
Dans le monde merveilleux du financement associatif, petit focus sur la Caisse d’allocations familiales. Trop méconnue en la matière, son soutien a pourtant quelque chose de remarquable, du moins en Corrèze.
La CAF est une caisse qu’on connaît surtout en tant que telle : aides au logement, RSA, allocations familiales, AAH1… Qui n’a pas son numéro d’allocataire ? Qui n’a pas déjà été « bénéficiaire » ? On a aussi vu le logo à la crèche, au centre de loisirs des enfants. Ces institutions bien établies aux normes d’accueil irréprochables. On a alors du mal à imaginer qu’une petite association de village, qui anime la vie locale en bidouillant, en bricolant, puisse bénéficier du soutien de la CAF. Et pourtant. Oui, on vous entend, ça sent la promo cet article. On dira que c’est plutôt un hommage.
Selon sa politique officielle, la CAF contribue à la cohésion sociale sur les territoires en s’appuyant sur sa politique d’animation de la vie sociale2. En d’autres termes, elle soutient les initiatives qui participent à l’animation de la vie sociale sur le territoire ; notamment sur les territoires ruraux, où il existe une forte demande sociale des familles. Par « sociale », il faut entendre lien social. Ou mieux encore, le « vivre ensemble », pas simplement un guichet pour percevoir les allocations. Les projets soutenus doivent donc s’intégrer localement, avec les autres acteurs du territoire et les familles. C’est large. Ça laisse a priori de la place à l’imagination, à l’expérimentation. Et dans les faits, en Corrèze en tout cas, de nombreux projets associatifs, plutôt nouveaux et atypiques, reçoivent le soutien de la CAF, principalement dans le cadre de la prestation de service Espace de la vie sociale : café associatif, jardin partagé, maison conviviale, ressourcerie…
Les associations sont suivies par une seule et même personne : le chargé de mission pour le développement social. En Corrèze, il s’agit de Claire Bijou. Elle rencontre chacune des associations qui souhaitent conventionner avec la CAF. Pas seulement dans son bureau, mais sur place, dans la structure (rares sont aujourd’hui les financeurs qui vont sur le terrain). Le chargé de mission est là avant tout pour accompagner, conseiller et encourager. En fin d’année, il n’est pas question de visite de contrôle sous le mode suspicieux et pointilleux. On fait le point sur ce qui a pu être fait, ce qui ne l’a pas été et pourquoi, comment le projet évolue. Dans une relation constructive et de confiance. Pas de formulaire ou de bilan type, une trame budgétaire claire, peu de quantitatif, mais du qualitatif, beaucoup. On ne s’engage pas sur des résultats chiffrés mais sur un projet. Il peut y avoir des écarts, du moment qu’on peut les expliquer. Dans les autres départements du Limousin, il semblerait que cette « méthode » soit partagée par les homologues de Claire Bijou. Ce qui n’est pas forcément le cas dans toutes les régions de France.
Cerise sur le gâteau et pas des moindres, c’est une enveloppe qui ne semble pas baisser. Jusqu’en 2014, le conventionnement se faisait sur trois ans. En 2015, il passe à quatre. Il couvre 45 % des dépenses, dans la limite d’un plafond annuel fixé par la CNAF3 et qui augmente chaque année.
Ah ! Si ça pouvait inspirer d’autres financeurs ! On pourrait alors véritablement les considérer comme des partenaires.
- 1 RSA : Revenu de solidarité active ; AAH : Allocation aux adultes handicapés.
- 2 Lettre circulaire n° 2013-205 de la CNAF du 18 décembre 2013.
- 3 CNAF : Caisse nationale des allocations familiales.
Par Julie Devès




