
L’association nationale de correspondance avec des détenus a désormais une représentation en Corrèze. Cathy SERIN intervient auprès des établissements pénitentiaires de Tulle et d’Uzerche [1] mais aussi, localement, comme déléguée départementale auprès des adhérents corréziens et du grand public.
Faire le lien entre l’intérieur et l’extérieur est son cheval de bataille, CdB19 est né !
Il se trouve que je suis moi-même adhérente de cette association depuis plusieurs années. La rencontre avec Cathy et les échanges riches qui en ont été le fruit donnent lieu à cette présentation à 2 voix, à 2 plumes.
Fondée en 1950, Le Courrier de Bovet (CdB) est une association loi 1901, laïque et apolitique, qui met en place des échanges épistolaires entre personnes incarcérées et adhérents, extérieurs à la prison et à la vie privée des détenu(e)s.
L’objectif du CdB est avant tout de permettre d’ouvrir les personnes à une autre sorte de relationnel, une autre façon de penser et d’approcher, de comprendre le monde.
En prison, les seuls acteurs relationnels constants sont les personnels pénitentiaires et les co-détenu(e)s. L’éloignement géographique ne permet pas toujours les visites au parloir. Il arrive que le lien avec la famille, les amis, soit totalement rompu, sans parler des personnes qui ne parlent pas français et se sentent très isolées. Dans ce « vase clos », il importe donc de renforcer le lien intérieur-extérieur qui est si ténu. L’adhérent devient alors ce lien en apportant une écoute, un regard sur ce qu’il se passe dans la vie du détenu ou dans l’actualité du monde.
Pour la personne en détention, correspondre via CdB signifie : « Je suis en lien avec quelqu’un que je ne connais pas, qui ne me connaît pas mais qui m’accepte tel que je suis et me respecte. » Ces conditions favorisent l’envie d’aller à la rencontre de l’Autre, de s’ouvrir sur un autre univers, une autre façon d’être, de penser. En confiance, sans peur d’être jugé.
L’adhérent, lui, au début, se positionne souvent en « aide à l’autre ».
Il va vite constater que la relation qui se crée, au fur et à mesure des échanges réguliers et durables, est également constructif pour lui. Il y a bien réciprocité !
Le CdB déroule une ligne claire sur la posture à observer auprès des personnes incarcérées et adhérer nous engage fortement [2]. Nous allons devoir trouver une justesse dans le propos, être capable de nous repositionner en permanence, avoir du répondant et structurer nos écrits avec finesse sans questionner le passé du(de la) correspondant(e) ; ce n’est pas une relation anodine qui se met en place.
Et au-delà de l’aspect « individuel » de la correspondance, nous sommes poussés à être plus attentif au fait carcéral. Livres, documentaires, actualités vont nous conduire à une approche plus ciblée, précise. Et nous ouvrir à une réflexion plus profonde sur les rapports « société-prison ».
Ce n’est pas simple, il arrive que certains adhérents n’osent pas ou ne parlent plus de leur engagement CdB. L’entourage ne comprend pas toujours la démarche et la juge parfois sévèrement :
« Pourquoi s’occuper de ces gens là ? S’ils sont en prison, c’est qu’ils l’ont bien mérité ! »
« Tu es fou/folle ! Tu vas avoir des problèmes ! »
La prison est taboue. Le sujet sensible. Il provoque angoisse, peur, emportement, colère.
Combattre les idées reçues, travailler à l’abolition du rejet de l’autre… On n’a pas toujours conscience de ce que la privation de liberté implique physiologiquement et psychologiquement.
On ne dira jamais assez l’importance du lien social. Il devient important de parler de prison, pour parler de notre conception du vivre ensemble… Et c’est cette occasion d’échanger que suscite l’arrivée du Courrier de Bovet dans le paysage associatif corrézien.
Pour découvrir l’association : www.courrierdebovet.org
Courrier de Bovet 19 : cathycdb19@gmail.com _ 06.48.77.66.45
CdB19 sera présent au forum des associations de Brive le 27 septembre et participera aux journées nationales des prisons, fin novembre.
Violaine Brossard
et Cathy Serin
[1] Une maison d’arrêt (Tulle) accueille les personnes en détention préventive (en attente de jugement) et les courtes peines (inférieures à 2 ans) ; les centres de détention (Uzerche) accueillent des détenus présentant les meilleures perspectives de réinsertion sociale. À ce titre, les centres de détention ont un régime de détention principalement orienté vers la resocialisation des détenus ; les maisons centrales (aucune en limousin) reçoivent les détenus les plus dangereux. Le régime de détention de ces prisons est essentiellement axé sur la sécurité.
[2] La charte de l’association : http://www.courrierdebovet.org/notre-charte.html
Violaine Brossard et Cathy Serin




