
L’avenir est dans la permaculture. C’est une évidence pour les dirigeants de Perlim. Mais nous n’y sommes pas encore. Les bio techniques ne sont pas à la hauteur de ce qu’il faudrait produire pour maintenir le rendement nécessaire à la vie… de l’entreprise.
Une industrie qui a tissé sa toile
Perlim est née à la fin des années 60 d’une poignée d’arboriculteurs et de négociants en fruits. Son nom vient de la contraction de Périgord et de Limousin. Elle n’est pas une coopérative contrairement à ce que beaucoup de gens disent, pensent et écrivent1. C’est un groupement d’intérêt économique (GIE) qui regroupe cinq coopératives de pommes (et aussi de noix) sur un territoire délimité par St Yrieix, Uzerche, Objat, et jusqu’en Dordogne pour la noix. Cooplim, SICA du Roseix, LIPEQ, Lim d’or et Pom’padour. Cela représente 175 producteurs et 1 100 hectares de vergers. C’est en moyenne 50 000 tonnes de fruits que le groupement écoule chaque année dans les grandes surfaces locales, nationales et du monde entier. Environ 60 % de la production part à l’export. Les croqueurs de pommes corréziennes parlent arabe, espagnol, portugais, russe et… chinois. Voilà là une petite revanche sur l’électroménager ! La star internationale est la golden, et plus particulièrement le clone 972. Elle a l’appellation d’origine contrôlée depuis juin 2004 (AOC puis AOP protégée). Le GIE développe aussi le bio avec l’Opal2. Et, grande fierté, il a sa création propre, brevetée, au nom sulfureux d’Evelyna. Perlim, c’est aussi 350 salariés, essentiellement des petites mains et quelques commerciaux. Deux ingénieurs agronomes sont en charge d’accompagner les producteurs pour la conduite de leur verger. Ils étaient quatre auparavant. Il y a quelques années encore il y avait un verger expérimental. Il n’est plus parce que trop cher. L’époque est aux cahiers des charges, aux normes et aux contrôles.
Pour une maîtrise absolue du vivant
L’heure est à l’exigence en effet. Et chacun y va de la sienne. En premier, Global GAP (Good Agriculture Practices), une certification mondiale pour rassurer le consommateur sur la manière dont les aliments sont produits. Viennent ensuite l’EFSA3 pour l’Europe, l’ANSES4 pour la France, et enfin, les cahiers des charges de chaque client de la grande distribution : Carrefour, Intermarché, Tesco… Chacun a ses préférences dans les produits phyto ou plutôt ses intolérances. Gare à la trahison ! Les contrôles sont fréquents et stricts. On ne badine pas avec la confiance des consommateurs. Et puis, il y a l’AOP qui fait aussi l’objet de tests réguliers : gustatifs et chimiques… Là-dessus, Perlim veut être irréprochable. Elle se fixe comme objectif de ne pas dépasser les 1/10e de la limite maximum de résidus (LMR) repérable sur la surface du fruit. Elle a pris des mesures pour y arriver : faire descendre la pression, appliquer les règles à la racine. Chaque pomiculteur a ainsi été doté d’un cahier de traitements. Il doit le remplir consciencieusement à chaque pulvérisation sur son verger. Si le cahier n’est pas complet ou pas rempli : pas d’acompte. Les règles sont strictes : insecticides et acaricides interdits un mois avant la récolte et herbicides quelques semaines avant. Voilà de quoi être exemplaire vis-à-vis des firmes de la grande surface garantes de la santé alimentaire du consommateur. Les fruits sont triés électroniquement. La pomme doit être sans tache, calibrée. Le laboratoire de l’entreprise teste quotidiennement la qualité gustative des fruits. Rien n’échappe à la responsable qualité. Et comme le dit la communication officielle : « La qualité PERLIM, c’est un outil industriel de pointe, totalement flexible et d’une grande précision ».
[[IMG:palox.webp|Des pommes golden déversées en palox, acheminées par flottaison vers le tri électronique de Perlim.|Les pommes sont amenées à Perlim en palox. Ces derniers sont immergés pour acheminer par flottaison les fruits vers le tri électronique.]]Pour une pomme parfaite…
Les vergers sont menés avec la même rigueur. Taille sévère, éclaircissage pour une production annuelle et traitement pour chaque peste. Beaucoup de traitements, 40 en moyenne par an. Perlim, pour sa défense, fait remarquer que, sur ce point, les molécules utilisées sont beaucoup moins nocives et donc moins efficaces qu’auparavant. La dose létale (DL50) nécessaire pour tuer 50 % de la population d’une peste (insecte, acarien ou champignon) est au moins vingt fois plus importante pour des molécules actuelles que pour les organochlorés, maintenant interdits. Et les nuisibles sont toujours là. Le carpocapse, l’acarien rouge, le puceron cendré, la punaise et la tavelure : tous croqueurs de pommes eux aussi ! Et il faut produire. Et il faut répondre aux exigences de plus en plus écologiques des consommateurs. Perlim cherche des solutions pour combattre les indésirables le plus proprement possible. Elle s’intéresse par exemple aux nouveaux atomiseurs en colonne pour moins de déperdition des produits5. Mais aussi, elle cherche à installer dans les vergers des auxiliaires de culture, la syrphe, les coccinelles, le pince-oreille ; implante des capta-spores et des stations météo pour prévoir au plus près l’infestation de la tavelure ; trompe le carpocapse en rut par des techniques de confusion sexuelle qui l’amène dans l’impasse reproductive…
Prise à son propre piège
Mais ce déploiement bio-ingénieux a un coût. Il est en général trois fois plus cher que la version chimique. « Et qui paye ? » Voilà une bonne question. En tout cas pas les grandes surfaces. Entre la drastique des normes et la pénurie des moyens ou des volontés pour développer les alternatives bio-industrielles, Perlim tire la langue. Les vieux vergers qui ne sont plus rentables sont arrachés pour de jeunes plus juteux. Mais les marges sont de toutes façons de plus en plus faibles. Le GIE semble aux mains des grandes surfaces. Comme coincé entre les exigences de la production et les dictats des nouveaux maîtres de la consommation. Comme pris à son propre piège. Mais les dirigeants de l’entreprise veulent rester visionnaires : et si l’avenir était à la permaculture… industrielle ?
Paradoxe
Il y a trente ans outre-Atlantique, les normes qui encadraient l’utilisation des pesticides étaient très strictes. La combinaison intégrale était obligatoire. Un protocole très précis définissait le parcours de chaque élément en contact avec les produits. La zone était traitée de nuit quand les vents sont insignifiants. Elle était ensuite fermée à toute circulation humaine pendant 48 heures. En France, ce n’est que récemment, suite au Grenelle de l’environnement, que de telles préconisations ont commencé petit à petit à voir le jour. Il n’est jamais trop tard. Mais les substances les plus toxiques ont été retirées du marché…
- 1 J’en profite pour faire un erratum : dans Corrèze en action n°-4 « Cueillette du fruit défendu, polémique en Corrèze », je définis Perlim comme une coopérative.
- 2 Voir l’article dans le supplément Corrèze en action n°-4 « Cueillette du fruit défendu, polémique en Corrèze ».
- 3 Autorité européenne de sécurité des aliments.
- 4 Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.
- 5 Peter Triloff, spécialiste allemand de la pulvérisation, est venu parler de son approche novatrice, à l’invitation de Perlim, le 13 février 2014. Objectif premier : maîtriser le flux d’air et sa vitesse – http://www.biofil.fr/arboriculture/pulverisation-en-arbo-viti-plus-defficacite/
Par Philippe Van Assche








