
Un rapide historique : circulez, il n’y a rien à revoir
– Mai 2017 : le projet CIBV est annoncé publiquement. Des riverains du site obtiennent une réunion privée avec l’ingénieur en chef qui ne les rassure pas du tout. Avec d’autres habitants du secteur, ils commencent à chercher d’autres informations. – Septembre 2017 : premiers échanges publics sur le sujet au moment de la Fête de la montagne limousine à Nedde. – Octobre 2017 : création de l’association Non à la Montagne-pellets (NMP) et organisation d’une réunion publique à Bugeat. – Novembre-décembre 2017 : procédure d’enquête publique sur la seule commune de Viam (quelques hectares sur les 20 000 km2 impactés par le projet). Interventions collectives à toutes les permanences de l’enquête, dénonçant le projet et la procédure, sur le fond comme sur la forme. Nombreuses contributions à l’enquête des habitants du secteur d’approvisionnement, dont une contribution commune de sept associations sensibles aux questions environnementales et sociales. – 9 décembre 2017 : 150 personnes se rassemblent à proximité du site de la future usine. – 14 décembre 2017 : la veille de la fin de l’enquête publique, le Parc Naturel Régional (PNR) apporte une contribution favorable au projet d’usine (au mépris de l’avis de son propre conseil scientifique). – Fin janvier 2018 : annonce de la décision favorable du commissaire-enquêteur. – Février 2018 : Non à la Montagne-pellets lance une série de réunions publiques. Elle en organisera une dizaine entre février en juin. – Mars 2018 : réunion du Conseil Départemental de l’Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques (CODERST) à Tulle. Nouvelle contribution commune des sept associations précédentes, et rassemblement-casserolade sous les fenêtres du CODERST. – 30 mars 2018 : arrêté préfectoral autorisant le début des travaux.
En quelques mois, la machine administrative aura ainsi validé sans sourciller un projet dont n’auront été clarifiés ni la pertinence la plus élémentaire, ni l’absence d’impacts graves, ni le plan de financement, ni les modalités d’approvisionnement et d’exportation. Circulez, il n’y a rien à revoir : les élus, financiers et institutions s’organisent, une partie de la population propose de s’arrêter pour réfléchir, et l’économie dispose… du bien commun.
Après les autorisations, les cérémonies
Un mariage… Le dossier d’enquête publique comptait déjà son lot d’incohérences, d’euphémismes et d’omissions plus ou moins volontaires. Mais l’industriel nous réservait encore une surprise de taille, qu’il a sans doute préféré garder pour le cas où la question lui serait posée (de peur de s’attirer les foudres des opposants au massacre à la tronçonneuse ?). Diluées dans les informations complémentaires à l’issue de l’enquête, on a ainsi pu découvrir les quelques phrases qui suivent. À la question : En cas d’insuffisance des rémanents, par quoi les remplace-t-on ? M. Gaudriot et ses sbires répondent ainsi : « Il sera donc possible de faire évoluer le plan d’approvisionnement en fonction des qualités et des volumes de matière réellement disponibles et en fonction des opportunités de marchés. Par exemple, il sera possible d’intégrer des volumes d’élagage en lien avec le programme fibre du département […]. Il s’agira toujours de bois ’’propres’’ ». Le « plan fibre » du département, « opportunité de marché » pour s’approvisionner pas cher en « bois propres », il fallait quand même le faire ! On comprendra sans doute un peu mieux à cette aune l’engouement de M. Coste pour le projet CIBV… Voilà déjà pour ce qui est du mariage.
Un enterrement… Quant à l’enterrement, ce sont les opposants au projet CIBV qui l’ont organisé, et c’est leur Parc Naturel Régional qu’ils ont décidé d’ensevelir sous quelques souches et branchages. Faute d’avoir obtenu son appui pour arrêter le projet – mais ont-ils vraiment cru que le PNR Millevaches pourrait servir de garde-fou à la convoitise gaudriesque sur les forêts limousines ? – ils ont fini par déclarer officiellement sa mort clinique le 29 avril dernier, où quelque 150 participants sont allés déposer un cercueil devant le siège de l’institution. Extraits de l’oraison funèbre : « le PNR est devenu visiblement ce qu’il était essentiellement : un paravent, une chimère. […] [Les responsables politiques de toutes tendances confondues], si soucieux de leur territoire, le bradent aveuglément au premier industriel venu et voudraient continuer à vanter leur souci de l’environnement. […] Le PNR nous laisse seuls, mais débarrassés d’un poids mort inutile et, face à l’irresponsabilité des responsables, devant la nécessité d’inventer des moyens de remettre la main sur nos lieux de vie. »
Et une décoration. Tout cela paraîtrait bien peu sérieux sans une cérémonie gouvernementale tout à fait officielle : le 25 mai dernier, le secrétaire d’État à l’Écologie Sébastien Lecornu est donc venu « embrocher » Pascal Coste d’une décoration de « chevalier de l’Ordre national du mérite ». Tartufferie éhontée ? M. le sous-ministre, « ami de Pascal Coste » d’après La Montagne, le contestait par avance dans l’édition du 26 mai : « Ce ne serait pas respectueux de la République que de venir perturber une remise de décoration qui vient récompenser plusieurs décennies d’engagement personnel auprès de ses concitoyens, qui serait ainsi abîmée par une polémique momentanée […] », avançait-il, pince sans rire. Ses coquetteries n’ont pourtant pas empêché quelques contestataires coriaces de se rassembler ce jour-là bruyamment sous les fenêtres du conseil départemental après avoir mené quelques actions symboliques.
En matière de mérite, la décoration de « Calou » aura au moins eu celui de susciter une première action commune entre les détracteurs de la campagne d’abattage des arbres corréziens et les opposants à l’usine à charbon de Bugeat-Viam. En attendant d’autres rendez-vous entre les « élagués » et les « pellets » ?
S’organiser contre la biomascarade
Pour ce qui est des « pellets » en tout cas, ils ne comptent pas en rester là. Dans leurs derniers communiqués, hormis l’annonce d’une poursuite de leurs actions et de la préparation d’un recours en justice, ils appellent les habitants du territoire impacté à s’organiser par eux-mêmes pour créer des « comités locaux » et reprendre du pouvoir sur les décisions qui les concernent. Il se murmure même qu’un grand rassemblement estival serait en préparation pour la fin juillet (voir agenda, page 8), où seraient invités tous ceux qui commencent à s’organiser localement sur la question, mais aussi des opposants à d’autres projets industriels d’exploitation forestière ou « biomasse » (Gardanne, Anor, Hourtin, Adret Morvan…), et des forestiers déterminés à entraver la machine à abattre. Alors rendez-vous à la fin juillet sur le plateau pour les Rencontres de la forêt et le CIBV’estival, et d’ici là, n’hésitez pas à secouer le prunier autour de vous…





