Chronique de quartier, été 2016
Mercredi matin, un ami garagiste vient chercher mon antique véhicule pour une révision. Sur le parking, il avise mon voisin, appelons-le Gilbert, en combinaison de mécano et espadrilles, plongé dans le moteur de sa voiture. Bien sûr s’engage aussitôt une délicieuse conversation peuplée de mots plus poétiques les uns que les autres, enfin moi je trouve souvent poétiques les trucs que je ne comprends pas. Ils se quittent à regrets, du moins pour Gilbert, qui continue à s’arracher les cheveux en pestant sur son problème de câble … Il fait beau, la matinée commence bien, nous décidons, moi et mes enfants d’aller faire un tour de vélo. Vélo, oui, mais ces petits engins nécessitent de temps en temps un petit coup de pompe. Et là, c’est une autre histoire. J’ai trois pompes, une petite manuelle, une longue manuelle et une grande à pied. Allez comprendre pourquoi, aucune d’elles n’est équipée de l’embout nécessaire pour gonfler mon vélo. Alors je bricole avec des petits bouts de tuyaux, c’est rigolo, les enfants tiennent le bout, je pompe et invariablement, le petit tuyau se démanche, pour leur plus grand bonheur. Ces éclats de rire finissent par détourner Gilbert de ses problèmes éminemment mécaniques, il vient jouer avec nous ! Bravo, nous venons à bout du pneu récalcitrant. Là, Gilbert, grisé par ce succès se met en tête de gonfler aussi le pneu du petit VTT de mon fils de 5 ans. Autre vélo, autre embout, autre problème … les cyclistes expérimentés savent de quoi je parle, n’est-ce pas ? Toujours est-il que voici notre pneu complètement à plat suite aux tentatives répétées de lui insuffler de l’air. Que faire alors ? Heureusement que nous vivons à Madranges, haut lieu des bricolages en tous genres. Je traverse la rue, frappe chez ma voisine pour lui demander une pompe. Elle me dit que c’est son mari qui s’occupe de ces choses là et ça tombe bien, il est d’accord pour abandonner un instant sa collection de capsules de champagne pour venir nous prêter main forte. Il traverse, très classe, en pantoufles de feutre et, d’autorité, se saisit du petit vélo pour l’emmener dans les entrailles de sa maison. Là, il nous fait pénétrer dans l’Atelier, waouh, je n’ai jamais vu autant de tiroirs, tous étiquetés soigneusement. Il sort le grand jeu, le compresseur ! Nous sommes sauvés, le petit vélo est bien ferme sur ses pneus et nos voisins ravis de nous avoir rendu service. Il est midi moins le quart, nous partons faire notre tour !
Je ne sais pas vous, mais moi, les matinées comme ça, ça m’enchante. Il règne dans mon quartier une atmosphère d’entraide, naturelle et joyeuse, j’adore Madranges ! Je crois bien que je ne vais pas acheter d’embout adapté, ce serait du gâchis, non ?
Emmanuelle Orhan
*célèbre devise Shadok
Emmanuelle Orhan



