
Philippe est arrivé à Tulle en 2013, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’est pas passé inaperçu. On a pu suivre l’évolution de son installation en passant sur la nationale, avec l’arrivée de la fameuse péniche rouge, désormais ornée de drapeaux tibétain, bouddhique et autres, qui lui donnent son air de bateau pirate gentil. Une péniche accrochée à flanc de colline en zone artisanale de Mulatet, et des affichages qui fleurissent…
Pas facile de se garer entre le talus et la nationale, longer la route jusqu’au portail. Philippe m’accueille, c’est un grand costaud aux yeux bleus translucides, un franc sourire aux lèvres.
Son bateau est un narrow-boat, une péniche de Grande-Bretagne pensée spécialement pour les réseaux secondaires de canaux. Avec ses 2,10 mètres de large sur sept mètres de long, c’est un petit modèle, certaines faisant jusqu’à trois fois cette longueur. Aménagée comme un petit camping-car, Philippe l’a achetée à un couple d’anglais qui vivait dedans à l’année, voyageant sur les canaux de l’Est de la France. Depuis son port d’attache en Haute-Saône, Gadabout la bien-nommée (« la vadrouilleuse », en anglais) permet à Philippe de visiter la région par voie fluviale en famille ou entre amis.
Mais cette période de sa vie n’est pas lumineuse et un peu compliquée. Il l’explique dans le papier qui le présente à la table du « salon » de la mini-péniche : « 40 années […] qui ont été une succession de stress, de mal-être, d’angoisses, de peurs, de mensonges, de résignations, d’échecs en tout genres : une vie gâchée. »
« Un dernier échec et une grave crise » lui font ouvrir les yeux et décider de changer radicalement la situation.
En fait, il avoue « être tombé fou amoureux de la vie » à la sortie de cette épreuve.
Alors ce qui s’est noué autour de cet accident de la vie, qui lui a valu ce qu’il appelle son éveil spirituel, il a décidé d’en profiter à fond pour, très clairement, « construire la vie différemment ». Et je vous assure qu’il y a dans les choix faits depuis par Philippe et ses proches une certaine dose de non-conformité qui donne de l’espoir.
Tant pis pour les « qu’en dira-t-on », il décide de suivre son ex-femme venue travailler à Tulle, pour continuer d’élever son fils comme il se doit. Il achète une maison et se met aux travaux comme un forcené. C’est alors que la péniche entre en scène, puisqu’il décide de la faire ramener. Sortie de son port d’attache, transportée jusqu’en Corrèze et grutée sur la terrasse tout juste assez grande, à flanc de colline, elle servira de logement provisoire en attendant que la maison soit prête.
L’intérieur, tout mignon, est plaqué en lambris et la succession de quatre petites pièces (chambre, salle de bain, kitchenette et salon) est minutieusement décorée : têtes de morts, dragons, tableaux aux couleurs vives, phrases calligraphiées qui interpellent… C’est l’univers de Philippe.
Et c’est dans cet univers que depuis décembre 2013, Philippe vous reçoit en consultation. Il s’est installé comme médium, (clair)voyant, pour continuer de mettre à profit et partager ce qui l’a sauvé et mis sur un chemin de vie plus joyeux.
Le tarif des séances ici est libre, car ce n’est pas l’aspect financier qui compte, mais le fait de croire que chacun d’entre nous a droit à une vie meilleure. Il est prêt à accompagner une clientèle qui s’amplifie peu à peu, surtout par le bouche à oreille (même une voisine a osé passer la porte). Ses clients viennent essentiellement des bassins de Brive et de Tulle.
Philippe sait qu’il aura « à faire ses preuves » pour faire sa place, il sait qu’il doit être patient et avance pas à pas, mais il a confiance. Parfois, certains lui reprochent de « crier sur tous les toits qu’il est heureux », mais tant pis, l’important c’est d’afficher sa différence.
Et, déjà, la péniche est devenue un repère sur la route de Brive, les livreurs demandent « vous êtes où à Mulatet, par rapport au bateau ? ».
Et le nom de sa petite entreprise ? Je vous le donne en mille… C’est « Désir de Vie » !
Violaine Brossard
Violaine Brossard





