Du 17 au 23 août c’était le championnat de France de course d’orientation sur le lac du Causse. Une bien belle manifestation sportive, familiale et nature. Une organisation pointue. Sous un soleil de plomb, des stands itinérants suivent l’évolution des milliers de coureurs qui foisonnent dans les reliefs calcaires. Le jeudi, celui de l’armée est de la fête. La tente verte est dressée. Une grande table et trois militaires en treillis, arme de poing au ceinturon, font de la promotion. Sur la grande table, de quoi attirer l’œil. Les tracts mièvres et les slogans humanitaires n’étant plus suffisamment percutants, c’est un étale du fleuron de l’armement mobile qui est pointé vers le chaland. Un régal pour nos enfants, qui s’agglutinent, manipulent, nous visent et jouent de la gâchette à cœur joie. Ils ont le choix des armes : fusil d’assaut FAMAS, pistolet semi-automatique de la Manufacture de Saint-Étienne (PAMAS 9 mm), le fusil de précision PGM Hécate II calibre 12,7mm, le lance-grenades individuel Mle F1, la mitrailleuse légère transformable AAT-52. Et l’un des militaires de préciser : « ce sont de vraies armes, simplement elles ne sont pas chargées ». Ouf, nous voilà rassurés ! Une maman pousse un peu son enfant timide : « vas-y, n’aie pas peur ». Moi je le comprends. J’ai un peu peur aussi. Enfin… c’est plutôt une profonde tristesse qui m’envahit. J’ai la boule au ventre en voyant ces petites mains encore innocentes, tendres et habiles manipuler la matérialisation ultime de notre pire violence. Je pense à la Libye, au Mali, à l’Afghanistan, à tous ces terrains de guerre, à tous ces morts… Mais j’ai pris sur moi, écarté les canons qui me visaient et demandé au jeune militaire en faction qu’elle est le discours de recrutement à l’heure où la Partie n’est plus très vendeuse. Il n’a pas l’air enchanté de faire cette mission communication. Me toisant de son regard glacé, il me confie être là par défaut et préférer les terrains d’intervention à l’étranger. « Nous, nous sommes engagés pour la défense de la Patrie. Maintenant c’est l’aventure, la camaraderie que nous mettons en avant ». « Quand tu es sur un terrain d’intervention, tu découvres le pays de l’intérieur, ce n’est pas la station balnéaire coupée de la réalité ! ». L’armée a besoin de recruter à tout prix. Alors fini l’engagement. C’est du passé. Maintenant c’est le contrat à durée déterminée qui prime ! On peut signer pour un an ! Un an d’aventure vraie payée ! Et dire que, encore l’année dernière, de bons bourgeois en mal de sensations se payaient très chers des stages commando à l’ex Club Med de Pompadour ! Que voulez-vous que je vous dise ? Oui, même l’armée est dans la course.
Auguste BREF (2700 signes)
Auguste Bref


