM, c’est un outil industriel de pointe, totalement flexible et d’une grande précision ».

[[IMG:palox.webp|Des pommes golden déversées en palox, acheminées par flottaison vers le tri électronique de Perlim.|Les pommes sont amenées à Perlim en palox. Ces derniers sont immergés pour acheminer par flottaison les fruits vers le tri électronique.]]

Pour une pomme parfaite…

Les vergers sont menés avec la même rigueur. Taille sévère, éclaircissage pour une production annuelle et traitement pour chaque peste. Beaucoup de traitements, 40 en moyenne par an. Perlim, pour sa défense, fait remarquer que, sur ce point, les molécules utilisées sont beaucoup moins nocives et donc moins efficaces qu’auparavant. La dose létale (DL50) nécessaire pour tuer 50 % de la population d’une peste (insecte, acarien ou champignon) est au moins vingt fois plus importante pour des molécules actuelles que pour les organochlorés, maintenant interdits. Et les nuisibles sont toujours là. Le carpocapse, l’acarien rouge, le puceron cendré, la punaise et la tavelure : tous croqueurs de pommes eux aussi ! Et il faut produire. Et il faut répondre aux exigences de plus en plus écologiques des consommateurs. Perlim cherche des solutions pour combattre les indésirables le plus proprement possible. Elle s’intéresse par exemple aux nouveaux atomiseurs en colonne pour moins de déperdition des produits5. Mais aussi, elle cherche à installer dans les vergers des auxiliaires de culture, la syrphe, les coccinelles, le pince-oreille ; implante des capta-spores et des stations météo pour prévoir au plus près l’infestation de la tavelure ; trompe le carpocapse en rut par des techniques de confusion sexuelle qui l’amène dans l’impasse reproductive…

Prise à son propre piège

Mais ce déploiement bio-ingénieux a un coût. Il est en général trois fois plus cher que la version chimique. « Et qui paye ? » Voilà une bonne question. En tout cas pas les grandes surfaces. Entre la drastique des normes et la pénurie des moyens ou des volontés pour développer les alternatives bio-industrielles, Perlim tire la langue. Les vieux vergers qui ne sont plus rentables sont arrachés pour de jeunes plus juteux. Mais les marges sont de toutes façons de plus en plus faibles. Le GIE semble aux mains des grandes surfaces. Comme coincé entre les exigences de la production et les dictats des nouveaux maîtres de la consommation. Comme pris à son propre piège. Mais les dirigeants de l’entreprise veulent rester visionnaires : et si l’avenir était à la permaculture… industrielle ?

Paradoxe

Il y a trente ans outre-Atlantique, les normes qui encadraient l’utilisation des pesticides étaient très strictes. La combinaison intégrale était obligatoire. Un protocole très précis définissait le parcours de chaque élément en contact avec les produits. La zone était traitée de nuit quand les vents sont insignifiants. Elle était ensuite fermée à toute circulation humaine pendant 48 heures. En France, ce n’est que récemment, suite au Grenelle de l’environnement, que de telles préconisations ont commencé petit à petit à voir le jour. Il n’est jamais trop tard. Mais les substances les plus toxiques ont été retirées du marché…

  • 1 J’en profite pour faire un erratum : dans Corrèze en action n°-4 « Cueillette du fruit défendu, polémique en Corrèze », je définis Perlim comme une coopérative.
  • 2 Voir l’article dans le supplément Corrèze en action n°-4 « Cueillette du fruit défendu, polémique en Corrèze ».
  • 3 Autorité européenne de sécurité des aliments.
  • 4 Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.
  • 5 Peter Triloff, spécialiste allemand de la pulvérisation, est venu parler de son approche novatrice, à l’invitation de Perlim, le 13 février 2014. Objectif premier : maîtriser le flux d’air et sa vitesse – http://www.biofil.fr/arboriculture/pulverisation-en-arbo-viti-plus-defficacite/

Par Philippe Van Assche

Photo : des pommes acheminées par flottaison dans un canal, à l’usine Perlim
Photo : le stand de Perlim au salon Fruit Logistica de Berlin, marque « Kissed by Nature »
Photo : chaîne de tri des pommes dans les installations de Perlim

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

Dans la même trousse

Photo : le tableau d’une classe, colonnes « Pour » et « Contre » remplies par les élèves, daté du jeudi 8 janvier 2015

Bonjour maîtresse… ça va maîtresse ?

« Bonsoir Cécile… » : les messages, les nuits blanches et la rentrée d’une petite instit de petite école dans l’après-Charlie. Sa certitude : rester dans l’enseignement public.

27 février 2015

Photo : des enfants tiennent devant leur visage des masques ronds et colorés

Du bon usage du présent…

L’École sommée de « former des citoyens » et de répondre de tout : la minute de silence, la lettre ministérielle, les injonctions… et ce qu’en font vraiment les enseignants. Éduquer, c’est prendre un risque.

27 février 2015

Photo : banderole « Planning familial 31 en danger » sur une façade à Toulouse

Toulouse : le Planning Familial en danger

Menacé de fermeture faute de moyens, le Planning Familial 31 interpelle ses financeurs : à Toulouse comme ailleurs, la survie des associations révèle un déficit structurel de soutien à l’égalité femmes-hommes.

27 février 2015

Articles récents

Dessin d’Herbette : Donald Trump reçoit un paquet cadeau « LMB » des mains d’un homme en costume — « Formidable, thank you! »

Vente de LMB Aerospace à Malemort

Le Parti communiste français (PCF) – section de Brive a fait parvenir le communiqué de presse ci-dessous à La Trousse corrézienne en février dernier. Nous lui posons en retour quelques questions dans l’encadré qui figure en bas de page.

17 octobre 2026

Illustration : un panneau « DÉVIATION » jaune et noir à la peinture épaisse.

Déviation de la RD 901 à Varetz : une opération qui interroge

Le 12 juillet 2024, le conseil départemental de la Corrèze a décidé, à l’unanimité, de retenir le tracé de la variante numéro 1 et donc de relancer à l’identique un projet datant de plus de 30 ans.

17 octobre 2026

Aquarelle de Bernard : la vache Mounette, une fleur à la bouche.

Vachement bien…

C’est l’histoire d’une vache qui dépérissait au fond d’une étable, faute de bons soins sans doute. Paul l’a vue et il n’a pas aimé ça, alors il l’a achetée. Il l’a amenée chez lui, il l’a retapée, il l’a baptisée Mounette et chaque année ensuite,…

17 octobre 2026

✕
Fermer le menu
Les rubriques
LE JOURNAL
♥ Soutenez-nous : faites un don !S'abonner au journal