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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 3 · 4 septembre 2015

Le Glandier low-cost(e)

L’EPDA du Glandier, établissement médico-social à faible coût

Par La Blatte

L’Établissement Public Départemental Autonome (EPDA) du Glandier, qui accueille des personnes handicapées, devait entamer un grand chantier de restructuration. Les élections départementales sont passées par là, et le projet est annulé. Retour sur un fiasco à la facture salée.

Un peu d’histoire

Pour comprendre les enjeux de ce qu’il vient de se passer, il faut reprendre un peu l’histoire du handicap en Corrèze.

Pendant l’Antiquité, les personnes handicapées, et particulièrement les enfants sont exclus de la société, considérés comme impurs, ou victimes de la malédiction divine. Au Moyen-Âge, les personnes handicapées sont prises en charges, et enfermées, dans les Hôtels-Dieu. Le regard posé sur elles change progressivement avec le siècle des Lumières.

Néanmoins, jusque dans les années 60-70, il reste honteux d’avoir un enfant handicapé. Les parents sont montrés du doigt, les enfants plus ou moins cachés. Des parents s’organisent pour que leurs enfants soient pris en charge. En Corrèze, certains se regroupent même pour faire « l’école » à leurs enfants, et collent des journaux aux fenêtres, pour que les curieux ne viennent pas les importuner.

Sous l’influence de ces parents qui s’organisent en associations, la première loi notable en France « en faveur des personnes handicapées » est votée en 1975.

Mais dès le milieu des années 60, des établissements d’accueil pour enfants handicapés voient le jour. On pense alors qu’il est souhaitable qu’ils « profitent du grand air ». Ajoutez à cela que l’immobilier à la campagne coûte moins cher qu’en ville. Enfin, c’est aussi l’époque des « jeunes loups » gaullistes, opération menée par des candidats en Quercy et Limousin pour reconquérir des terres socialistes, dont Jacques Chirac fait partie.

Il résulte de ce cocktail que des établissements pour enfants handicapés sont installés en rase campagne, où cela crée de l’emploi, pour accueillir les petits parisiens. Ce sera le cas en Corrèze dans la Chartreuse du Glandier, à Beyssac, mais aussi à Peyrelevade et Bort-les-Orgues.

Les enfants accueillis ont grandi, les mentalités encore évoluées. Il n’est plus question aujourd’hui de déraciner les enfants handicapés pour les envoyer de Paris en Corrèze. Ces établissements se sont donc transformés pour devenir des établissements pour adultes handicapés.

Cette tradition d’accueil fait qu’aujourd’hui on recense un taux important de personnes handicapées sur le territoire : sur 1 000 personnes, 36 perçoivent l’Allocation Adulte Handicapé en Corrèze, contre 25 en moyenne en France. Le taux d’équipement en établissements est de plus du double de la moyenne nationale. La Corrèze reste ainsi une terre d’accueil pour de nombreux adultes d’autres départements.

Vers une restructuration du Gandier

La Chartreuse du Glandier, ancien monastère, appartient à la Ville de Paris, depuis 1920 – Département de la Seine à l’époque – où il y a installé un Sanatorium, puis un Préventorium, puis un Centre Psychothérapeutique pour enfants dit « débiles semi-éducables » (sic) en 1965. Dans les années 80, l’établissement accueille des adultes, dans différents services selon le degré de handicap : Maison d’Accueil Spécialisée (MAS), Foyer de Vie (FV), Foyer d’Hébergement (FH) et le Service d’Aide par le Travail ESAT (ancien CAT).

Outre des bâtiments inadaptés à l’accueil de personnes handicapées, la Chartreuse, avec ses immenses couloirs, ses escaliers, ses petites salles, ses hauts plafonds… est totalement enclavée, loin des centres bourgs. Au Glandier, il n’y a rien, sauf le Glandier ! Établissement autonome depuis 2005, les locaux restent la propriété de la Ville de Paris, qui bénéficie de 40 à 70 % des places réservées à ses ressortissants.

Ce sont environ 160 adultes handicapés qui y sont accueillis, pour environ 200 employés. La MAS, qui accueille une trentaine de personnes, a été installée dans de nouveaux locaux, sur Vigeois, en 2011.

Depuis de nombreuses années, partout, on essaie d’aller vers de plus petites unités d’accueil, à taille humaine, et au plus près de la vie locale. Cela permet de limiter les maltraitances institutionnelles, par définition inhérentes à tous types d’institutions, et de favoriser l’insertion dans la vie locale, en particulier pour les adultes les plus autonomes.

Aussi, partant de l’inadéquation des locaux à son usage, et des nouvelles orientations, un audit fut décidé en 2012. Il conclut, en échange de quelques dizaines de milliers d’euros, à ce que tout le monde savait déjà : il faut restructurer le Glandier en petites unités, et se rapprocher des bourgs. En toute logique, les besoins de la population corrézienne se concentrant sur le bassin de Brive où les établissements sont rares, il eut été logique de s’en rapprocher, ou a minima, pour préserver la proximité des habitations des personnels, de s’implanter principalement sur Uzerche, bien desservie en termes de transports (Train, Autoroute, Bus).

