Le rythme est un événement qui se reproduit à l’identique en fonction d’une certaine périodicité. On ne peut donc pas parler de rythmes scolaires, car chaque journée d’école est différente, ne serait-ce que par son contenu. Mais il existe bien des rythmes biologiques qui sont génétiquement programmés et propres à chacun.
Nos horloges internes
Une horloge centrale, qui correspond à un amas de cellules derrière le croisement des nerfs optiques, programme les autres horloges périphériques en fonction des passages jour/nuit. Ces horloges rythment la libération d’hormones qui agissent dans notre corps. Idéalement, ces horloges doivent être synchronisées entre elles, pour éviter fatigue et faiblesse immunitaire.
On considère trois catégories d’horloges. Les plus remarquables sont les horloges circadiennes, autour du jour, dont la périodicité est d’environ 24 heures. L’une gère la veille et le sommeil. Une autre gère la température centrale de notre corps. Celle-ci baisse au milieu de la nuit puis remonte environ une heure et demi avant le réveil spontané. Elle continue d’augmenter jusqu’à un plateau puis redescend légèrement en début d’après midi. C’est ce que l’on appelle le creux méridien, où on constate une baisse de la vigilance. C’est le moment propice pour la sieste (pour les petits comme pour les grands). La température remonte ensuite jusqu’à un plateau puis redescend dans la soirée. Un frisson peut être le signe que le corps est prêt pour le sommeil. Une troisième horloge libère le cortisol qui augmente le glucose sanguin, donc l’énergie dans le corps. Le cortisol est très bas la nuit et à son pic juste avant le réveil spontané. Il diminue au moment du creux méridien. Enfin, une horloge déclenche la mélatonine, l’hormone du sommeil, qui est libérée la nuit, en l’absence de lumière, donc en fonction des saisons mais aussi quand les écrans sont éteints.
Une autre catégorie d’horloge est l’horloge annuelle, liée au rythme des saisons : le rythme des vacances scolaires pourrait être calé sur cette horloge. L’alternance de sept semaines d’écoles et deux semaines de vacances ne la respecte pas. En hiver, notre corps nécessite plus de repos, et les ponts du mois de mai ont un effet néfaste sur la fatigue des enfants. Les jours fériés étant connus à l’avance, il vaudrait mieux caler les vacances dessus, et avoir des périodes de classe plus longues au printemps.
De l’importance d’un sommeil régulier
Le sommeil est une succession de cycles de sommeil de quatre-vingt-dix minutes. Le premier cycle apparaît après l’endormissement. Il est lié à la synchronisation des quatre horloges circadiennes, notamment avec la sécrétion de la mélatonine qui se déclenche en l’absence de lumière ; d’où une difficulté à s’endormir après avoir regardé un écran. Chaque cycle est composé de trois stades. Les deux premiers stades correspondent à un sommeil très profond. C’est le moment de la récupération de l’effort physique, le moment où l’hormone de croissance est libérée et où le système immunitaire est régénéré. Le troisième stade correspond au sommeil paradoxal. L’activité cérébrale est en marche et permet d’emmagasiner les informations de la journée. C’est aussi le moment où l’on rêve. La durée des deux premiers stades diminue sur les cycles suivants et celle du sommeil paradoxal augmente. Quand on se couche tard, il n’y a que l’horloge de veille/sommeil qui bouge, mais pas les autres. Elles se désynchronisent. Il faut huit jours pour que l’horloge de la température du corps s’adapte et trois semaines pour les horloges liées aux hormones (cortisol et mélatonine).
De la fatigue des enfants
Il est ainsi difficile de dire si la réforme a réduit la fatigue des enfants, tant son application diffère d’une commune à l’autre. Les enfants disent majoritairement ne se sentir ni plus ni moins fatigués qu’avant. Mais ils se plaignent de devoir se lever le mercredi matin. Selon les parents, les réveils le matin ne semblent pas être un problème, mais par contre, les enfants sont plus fatigués en fin de journée. Même si le temps en classe a été réduit, le temps collectif reste le même, et il faut quand même un minimum d’attention lors des activités périscolaires. Quant aux enseignants, ils apprécient la classe sur cinq matinées mais reconnaissent que les après-midi sont plus compliquées, les jeudis et vendredi également, les enfants sont plus excités, plus difficiles à calmer et ces emplois du temps irréguliers ne les aident pas à commencer à se repérer dans le temps.
Claire Leconte : « Faire l’école autrement »
Venue l’an passé donner une conférence à Uzerche, Claire Leconte est chronobiologiste, et enseignante chercheur à l’université de Lille 3. Lors de la réforme des rythmes scolaires, elle a accompagné la commune de Lannion, en Bretagne, dans l’élaboration d’un programme éducatif qui respecte réellement les besoins de tous les enfants, et qui redonne également une qualité de vie professionnelle – et personnelle – aux enseignants. Ce projet repose sur la concertation de toute la communauté éducative : enseignants, parents, commune et associations d’éducation populaire.
Son programme s’appuie sur les constats suivants :
– les enfants ont une meilleure capacité de concentration le matin
– la longue rupture du week-end est la plus délétère pour le sommeil des enfants, il vaut mieux pour eux qu’ils aient une pause le mercredi et classe le samedi matin
– il faut respecter une triple alternance au cours de la journée scolaire : alternance entre le travail et le repos, entre le mouvement et l’immobilité et entre le rationnel et l’imaginaire.
Une fois ces principes énoncés, le projet propose cinq matinées de quatre heures avec deux pauses. Cela permet d’alterner trois séquences de 45 minutes, avec des séquences plus courtes de 15-20 minutes, en respectant idéalement la fameuse triple alternance. Deux après-midis par semaine, les enfants ont deux heures de classe, et deux autres après-midis, ils ont deux heures d’activités dites de « parcours éducatifs » en lien avec le projet de classe. On se retrouve donc avec sept demi-journées de classe et les temps périscolaires regroupés sur deux fois deux heures, ce qui permet de mobiliser plus facilement des intervenants. Mais, le projet ne respecte pas le principe des neuf demi-journées et a été rejeté par l’Éducation nationale. Dommage.
Pour en savoir plus : www.claireleconte.com



