
Depuis deux numéros, à La Trousse corrézienne nous nous intéressons au plastique, c’est pratique, c’est féerique. C’est en fait une grande famille de matériaux très divers, très difficiles à recycler, voire impossibles à recycler vraiment. Recycler contient la racine « cycle » et veut présenter un mouvement éternel et positif ; il n’en est rien. Une portion minoritaire de matière peut faire un, deux, ou trois tours et c’est marre, bon pour l’incinération, la décharge ou l’enfouissement discret sous les routes, dans les bâtiments… Connaissez-vous les 3D ? L’application de cette technique, nos grandsparents en ont vécu un merveilleux exemple avec la cigarette. Il s’agit de « Deny, Delay, Deflect » (en anglais, hein, ça fait sérieux), c’est-à-dire « nier, retarder, faire diversion » 1 , nier la dangerosité d’une substance, d’un matériau, et les conséquences sanitaires, payer des scientifiques pour trafiquer des données, retarder les décisions, les actions en justice et le vote de textes de loi, détourner l’attention en enlevant tel produit parmi trente composants, en faisant de grandes campagnes de pub… On interdit les pailles jetables. Sans rire.
Nous sommes co-responsables de l’orgie en cours. Dans le grand chaudron de la consommation mondialisée actuelle, quand nous achetons un « produit », c’est-à-dire un contenu, nous achetons et finançons donc la fabrication d’un contenant. Le contenu va chez nous si c’est un objet ou dans notre corps si c’est de la nourriture. Nous le mangeons et le transformons. Ok. Mais je crois qu’il est utile, voire indispensable, de bien réfléchir au fait de savoir si le contenant est comestible ou non. Parce que nous allons, au final, le manger aussi sous forme de micro-fragments, qui envahissent les sols et les aliments euxmêmes, ou le respirer sous forme de micro-particules suspendues dans l’air, qui se retrouvent même dans l’atmosphère des Pyrénées en haute montagne ou dans les sols de la toundra et dans la neige des régions glacées arctiques. Je vais résumer : quand nous achetons un paquet de biscuits emballés dans leurs sachets individuels, ou des légumes sous
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génétiques
ont réussi à
Croqué à l’atelier défi dessins de presse, le 4 mai 2024
scandaleuses, en trop grand nombre dans des pseudo-fermes ? Avec par conséquent un climat professionnel indigne pour des salariés obligés de supporter des conditions de travail sanitaires déplorables (atmosphère polluée, images malsaines, contacts répétitifs avec des poulets en mauvais état, manipulation et inhalation de produits désinfectants, etc.). À l’autre bout de la chaîne, une production de nourriture de basse qualité.
Eh bien en fait, c’est encore un peu plus grave que ça. La malbouffe, il y a 20 ans, a été dénoncée par José Bové (paysan moustachu « gaulois » c’est le cas de le dire, que les plus jeunes n’ont pas connu). Elle a explosé dans les grandes
cellophane, ou un matériel protégé dans son plastique dur, nous nous préparons à l’ingurgiter bientôt, ce plastique, que ce soit nous, ou nos enfants ou nos petits-enfants, par la bouche ou par le nez, à cause des 3D, à cause d’une frénésie économique sans limite, à cause de choix commerciaux et technologiques sans aucun frein démocratique. Que je sache, pour l’instant, on nous offre un code couleur pour le gras-sucré sur les produits alimentaires de grande consommation. Mais par contre analyser et indiquer la teneur en pesticides ou en micro-plastiques, parmi bien d’autres substances toxiques, n’est pas à l’ordre du jour. Et c’est vraiment dommage. Dans le sens des dommages en cours et des risques pour l’avenir. Les normes environnementales sont frontalement attaquées sous prétexte de « simplification » administrative et le cycle de l’enfumage rayonne, il a de très beaux jours devant lui.
1. Dorothée Moisan, Les plastiqueurs, enquête sur ces industriels qui nous empoisonnent, Kero, 2021, p. 132.
largeurs, dans le sens de l’acceptation sociétale, le temps, grâce à des millions d’euros dépensés en pub et marketing, grâce à la PAC (politique agricole commune) qui profite aux grosses coopératives, aux gros investissements (et endettements), aux grosses surfaces, grâce à l’aide de l’État et des collectivités qui versent des subventions et assurent (imposent souvent) les autorisations – la légalité de la mainmise industrielle. Résultat : « Cocorico » ! Le groupe LDC, propriétaire de la marque Le Gaulois, est le leader français et européen de la volaille. Il annonçait fin mai 2024 2 des bénéfices records, en progression de 35,5 % en 2023-2024 « malgré » l’inflation ; en effet il a vendu plus cher ses produits alors que le prix des céréales – nourriture pour les animaux – baissait…
Ce modèle, qui élimine les paysans et paysannes structures, le vrai plein-air, en ne tolérant que les exceptions de niche commerciale infimes, est en train d’advenir à grand pas pour tout le secteur de l’élevage ; les ovins et bovins en extensif sont dans le viseur dans les mois à venir… À suivre.
1. L214 éthique et animaux fait référence à l’article L214-1 du Code rural, qui reconnaît pour la première fois en 1976 les animaux comme des êtres sensibles. 2. Le Figaro du 29 mai 2024, une mine d’information et de grignotages-bonheur sans faim.
indépendantes,
les petites
CRISSSS