En décembre 2013, le projet de restructuration est voté par le Conseil d’Administration de l’Établissement, présidé par le Président du Conseil Général de la Corrèze, Gérard Bonnet à l’époque. Les différentes unités seront réparties sur Uzerche, Lubersac et Pompadour, au nom de l’« équilibre territorial », entendez des « arbitrages politiques »… Coût du projet : 19 millions d’euros. Moins que ce qu’aurait coûté la mise aux normes de la Chartreuse, quoiqu’il en soit.

En 2014, le projet se peaufine, les études financières sont réalisées, et fin 2014, l’EPDA se lance dans les appels d’offre, les acquisitions de terrains, etc… Il déménagera au plus tard fin 2017. À la fin de bail, la Ville de Paris mettra en vente la Chartreuse.

Patatras !

29 mars 2015 : lors des élections départementales, la Corrèze (re-)bascule à Droite. Le 3 avril 2015, Pascal Coste est élu Président du Département de la Corrèze.

Comme prévu, le Conseil d’Administration de l’EPDA du Glandier, qui se réunit régulièrement, est convoqué. Son nouveau Président, Pascal Coste est présent. Et alors même que le quorum n’est pas atteint, et que la question de la restructuration de l’établissement n’est pas à l’ordre du jour, le projet est purement et simplement annulé.

Pour quels motifs ? Il y a trop de places pour adultes handicapés en Corrèze. Et c’est vrai ! Les seuls handicapés corréziens ne peuvent remplir tous les établissements présents sur le territoire. Mais le problème est ailleurs. Comme cela est soulevé depuis de nombreuses années, la répartition géographique de ces places n’est pas adaptée aux demandes1. En effet, la Basse Corrèze, qui regroupe la plus forte population, et donc les plus forts besoins, est sous-équipée en comparaison de la Haute-Corrèze, qui a bien du mal à remplir ses établissements. Les temps ont changé. Demander à un jeune Briviste d’aller s’installer à Eygurande, c’est devenu compliqué. Heureusement que nombre de départements sont sous-dotés. Mais malgré ces arrivées extérieures à la Corrèze, il devient difficile de trouver des candidats.

Dans ce cadre, on ne comprend pas bien le positionnement du nouveau Président.

Mais c’est méconnaître la réalité des enjeux. Non, le secteur social n’est pas dirigé par un ensemble de personnes réunies autour d’un objectif commun de meilleure prise en charge des personnes handicapées. Ce sont des structures économiques, et politiques, en concurrence permanente.

Si le Glandier s’était affranchi de ses liens avec la Ville de Paris, il aurait accueilli plus de corréziens, en demande sur la Basse-Corrèze, et cela se serait fait au détriment de structures de Haute-Corrèze qui ont du mal à faire le plein.

Et en Haute-Corrèze, qui gère les établissements pour adultes handicapés ? La Fondation Jacques Chirac, du nom de jeune loup dont on a parlé plus haut, qui accueille près de 1200 adultes handicapés, sur une vingtaine d’établissements et emploie environ 830 salariés !

Une décision au coût exorbitant

Comme on l’a dit, le projet de restructuration avait été lancé fin 2013. Depuis, des achats de terrains ont été réalisés (comme à Uzerche, pour environ 200 000 euros), ou sont en cours. En cas de désistement, des frais seront à régler. Les concours d’architectes aussi étaient lancés. Les bureaux avaient déjà commencé à plancher sur le projet. Pour les dédommager, les contrats prévoient respectivement le versement de 55 000 et 18 000 euros par cabinet – ils sont trois pour chaque concours. Et hop, 219 000 euros de perdus. Il faut ajouter à cela les contrats divers et avec l’audit de départ, les frais d’analyse financière… etc, le coût de l’annulation du projet se situe entre 500 000 et 1 million d’euros. Sans compter le temps de travail mobilisé par le personnel…

Mais que va alors devenir le Glandier ?

La demande du Président est claire : il faut continuer comme avant, en prenant de préférence des adultes hors département. Ainsi, les corréziens seront toujours contraints d’aller vers la Haute-Corrèze. Les emplois y seront maintenus, et les élus locaux, aussi ! D’autant que le mélange des genres est de rigueur : Françoise Béziat, Directrice Générale de la Fondation Jacques Chirac, est également premier adjoint au maire d’Ussel, et Présidente de la Communauté de communes Ussel, Meymac, Haute-Corrèze. La famille, c’est important !

Quant au directeur de l’EPDA du Glandier, il s’en va cet automne.

Et les salariés, et les personnes handicapées dans cette histoire ? Qui s’en soucie ?

1 Voir le Schéma départemental de l’autonomie 2012-2016, notamment pages 93, 94, 95 – http://www.correze.fr/fileadmin/user_upload/Solidarite_insertion/Solidarite/schema_autonomie2012.pdf

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