Vendredi 9 février au soir, alors que la tempête de neige glaciale enveloppait la Corrèze de son blanc manteau, la fièvre, elle, gagnait peu à les élèves du lycée Edmond Perrier qui ont investi la scène des « Lendemains » . De la foule qui chauffait, dans l’ambiance chamarrée et obscure de la grande salle nappée d’un brouillard circonstancié, émanaient des cris rauques sur lit d’hormones en soutien des jeunes talents qui risquaient leurs vies devant leurs petits camarades. En coulisse, la tension et l’excitation étaient à la limite du tolérable, et n’avaient d’égal que l’agitation physique des artistes et « managers » qui couraient dans les hauts couloirs, ces derniers amplifiant le volume sonore de leurs échanges volubiles. Au milieu de ce chaleureux tableau est arrivée la Fanfare de la Manu qui faisait l’ouverture du programme de la soirée. Plus stoïques, un peu moins fébriles, ils ont formé un beau U dans la fosse, face au public qui se massait doucement face aux énergumènes. Étaient de la partie la panoplie des saxophones, trompettes, clarinettes diverses, trombones à coulisse, soubalophone et flûte traversière, soutenus par une percussion énergique. Les premières notes éclatantes des cuivres et des bois ont achevé de rameuter le public jusque-là un peu épars, et les têtes ont bientôt balancé sur le rythme soutenu des morceaux qui emplissaient largement l’air. La particularité de cette fanfare ne réside pas que dans le répertoire composé de morceaux originaux, composés et arrangés localement lors des répétitions dans l’espace auto-géré de Cerice. Elle ne réside pas non plus dans le fait que les morceaux sont transmis par l’intermédiaire de la tradition orale : pas de partition à la Fanfare de la Manu ! La particularité réside plutôt dans l’ouverture de la fanfare aux débutants, et des « professionnels de la musique » côtoient sans heurts ni préjugés ceux qui n’ont jamais soufflé plus de trois fois dans leur malheureux bignou ! Est-ce que ça marche ? Ben oui, et ils jouent même ce soir pour un événement organisé par un obscur journal satirique local (la trousse corrézienne : vous connaissez ?). Bref, ils sont partout ! Et même dans ces soirées lycéennes où le bar ne sert pas d’alcool. Un Perrier s’il-vous-plaît !
Rat Musqué





