
Olivier c’est Robert Plant qui aurait avalé une pierre de nacre et qui chanterait du Piaf. C’est un peu Elvis – période « costume à paillettes » sans les paillettes, sans la morphine et avec un accordéon à la place du yukulélé… Olivier c’est la technique moderne des instruments et des chansons du passé au service d’un présent à re-décomposer. C’est plus que tout ça, et c’est mieux qu’un décor de scène.
Saint Anne – Saint Priest, à la croisée de la Haute-Vienne, de la Corrèze et de la Creuse. C’est là que vit Olivier, lui même à la croisée de plusieurs époques : La plus ancienne pour les morceaux qu’il reprend ; la plus moderne pour les arrangements qu’il ose et la plus indéfinie pour les costumes qu’il arbore sur scène.
Il suffit de quelques puces…
Je fais ce portrait d’un artiste, finalement assez différent des autres, car je cherche à comprendre ce qui m’attire dans sa musique ou plutôt dans sa façon de la retranscrire. Quand on est bercé au plus près des murs de son enfance par Metallica et Hubert-Félix Thiéfaine, il n’est pas nécessairement évident d’être attiré par la musique trad ou un récital d’Angèle Vannier1. Et Olivier a cette magie là. L’esprit « récup » qui l’accompagne sur scène (une chaise de prière sous son pied, le cul sur un tabouret de bistrot de campagne, des fripes tout droit sorties d’une scène « (d)es affranchis », une copie XXL des parasols de cocktails…) n’est peut-être pas étranger à la mystérieuse symbiose qui s’installe avec le public. Et l’esprit « récup », Olivier le partage et le vit tous les jours…
A Montpellier, au début de ce nouveau siècle, Olivier ne s’attache plus au mat de l’ingénierie qui semblait lui tendre sa hampe ; il se sent attiré par le chant langoureux des sirènes alternatives et récupérables ; il se promène (avec d’autres) et glane l’objet largué sur les trottoirs Héraultais pour lui rendre son utilité et le faire adopter dans les campagnes alentours… C’est aussi le temps des siestes musicales dans les parcs de Montpellier. Olivier joue de la guitare classique, seul ou en duo ; les oreilles sont déjà attentives au jeu musical mais la rue l’appelle et les décibels parfois malveillants couvrent régulièrement le son des cordes ; alors, en 2003, Olivier s’ouvre à l’inconnu et fait la rencontre d’un accordéon sur les puces de Montpellier ; la musique et les vieux objets, déjà… Toujours…
Place à la musique…
Il découvre et aime cet instrument, qui deviendra son premier accompagnant (même si, parfois, la guitare prend la place ; voire une harpe ou une lyre…).
Il apprend à maîtriser l’instrument, profitant des conseils avisés d’amis musiciens.
Lorsqu’il quitte le sud de la France pour la Creuse ; « besoin d’un endroit plus central, plus rural et… pluvieux » (plus vieux?) ; Olivier suit d’abord une formation agricole puis travaille une année dans une ferme en biodynamie, en tant que technicien agricole. Mais l’ombre de la musique plane toujours autour de lui. Déjà 4 ans d’accordéon et un répertoire qui s’étoffe ; il se lance alors dans un voyage vers l’Italie. En vélo et en accordéon. Olivier profite de ces instants pour jouer dans les rues ; de Clermont-Ferrand à Bologne… Des rencontres, de l’écoute et de l’argent au fond du chapeau… Et finalement, des anecdotes plein le tiroir : « c’était à Clermont, le deuxième jour que je jouais dans les rues, […] une femme qui avait 45, 50 ans, assez classe […] s’est arrêtée à 20 mètres de moi et écoutait le morceau que je jouais […]. À la fin du morceau, elle est venue me voir ; elle avait les larmes aux yeux et m’a dit que je lui rappelais son grand-père. […] j’imagine que c’était un musicien… C’était un moment émouvant. »
Après un intermède d’une année, comme bénévole à la ressourcerie La vie et demie2 en 2010 – toujours au plus près des objets anciens – Olivier rencontre Pascale Ben à Faux la montagne, comédienne et professeur de chant3, et décide de se lancer définitivement dans la musique. Ils forment le duo « Ben-Philippson » et créent « La rivière de soie » (voie encadré) ; reprises de chansons d’Angèle Vannier et de Serge Gainsbourg. C’est ici qu’Olivier démarre un nouveau cycle, d’abord en posant sa voix sur les musiques qu’il reprend ; voix qu’il découvre en suivant les cours de Pascale Ben ; ensuite en multipliant les rencontres musicales et leur univers différents.
