
Narbonne
« N de Charles Trenet, la filière nucléaire française pourrait pousser ce cri du cœur. Car s’y niche depuis 1959, sur le site d’une ancienne soufrière, un mastodonte de l’industrie nucléaire : la plus importante des cinq usines de conversion d’uranium au monde.
Sous l’enseigne COMUREX, AREVA puis Orano ; au gré des restructurations de la filière destinées à masquer les naufrages économiques, techniques et politiques (Uramin, EPR, pièces défectueuses sur les centrales, abus de la sous-traitance, travail au noir sur les chantiers de maintenance, etc.) ; l’usine s’étend sur 60 hectares à 3 kilomètres au nord et en amont du vent dominant (la puissante tramontane) de la métropole de 52 800 habitants, à 5 kilomètres des étangs et réserves naturelles s’ouvrant sur la Méditerranée. Exposition au soleil, au vent et taux de chômage local expliquent le choix du site.
Malvesi, qué fas ?
On raffine là les concentrés de minerai d’uranium à l’état naturel (yellow cakes) avant de le transformer en tétra fluor au moyen de bains d’acides (hypers toxiques selon un ancien salarié sous couvert d’anonymat). La majeure partie
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arbonne, mon amie ! » À l’instar
: Thor sur la ville
NB
de la production est expédiée par voie généralement ferroviaire à l’usine de Pierrelatte, dans la Drôme, pour y subir une nouvelle transformation. Le reste est exporté. L’unité de production comprend une aire de stockage (estimée à 40 000 tonnes d’uranium) et une douzaine de bassins d’entreposage, de décantation et d’évaporation des déchets dus à l’activité (estimée à 1 million de mètres cubes selon Greenpeace). Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Selon l’industriel, on pouvait considérer l’impact sur l’environnement comme quasi nul et à part quelques intégristes de la grinche, tout le monde était content. Seulement, une série d’accidents et l’émergence des projets dits NVH et THOR allaient attirer l’attention de la population et des associations locales (TCNA, COLERE, RUBRESUS, Les Papillons…) des médias et des instances nationales ou indépendantes (ASN, CRIIRAD) pour déboucher sur la création d’un collectif, COVIDEM (comité de vigilance des déchets de Malvesi), et une mobilisation populaire culminant en novembre 2017 avec 3 000 manifestants dans les rues de la cité opposés aux projets NVH et THOR. Les autorisations préfectorales pour ces projets étaient néanmoins accordées sans enquête publique ni étude d’impact environnemental au cœur de l’été 2018. La mise en chantier est prévue en 2021 malgré les recours juridiques des associations.
De qué parlan ?
Nouvelle Voie Humide décrit une nouvelle usine in situ de transformation d’uranium appauvri provenant de Tricastin en dioxyde d’uranium par des procédés mêlant bains d’acide nitrique, calcination et réduction dans un four à hydrogène. Celui-ci sera destiné à l’usine de Marcoule, où, mélangé au plutonium de La Hague, il donnera le MOX, combustible nucléaire. Ce projet de production de 300 tonnes induit une augmentation des rejets atmosphériques de gaz contenant des oxydes d’azote, du protoxyde d’azote, de l’ammoniac, des poussières, particules fines et de l’uranium.
THOR OU TDN (TRAITEMENT DES DÉCHETS NITRATES)
Pour traiter son million de mètres cubes de déchets à Malvesi, EDF a acheté en 2016, à STUDVIX, une entreprise suédoise, un procédé de combustion. Il s’agit d’une tour, un genre d’incinérateur qui produirait 40 000 mètres cubes de fumée à l’heure contenant des dizaines de polluants (oxyde d’azote, dioxyde de souffre, COV (benzène, phtalate deph)… par la combustion de 5 700 tonnes de charbon par an, de gaz, d’électricité et d’eau. Pour traiter 2 0000 m3 d’effluents, THOR consommera chaque année 80 000 m3 d’eau. La pollution inéluctable de l’air par ce procédé s’ajoutera à celle des sols qu’occasionne déjà l’usine. À ce rythme, une simple équation arithmétique permet d’estimer qu’il faudrait entre 300 et 700 ans de fonctionnement de THOR à Narbonne pour n’y traiter que les déchets déjà présents. Arrêtons-nous un instant sur d’autres lieux où ce procédé fonctionne déjà. Nous savons, de l’aveu même du catalogue marquant les 70 ans de STUDVIX, que la technique à Narbonne sera la même que celle déjà à l’œuvre en Chine, en Russie et à Irwin, une bourgade de 6 000 habitants du Tennessee. Si rien ne filtre de Russie et de Chine, un film produit par TCNA et visible sur le Net nous montre une population terrorisée par l’augmentation des cancers, des leucémies et autres plaisirs aux abords de l’usine. Même si les déchets traités là-bas sont hautement radioactifs et d’origine militaire, on pourra toujours se rassurer en s’adressant aux chargés des relations publiques d’Orano pour connaître la composition exacte de ceux d’ici… En outre, un rapport du GAO (Governement Accomptability Office), un organisme d’audit, d’évaluation et d’investigation du Congrès étasunien chargé des comptes publics, note que, sur les quatre phases de mise en route du projet, nous n’en sommes qu’à la deuxième et que celle-ci a occasionné un dépassement de 71 millions de dollars du coût initial prévu. Ceux qui douteraient du réalisme de tels propos peuvent consulter la traduction du rapport sur Internet (TCNA) ou se remémorer les retards et le gouffre financier des EPR de Flamanville et d’ailleurs…
11/12/2020 16:08
thomas cayez





