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La Trousse Corrézienne

Chroniques, LTC 3 · 4 septembre 2015

Le syndrome de Stockholm

Le syndrome de Stockholm désigne un phénomène psychologique où des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers développeraient une sorte d’empathie, voire de sympathie ou de contagion émotionnelle avec ces derniers, selon des mécanismes complexes d’identification et de survie.

C’est pas souvent que je commence une chronique par une citation de Wikipédia mais, ce soir, j’avais pas l’temps. Tout ça pour revenir sur une prise d’otage qui est totalement passée inaperçue dans notre pays à la fin du vingtième siècle. D’autant plus étonnant qu’il s’agissait d’une prise d’otage de masse : pensez donc ; 20% de la population en âge d’aller voter ont été retenus par un groupuscule d’activistes que nous appellerons PS pour simplifier la démonstration. Les otages, trop nombreux pour les citer nommément seront désignés sous le nom de code PCF. Alors que se passe-t-il dans une prise d’otage ? Les ravisseurs enferment les otages dans un lieu tenu secret et connu d’eux seuls, et, pour montrer leur bonne foi et leur détermination, ils en libèrent un ou deux de temps en temps (quand ils en ont plusieurs). Ainsi, deux ans après la prise d’otages sus citée, trois ministres PCF ont été libérés. Ils ont pu témoigner de leurs conditions de captivité dans un système intenable.

Puis les ravisseurs s’évertuent à faire en sorte que leurs otages dépérissent, sans perdre la vie pour autant, car ils constituent une monnaie d’échange, or il s’avéra dans ce cas précis que la monnaie d’échange fut fortement dévaluée en 1989 en raison d’un banal problème de maçonnerie, qui constata la chute d’un mur, enfin une bête histoire d’artisans. Ainsi, suite à cette dévaluation, le nombre d’otages se mit à réduire inexorablement.

Puis ce qui devait arriver arriva; les otages restants, finirent par être victimes du sus-évoqué syndrome de Stockholm, et firent preuve d’une paradoxale empathie envers leurs geôliers, qui eux, oeuvrant de raffinements de cruauté, parvinrent à les réduire à un peu plus de 2% en 2002. Mais qu’à cela ne tienne, le syndrome était installé. Dès lors, impossible pour les otages d’éprouver la moindre critique envers leurs tortionnaires, toujours prêts à tout, dans un élan de mauvaise foi caractéristique de leur maladie, à défendre contre vents et marées ceux la même qui les avait réduit en un ce sordide esclavage.

A l’heure où je vous parle, du fond de leur geôle, les dits otages, organisés en comités locaux et conseils fédéraux, continuent de se questionner à l’idée de quitter la prison, maintenant que la porte est ouverte. En même temps, si ils choisissent de recouvrer leur liberté, ça risque de rendre tristes leurs ravisseurs, et ça, c’est vrai qu’humainement (l’humanité, c’est une de leurs valeurs : Un euro soixante dix dans tous les kiosques) humainement disais-je avant d’être interrompu par une page de réclame, humainement donc, c’est pô sympa. Et puis les ravisseurs, ils sont pas si méchants que ça et pi même des fois, ils nous donnent des trucs : des villes de banlieue où que c’est la merde, à gérer tous seuls, des vice-présidences, des dossiers très importants comme par exemple le concours des maisons fleuries du Val Fourré, ou encore le projet de Vélib’ sur le plateau de Millevaches. On nage donc aujourd’hui encore en plein syndrome et aucun traitement ne semble envisageable.

A l’heure où je vous parle donc, cela fait exactement 12522 jours soit 34 ans, 3 mois et 12 jours que nous sommes sans nouvelle des otages, une durée exceptionnelle, pensez donc, même Mélenchon qui détenait le précédent record, n’a tenu que 31 ans, c’est dire.

En même temps, j’imagine le jour où, délivrés de leur pathologie, l’ensemble des otages recouvrera la liberté, avec des barbes de trente quatre ans (Marx pourra aller se rhabiller) clignant des yeux à cause de la lumière du soleil, les visages émaciés, les bouches pâteuses de trop de couleuvres avalées, pleines d’échardes à force de rouler des galoches avec des langues de bois, avec tout à réapprendre de ce monde nouveau dont ils auront été trop longtemps éloignés, et ce sera à nous de les accompagner, de les rééduquer allais-je dire pour utiliser un vocabulaire qui leur est familier, de les aider à se réadapter à la société nouvelle.

En attendant ce jour, si vous voulez pas sortir, fermez la porte, vous allez attraper un courant d’air!

Jean-Marc Vareille

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