
La méthanisation pourrait être une clé essentielle de la transition énergétique, mais elle suscite une grande méfiance lorsqu’elle est le prétexte à installer des exploitations géantes et industrialisées. Une technologie très intéressante… à ne pas laisser entre toutes les mains !
Le 6 février dernier, l’agence locale de l’énergie Quercy Energies organisait un voyage d’étude : quelques dizaines d’agriculteurs et d’élus (communautés de communes du Pays Bourian et du Quercy Blanc) ont suivi la visite de l’installation Le Garrit Environnement (LG2E) à Mayrac, près de Martel. Joël Laverdet est agriculteur associé du GAEC du Garrit, et gérant de LG2E. Le GAEC élève 150 truies et cultive 6 000 m² de serres horticoles, plus 25 hectares de maïs, luzerne et maraîchage bio. Après plus de dix ans d’études et de recherches de fonds, il a installé l’unité de méthanisation en 2012. La méthanisation consiste à créer des engrais naturels et de l’énergie (électricité et chaleur) à partir de déchets organiques. Il traite ainsi 3 000 tonnes par an de lisier (qui du coup cessent de répandre des odeurs dans le voisinage), presque autant de déchets végétaux, de graisses…Tout cela est versé dans le digesteur de 1 000 m3 chauffé à 35°C, qui crée du gaz injecté dans le moteur de co-génération. Quant au digestat, il est partagé (gratuitement) avec 8 autres agriculteurs et épandu sur 180 hectares, avec un intérêt agronomique très important selon Joël Laverdet. Selon Mathias Autesserre, de Quercy Energies, le produit est un fertilisant très intéressant, permettant de remplacer les engrais chimiques, à efficacité égale. Même s’il faut prendre garde aux risques de pollution liés à la présence d’azote (ammoniac), cette technologie comporte de nombreux avantages écologiques : utilisation de déchets (dans une optique d’économie circulaire), énergie renouvelable, économies d’énergies (sur cette exploitation, 3 tonnes de gaz et 30 tonnes de fioul économisées), réduction de l’émission de gaz à effet de serre…Elle pourrait donc prendre une place importante dans la transition énergétique.
Côté production, EDF rachète cette électricité entre 13 et 20 cts /kWh injecté dans le réseau. De plus, Joël Laverdet utilise la chaleur pour chauffer les serres et les animaux (soit 10 000 € d’économies sur le chauffage/an). Pour un investissement d’un million d’euros, dont la moitié a été subventionnée (Ademe, Fonds européens, Conseil régional), le résultat escompté est de 68 000 € /an (au bout de 7 ans). « L’élevage porcin est en crise, avoue Joël Laverdet, et la méthanisation apporte du cash pour investir. Le risque est de sacrifier l’agriculture à la rentabilité… »… Pour éviter d’autres fermes des 1000 vaches, la méthanisation doit être gérée collectivement par plusieurs agriculteurs, associés à des collectivités locales. Les collectivités pourraient ainsi se débarrasser de leurs déchets et utiliser la méthanisation dans un réseau de chaleur. En outre le gaz naturel obtenu peut être injecté dans le réseau de gaz naturel, et peut-être va bientôt servir de carburant. L’enjeu est d’engager la transition énergétique dans le cadre d’un projet de territoire…
Reportage complet sur www.decibelfm.fr dans Alternatives Rurales de mars.
carole testa