Olivier devient intermittent du spectacle.
Émancipation onirique ou le plaisir du détournement…
C’est en ce jour de juin 2011 que je vois Olivier pour la première fois sur scène. C’est au théâtre de Tulle, pendant une scène ouverte… C’est coincé entre un one man show d’humour… Comment dire… Pas drôle ! Et un groupe de jeunes rockers brivistes ; le tout devant un public pas forcément enclin à écouter des reprises de chansons françaises… Un peu anciennes… Que le duo « Ben-Philippson » fait son entrée. C’est là je crois, que le mystère de l’aura d’Olivier sur scène m’est apparu. Non pas tant par les reprises de morceaux que je ne connaissais pas, mais plutôt par cette présence indéfinie qui émane de l’homme sur sa chaise, alliée il est vrai, à celle non moins étonnante de Pascale Ben. Olivier est fait pour ça, c’est indéniable. Tout est moderne dans l’ancienneté dégagée sur cette scène. L’accordéon, la chaise, la chemise ; même les chansons d’Angèle Vannier se parent d’une virtuose fragilité.
Je ressens chez Olivier, dans tout ce qu’il fait (voir encadré), une allégorie à la dialectique : là où est créé un objet ou une chanson, se créer une modernité… Comme un passé postérieur. Un passéisme apparent qui nous renvoie une évidente allusion à nos vies comme trop rapides et éphémères… Olivier, c’est un peu l’éternelle vie des choses et de nos façons de les utiliser ; en les réinventant, en les malaxant…
Et maintenant…
« Les rivières de soie » sont le point de départ d’autres tentatives. « Chez Rosette » et ses reprises « un peu épicées », à l’accordéon et à la guitare ; « Chez Fernand », bal-trad solo fait de reprises et compositions personnelles ; ZERLINK (« j’aime bien ce nom, ça fait un peu RDA »), un groupe de « bal-trad exotique » dont Olivier fait les compos et les arrangements ; Un trio de « néo-trad mi folk-mi raisin » fait de compos et reprises et un concert lecture : « Le batteur » dans lequel il utilise aussi un accordéon « Transicord » de 1968 (photo).
Et comme il est de bon ton de finir correctement un portrait ; je demande à Olivier, avant qu’il ne prépare un repas sympathique, si d’autres choses lui trottent dans la tête pour « son » futur. Sa réponse aurait dû m’être évidente : Il aimerait travailler – un jour – sur un arrangement musical autour d’un livre de Stefan Sweig… « Le voyage dans le passé »
ses prochaines dates
9 mai à 19h, La rivière de soie, concert avec Pascale Ben. Salle polyvalente de Saint-Martin-Château (23), dans le cadre du Vol du Zelem
5 juin à 20h30, concert-lecture Le batteur, avec Daniel Fatou et Grégory Bommelaere. Café-spectacle Au Fabuleux Destin, 6, rue Roger Cerclier à Aubusson (23)
12 juin à 20h30, bal folk’ avec le trio Mi-folk, mi-raisin, avec Aurélien Prugnaud et Jérémie Paitrault. Café-spectacle Au Fabuleux Destin, Aubusson(23)
20 juin en soirée, bal folk’ avec le trio Mi-folk, mi-raisin, pour la fête de la Saint-Jean. Grange à Foin, Trasrieux, Saint Julien-le-Petit (87)
19 juillet en soirée, bal folk’ avec le groupe Zerlink, avec Simon Bessaguet, Pierre Gérald, Aurélien Prugnaud. Fête Kreuzéol à Guéret (23)
vous pouvez retrouver toutes les infos d’Olivier sur : http://olivierphilippson.bandcamp.com
- 1 Poétesse bretonne née en 1917, décédée en 1980. Lien : http://fr.wikipedia.org/wiki/Angèle_Vannier
- 2 https://www.facebook.com/pages/La-vie-et-demie/313888805403165?fref=ts
- 3 Lumineuse faiseuse de miracle, dont le portrait sera fait prochainement.
pluton 427





