
La mer est calme en Méditerranée. Un bateau vogue sur l’eau. A son bord des personnes s’improvisent sur une scène d’Arche de Noé. L’errance les couvre de dignité, car elles ont réussi à quitter leur pays natal où une mort certaine rôdait autour d’elles. Elles sont déjà des rescapés et elles se soulagent de ce bateau d’accueil. Le temps passe, les jours s’égrènent, et on met à profit cette longue traversée vers un monde meilleur. Les enfants jouent sur le ponton. Ils s’agitent un peu et espèrent entrevoir des dauphins. Ils pourraient sans doute comprendre leur détresse. Les mères mettent à profit ce voyage pour leur distiller les vertus de la patience et de l’espoir. Elles passent du temps avec eux. Elles les massent de toute leur tendresse. Rien ne presse. Pas de débarquement, pas d’escale, juste voguer sur les flots. Sur le ponton, une maman parle doucement , ses enfants en face d’elle se noient dans son regard et boivent sa sagesse . Un air de comptine résonne dans la bise marine :
Bateau sur l’eau, l’Aquarius, l’Aquarius,
Bateau, sur l’eau, l’Aquarius erre dans l’eau.
Migrants dans l’eau, pas de vaine, c’est la haine,
Migrants dans l’eau, âme en peine au fond de l’eau.
Espoir nouveau, roule vague, roule vague,
Espoir nouveau, roule vague, espoir sous l’eau.
Puissants là-haut, sans partage, les sauvages,
Puissants, là-haut, les puissants tombent dans l’eau.
Le bateau va accoster et nous serons peut-être sauvés…
Yoéva




