
La Montagne informait récemment, après avoir précisé que « depuis janvier [2023], la délinquance à Tulle est contenue avec une forte baisse des cambriolages et une légère hausse des violences envers les personnes », que la ville envisageait l’installation de caméras de surveillance aux entrées de ville « pour améliorer le taux d’élucidation des faits 1 ». Et, selon La Montagne toujours, le conseil municipal du 12 décembre a voté la mise en place de ce dispositif, y compris dans certains quartiers de la ville 2 . Dont le Trech 3 alors que la police municipale avait justement été créée pour remédier aux incivilités dans ce quartier ! La consultation des enregistrements sera possible uniquement a posteriori nous dit-on, puisque n’est pas mis en place de centre de supervision 4 , contrairement à Brive. Le même paradoxe apparaissait lors de la campagne de la dernière élection municipale de Tulle, lors de laquelle Bernard Combes, candidat réélu, prévoyait d’implanter la vidéosurveillance dans toute la partie commerçante reconnaissant la faiblesse de la délinquance.
On sait aussi que la vidéosurveillance aide peu à résoudre les enquêtes policières 5 . Le préfet, cité par La Montagne, affirme néanmoins que ces caméras « seraient un formidable outil pour améliorer les taux d’élucidation des agressions 1 . » Est-ce un aveuglement dogmatique ?
Peut-être de tels discours et décisions résultent-ils de l’incitation de l’État à cette politique sécuritaire accompagnée d’un subventionnement important. Peut-être aussi Tulle, dépourvue de vidéosurveillance 6 , se
sent-elle isolée et souhaite-t-elle suivre l’air du temps, liberticide et sécuritaire. Gustave Thibon écrivait pourtant : « Être dans le vent : une ambition de feuille morte. »
Il faudrait un jour prendre la peine d’expliquer pourquoi ces dispositifs sont attentatoires aux libertés publiques, et plus largement aux droits fondamentaux qui ont trait à la dignité des personnes. J’ai de plus en plus l’impression de vivre dans un monde invivable, dans une régression anti-humaniste et oppressé dans un carcan technologique et sécuritaire. Mais ces considérations semblent étrangères à la « gauche » municipale tulliste.
1. « Y aura-t-il des caméras de surveillance aux entrées de la ville de Tulle ? », La Montagne, 18 novembre 2023 (urlr.me/KQMNW). 2. « Les élus de Tulle votent pour un dispositif de vidéoprotection aux entrées de ville et dans certains quartiers », La Montagne, 13 décembre 2023 (urlr.me/sym5L). de la vallée, tout en 3. « Incivilités dans le quartier du Trech à Tulle : « C’est pas Chicago, mais il ne faut pas accepter ça » », La Montagne, 20 décembre 2023 (urlr.me/ ngbT6). 4. Mais la base d’un tel système beaucoup plus intrusif est mise en place. 5. Antoine Albertini, « Une étude commandée par les gendarmes montre la relative inefficacité de la vidéosurveillance », Le Monde, 22 décembre 2021 (urlr.me/yF8MS). 6. Hormis devant quelques bâtiments étatiques ne relevant donc pas de la compétence municipale, et dans les parkings couverts.
9 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 49
CHRISTOPHE GIBIAT





