
Crocs ou la fuite en avant d’un homme. Aux abois, cet anonyme traverse les forêts du Limousin avec comme seul moteur sa sauvagerie. Il évite soigneusement la civilisation, son bitume et ses voitures, se lamentant des coupes rases comme d’une réelle meurtrissure. Il se délecte des odeurs et des couleurs grâce à ses connaissances en botanique, dont il déplore l’abandon par les citadins modernes. La langue est riche et naturelle, le temps présent se fait (o)pressant. L’homme fonce vers le nord, guidé par son cabot, avec aux trousses une meute dont on ne ressent que le souffle. Chaque bouchée de racines nous plâtre le ventre, chaque gorgée d’eau nous désenfle la langue. Le feu réchauffe, mais nous coûte en sérénité. Les passages d’errance viscérale à la première personne sont ponctués d’une rétrospective amère de ses années d’engagement, brutales et sincères, et de ses difficultés à se réconcilier avec le moule antiseptique de notre société. Un récit profond et violent, mais pas gratuit.
Goulven




