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La Trousse Corrézienne

LTC 8 · 1 septembre 2016

Les croqueurs de pomme

Nous sommes dans un verger conservatoire de variétés anciennes de pommes. Il a été planté par les membres de notre association, les Croqueurs de Pommes, depuis 2004 dans le but de valoriser les fruitiers anciens de notre terroir. Aujourd’hui, en plus de la pépinière de 250 arbres, environ 300 arbres sont en production. Il y a un patrimoine fruitier très important en Corrèze. Le nom de notre association fait référence à la pomme, mais on conserve en fait des variétés de tous types de fruits comestibles. Dans ce verger, on a donc aussi une trentaine de variétés de poiriers ainsi que des pêchers, des pruniers et des cerisiers. Il n’y a pratiquement jamais eu de traitements jusqu’à maintenant. Ce qui nous permet d’observer les effets quand on s’en passe.

Nous avons commencé en 2004, et aujourd’hui nous avons 200 adhérents, qui représentent environ 180 vergers familiaux. Au total, on compte 10 000 arbres qui ont été plantés chez des croqueurs, qui viennent repeupler notre paysage fruitier corrézien.

Ce qui domine dans le verger, c’est la pomme. Sur 300 arbres, on a 200 pommiers qui représentent plus d’une centaine de variétés de pommes différentes. Parmi celles-là, près de 80 variétés ont été identifiées comme endémiques au département, c’est-à-dire venant de Corrèze. Rechercher, reconnaître, décrire, identifier les arbres, observer leur floraison, leurs fruits, les goûter et conserver ces anciennes variétés, c’est le cœur de notre activité. Il s’agit donc d’être constamment à l’affût, pour trouver et identifier de nouvelles variétés de pommes anciennes. Lorsqu’on juge une variété apte à être conservée, on la greffe dans notre pépinière, puis on implante cette variété dans le verger pour la sauvegarder.

Le second aspect de notre travail est de promouvoir cette pomme auprès du public, et d’encourager les gens à la planter dans les jardins, de façon à développer les vergers familiaux de variétés locales. On leur fournit alors le porte-greffe, on les initie à la greffe : on prend les greffons dans le verger, on fait la greffe ensemble puis la personne le plante chez elle. C’est la meilleure façon de trouver des arbres adaptés à son secteur, parfois de manière très précise, puisqu’on arrive à travailler par cantons.

Nous ne sommes pas des pépiniéristes ou des arboriculteurs professionnels. Donc nous avons mis en place des partenariats avec des gens qui font ce type d’activités, en plus d’être Croqueurs, de façon à pouvoir trouver ces variétés dans le commerce. On fournit les greffons, que nous avons validé au niveau de l’origine au préalable. Si on a un doute concernant une variété, on fait un génotypage : on envoie un échantillon de feuilles à l’INRA1 à Angers, qui nous précise l’identité génétique du fruit. De cette façon on sait si cette variété vient spécifiquement de chez nous ou si elle a déjà été identifiée dans d’autres régions de France. Ceci nous permet d’avoir une sécurité sur l’appellation qu’on donne à la pomme.

Une autre de nos activités consiste à faire des séances de dégustations lors des diverses manifestations – une trentaine environ – auxquelles nous participons dans l’année. Enfin, nous organisons des rencontres avec des écoles et des EHPAD2.

Cela nous permet de rencontrer les anciens, qui nous racontent comment c’était autrefois. Il faut savoir que la trace des fruits dans notre région est très ancienne. On l’estime à une centaine d’années avant Jésus Christ. Dans tous les villages, existait une activité commerciale autour de la pomme, avec des ramasseurs itinérants. Il y avait alors des arbres fruitiers dans toutes les parcelles, on cultivait même des céréales entre les arbres : c’est l’agroforesterie, qui date en fait de l’époque des romains.

La prédominance des pommiers s’explique : suite au phylloxera, dans les années 1860, les nombreux viticulteurs de Corrèze ont du se reconvertir. Ils ont souvent choisi la pomme carl’époque les villes étaient très demandeuses de fruits. On s’est ainsi retrouvé avec un terroir couvert de vergers. La pomme a aussi été le fruitier dominant, parce que le pommier est un arbre très rustique, dont le fruit se conserve bien – on peut en manger de juillet à mai – et très facile à greffer. Les gens transportaient les greffons lorsqu’ils se déplaçaient. Ils allaient faire les foins en Auvergne ou construire des villes un peu partout en France – c’est le cas des maçons du Limousin – et sur leur chemin ils s’arrêtaient, goûtaient des pommes et prenaient une branche de leur pommier préféré pour le greffer une fois de retour à la maison.

Sur ces chemins empruntés par les travailleurs, on retrouve des variétés de pommes originaires de Corrèze, mais qui ont changé de nom. Par exemple lorsque Turgot était intendant du Roi en Limousin, il a goûté la Sainte Germaine, qui est originaire de Saint-Germain-Les-Vergnes. Lorsqu’il a demandé quelle était cette pomme, on lui a dit que c’était la pomme « de l’estre », parce qu’elle était sur la « fenestre ». Elle a été implantée au verger du Roi sous ce nom, d’où son appellation officielle, elle a ensuite été diffusée partout en France. Puis dans les années 50, il y a eu des périodes d’arrachage systématique des arbres à cause de la mécanisation et du remembrement, alors ces variétés ont commencé à disparaître.

Dans un futur proche, nous espérons pouvoir trouver plus de variétés anciennes sur les petits marchés de proximité, afin de relancer progressivement leur consommation et donc de replanter les arbres qui vont avec. Ça aidera à diffuser notre passion pour ces variétés malheureusement oubliées.

1 INRA : institut national de recherche agronomique……

2 EPHAD : établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

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