
L’épicerie de Saint-Clément
Entretien de Philippe VAN ASSCHE avec Catherine HARMANT
Le panier à salade est plus qu’une simple épicerie de village. Poussée la porte, me voici propulsé au milieu d’un incroyable assortiment : des vieux bouquins pratiquant l’échangisme, d’affriolants ouvrages de Préférence1 en attente du client, deux généreux fauteuils invitant à poser mon séant sur leur velours, de menus objets d’art local alanguis sur une table en bois brut, une machine expresso cernée de chatoyants macarons… Et dans un coin, veillant sur ce petit monde, il y a Catherine Harmant, charmante matonne du lieu.
Dans cet espace poétique où j’ai croisé ……, poétesse locale venant faire ses emplettes, et les feuillets bien rangés du Cadrant ligné 2, maison d’édition sise dans le même bourg, je vous propose un petit inventaire à la Prévert pour une courte présentation de la surnommée Cathy : 26 premières années de vie au Canada, une école de journalisme au Québec, un travail de photo-reporter, une carrière d’iconographe en freelance pour des médias mainstream à Paris, et, depuis juillet 2018, épicière du lieu…
Moi : Mais comment es-tu devenue « l’épicière » de Saint-Clément ?
Cathy : Je me souviens d’un bilan de compétences en 1996 où je dis vouloir avoir mon petit magasin. Mais ensuite j’ai dû élever seule ma fille et mettre mes projets de côté ! L’idée au départ c’était le livre, puis il y a eu la nourriture et le vin. J’ai toujours été une militante politique de la bonne bouffe. Si je n’ai jamais grimpé sur des centrales nucléaires, j’ai arrêté de m’approvisionner au supermarché dans les années 90. Je ne suis ni végane, ni végétarienne, mais ça fait longtemps que je dis qu’il faut faire attention à ce qu’on mange.
Moi : Ok d’accord, mais alors pourquoi la Corrèze ?
Cathy : Iconographe indépendante à Paris, ça devenait économiquement tendu. J’ai donc trouvé du boulot chez Albin Michel. J’ai tenu 5 années. Je voulais partir de Paris. Le hasard m’a portée avec mon compagnon en Corrèze. Nous y avons trouvé la maison de nos rêves. Nous nous y sommes installés le 31 octobre 2015. La question s’est vite posée : « Comment s’inscrire dans le paysage local ? ». Un jour au réveil c’est la révélation : je vais relancer l’épicerie de Saint-Clément qui est fermée depuis trois ans.
La suite est la recette classique du créateur d’entreprise. Prenez un rendez-vous avec un conseiller Pôle emploi assorti d’un accompagnement par Airelle (dont Catherine est ravie), un petit stage de gestion que vous brassez avec quelques tempêtes de cerveaux collectives, ajoutez à cela un business plan, pas trop salé, versez le tout dans un statut de société dont Catherine est présidente et gérante. Reste à enfourner le tout dans des locaux, ici loués à un propriétaire privé. [arrive un client]
Cathy : Attends, j’ai un client… Julien, tu veux quelque chose derrière le frigidaire ?
Le problème du direct dans les magasins de proximité, c’est qu’il y a vraiment des gens qui viennent les fréquenter, je m’excuse d’avance auprès du lecteur de cette interruption…
Sylvain : Ouais, j’ai besoin de toi et de fromage. Un peu… oui comme ça… c’est bon. Un peu de cantal aussi. Dit donc elle a des trous cette semaine sa tome. Pas bien grave. Ça et un petit bout de tome de brebis. Bon alors t’es une star de la télé ?
Cathy : Oui, bah 2, 3 minutes à Corrèze télé… Je vais devoir gérer cette notoriété (rire)…
[retour de Cathy]
Moi : C’est quoi le concept ici, la particularité : c’est bio, c’est local ? C’est les deux ?
Cathy : Ce n’est pas une épicerie bio. Je n’ai pas les moyens de faire du bio. Et puis, je n’aurais pas beaucoup de choses si je ne faisais que du bio. C’est surtout basé sur le local. Je travaille au maximum avec les producteurs locaux. Le café est torréfié à la Brûlerie Gaillarde. Le chocolat est équitable. J’ai un bon rayon de vins naturels. Je suis conseillée par la cave du Pic-vert de Brive. Il y a une vitrine de desserts glacés : des sorbets des Vergers de Veix et de Gaillardise et Cie…
Moi : Et pourquoi ce nom : Le panier à salade ?
Cathy : Ce qui me plaît dans ce nom c’est le double sens, l’idée de panier et le nom d’un légume. Le panier à salade c’est le côté secoué. L’histoire du panier à salade c’est ça. Ce sont les gens attrapés par les gendarmes et transportés dans la fourgonnette qu’ils ont appelée ainsi, parce qu’ils y étaient secoués comme on secoue la salade pour la sécher…
Alors, attention, si le manège des supermarchés vous lasse, il se pourrait bien qu’une infraction à de mauvaises habitudes vous mène ipso-facto au Panier à salade…
1- Librairie de Tulle dont Le panier à salade fait dépôt-vente de quelques ouvrages.
2- Cf LTC n° ……
Philippe Van Assche





