Saint Jal, à une dizaine de kilomètres au sud-est d’Uzerche, le 2 juillet. L’association Peuples et Culture projette un documentaire passionnant sur les pommiers du Kazakhstan.
Il était une fois la pomme
Les pommiers du Kazakhstan : Association incongrue d’un fruit on ne peut plus commun et d’un pays qui ne fait pas résonner grand-chose de connu. On voit les montagnes du Tian Shan, à la frontière de la Chine et du Kirghizistan. Les flancs de ces dernières sont couverts de forêts primaires dont l’espèce dominante est un pommier sauvage appelé Malus Siversii, 165 millions d’années au compteur. Il existe une dizaine d’espèces de pommiers sauvages recensés dans le monde, mais leurs fruits n’ont pas grand-chose à voir avec celui que l’on connaît aujourd’hui. Ils sont proches de la taille d’une cerise. Leur goût est très amer, astringent ou acide. Pas vraiment un feu d’artifice gustatif. Sur nos coteaux célestes du Kazakhstan, certains arbres dépassent les trente mètres de haut et trois cents ans d’âge. Difficilement comparables avec le pommier de chez nous qui culmine à une dizaine de mètres et à une centaine d’années d’espérance de vie. Mais plus important encore que sa taille ou sa longévité, Malus siversii a une caractéristique exceptionnelle : certains de ses fruits sauvages seraient très proches de ceux de Malus Domestica, l’espèce mère de toutes les variétés cultivées d’aujourd’hui. Sucrés, juteux, d’une taille correcte… Même un chercheur de l’INRA reconnaît que ces fruits sauvages sont tout à fait adaptés au goût contemporain. C’est servi sur un plateau : impossible de ne pas se prendre les pieds dans le cliché du jardin d’Eden et de la pomme originelle…
Comment l’INRA est tombée dedans
Mais si un chercheur de l’INRA prend le temps d’aller se balader dans les forêts vierges du Kazakhstan, ce n’est ni par simple curiosité botanique, ni suite à une crise arborico-mystique.
Ce que nos chercheurs trouvent, c’est que certains des plus beaux spécimens de ces pommes seraient potentiellement “commercialisables”. Il ne s’agit pas de venir récolter et vendre directement les pommes sauvages du Tian Shan, du moins pas encore. Mais comme toutes les plantes sauvages, Malus Siversii est beaucoup plus résistante aux agressions extérieures comme les maladies ou les champignons, y compris à celui qui pose le plus de problèmes aux pomiculteurs aujourd’hui : la tavelure. En effet, en sélectionnant et renforçant certains caractères, par exemple le goût ou la taille des fruits, on en perd d’autres. C’est pourquoi la dizaine de variétés la plus cultivée ne peut se passer de béquilles chimiques. Mais la proximité de certains Malus Siversrii avec Malus Domestica les rend ainsi utilisables pour la sélection de nouvelles variétés de pommes, qui auraient à la fois les caractéristiques gustatives de la pomme cultivée et la résistance de la pomme sauvage. Et qui dit résistance, dit moins – voire pas – de pesticides : révolutionnaire, dans le monde de la pomiculture!
La pomme qui a vu l’ours
Certains des chercheurs pionniers dans le domaine ont eu une intuition qui a désormais été génétiquement prouvée : notre pomme cultivée viendrait en droite ligne des forêts vierges – aujourd’hui menacées – du Tian Shan. Reste à comprendre pourquoi Maalus Siversii a évolué ainsi dans le Tian Shan, alors que ce n’est arrivé nulle part ailleurs dans le monde avec les autres espèces de pommiers sauvages? Dans le film, l’un des pommiers est orné d’une grande balafre verticale. La marque d’un ours, qui vit dans cette région et peut dévorer les pommes d’un arbre entier dans la journée. Évidemment, il les préfère grosses, bien juteuses et sucrées. Une fois qu’il s’est gavé des délicieux fruits, les pépins se retrouvent dans un substrat de croissance parfait : ses excréments. Depuis des millénaires, cet ours a favorisé et donc sélectionné, ses pommes préférées. Jusqu’à ce qu’elles partent en voyage sur la route de la soie. Sans ce gastronome, la pomme cultivée, le troisième fruit le plus consommé au monde et le premier en Europe, n’aurait jamais existé.
1 Titre du documentaire de Catherine Peix



