
En 2017, plus de la moitié des véhicules neufs vendus sur le marché norvégien était des voitures électriques ou hybrides. La Norvège est le premier pays au monde à avoir atteint ce niveau de vente. L’an dernier, les voitures zéro émission représentaient 21% des nouvelles immatriculations du pays, et les hybrides 31 %. À titre de comparaison, en France les ventes de voitures 100 % électriques représentaient 1 % en 2017 et les hybrides 4 %.
Pour atteindre ce niveau de vente, le gouvernement a mis en place un certain nombre de mesures très avantageuses : faible fiscalité à l’achat, gratuité des parkings, des péages urbains, des ferrys, autorisation de circuler dans les voies de bus. Résultat, les villes sont moins bruyantes, moins polluées, mais les bus prennent du retard car leurs voies sont saturées et il y a la queue aux bornes électriques.
Maintenant que l’on s’approche d’un parc automobile tout électrique ou hybride, le gouvernement commence à envisager de réduire ces avantages. Une première mesure devait toucher la fiscalité de grosses berlines type Tesla. Actuellement, un modèle S de Tesla (constructeur californien, 4è sur le marché de l’électrique en Norvège) n’est plus qu’à 73 000 euros (sic), soit la moitié de son prix. Étrangement, l’allié centre-droit du gouvernement a contesté la mesure et un compromis budgétaire l’a fait disparaître. Une belle grosse berline moteur thermique aux capacités équivalentes vaut tout de même 240 000€. On peut donc continuer à rouler des mécaniques et marquer sa place sociale pour moins cher. Pourquoi s’en priver ?
D’ailleurs, dans un pays qui compte un taux de pauvreté très bas (1), on n’a pas besoin de se poser la question de l’exclusion d’une part de la population de ce type de politique. La e-Golf s’achète autour de 30 000€, et la Renault Zoe autour de 21 000€ (2). Tout à fait abordable !
Ce développement de l’électrique dans l’un des pays les plus riches du monde, qui plus est premier producteur de pétrole en Europe pose plusieurs questions. L’électrique est-il un luxe ? Les politiciens norvégiens sont-ils plus courageux que leurs homologues ? Ont-ils enfin trouvé la recette de la vision à long terme ? Y a t-il pour autant une remise en cause de notre mode de vie sur-consommateurs d’énergie puisqu’au final le nombre de véhicules circulant ne semble pas avoir réduit ?
(1) 10,1% contre 14,1% en France
(2) respectivement 40 000€ et 23 000€ en France. La Norvège est au 6° rang du PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat et la France 25° (chiffre de 2013)
Julie Devès





