
C’est tout simplement le bruit que j’ai entendu en écrasant par mégarde une bouteille en plastique d’eau minérale, un soir d’hiver il y a quelques jours, abandonnée ou tombée là, que sais-je, sur un trottoir d’une avenue sombre d’une grande ville française… En réfléchissant à cet article, je l’ai ramassée et suis allé la jeter dans un conteneur. Cela fait plus de vingt ans que je ne ramasse plus les déchets trouvés au hasard des balades et autres randos à pied. Il y en a trop, de plus en plus, c’est épuisant physiquement et psychologiquement. Nous débordons.
Reprenons avec un deuxième cas concret. Je relisais dernièrement une brève, page 19 dans L’Oiseau Mag de l’été 2022, l’excellent journal trimestriel de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) 1 . Il y est question de la pollution atmosphérique par les microplastiques. Des chercheurs universitaires allemands ont étudié les toiles d’araignées, à hauteur d’homme (c’est-à-dire celle où nous respirons), dans les abribus d’Oldenbourg : « Toutes les toiles contenaient des microplastiques », jusqu’à 10 % du poids total. Les plus courants provenaient des PET, des polyesters des vêtements synthétiques, des PVC des peintures de marquage au sol et des particules liées à l’usure des pneus. Ces microplastiques polluent l’air et nous en respirons une partie, les stockons dans nos chairs (ils induisent à partir de certains seuils des maladies variées) et une autre partie finit au fond des océans, directement portée par le vent ou indirectement, avec le ruissellement, par les pluies, drainée ensuite dans les fossés, les rigoles, les rivières, les fleuves…
Savez-vous, par exemple, qu’une source importante de pollution des océans est… votre machine à laver ? Les microfibres synthétiques de nos vêtements en polyester se retrouvent à chaque lavage dans les eaux usées, et les usines de retraitement ne filtrent pas ces particules trop fines. Résultat : quelques centaines ou milliers de kilomètres plus tard, direct au fond des océans.
C’est un tout petit focus sur le problème global du nouvel eldorado des multinationales du pétrole. Les carburants fossiles sont à proscrire ? Aucun problème, vive la production des plastiques 2 ! Nous assistons, sur le plan macro, mondial, à une accélération fantastique – exponentielle – de la production 3 , de la consommation et des pollutions inhérentes à ces différents secteurs d’activités (fabrication, transport, usage et usure, tri,
Les trois écologies de l’écosophie Par FLAVIEN LANGE
Selon Félix Guattari, psychanalyste et philosophe de la fin du 20 ème siècle, notre société occidentale fait face à des déséquilibres écologiques profonds, qui menacent la stabilité de la vie sur Terre, mais présentent également des détériorations mutilant les modes de vies humains, individuels comme collectifs. C’est, globalement, le rapport du sujet à son environnement qui est menacé. Ainsi, Guattari identifie trois périmètres vitaux à la survie d’un individu : l’écologie mentale, l’écologie sociale et l’écologie environnementale.
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recyclage et stockage ultime, pour ne pas dire dépotoir à ciel ouvert, et accumulation finale dans les océans).
Conclusion provisoire, la question est toujours et restera la suivante : quelle doit être la prise en compte des « externalités » de nos actes individuels et, surtout, collectifs ? Nous jetons, nous polluons, nous gaspillons. Pouvons-nous continuer à copier ce modèle avec sept milliards d’êtres humains ?
1. La LPO est l’une des plus anciennes et des plus importantes associations, d’envergure nationale, parmi celles qui militent pour la défense de l’environnement et de la biodiversité, et pas seulement pour l’avifaune. 2. Socialter, n° 60, octobre 2023, enquête p. 60-65. 3. François Gemenne, Aleksandar Rankovic et Atelier de cartographie de Sciences Po, Atlas de l’Anthropocène, Presses de Sciences Po, 2019. Depuis 1950, 7 800 millions de tonnes de plastique ont été produites : 2 millions en 1950, 380 millions en 2015. La production des quinze dernières années équivaut à 57 % du total depuis 1950.
En grec ancien, eco (oïkos) signifie la maison, la de la nécessité d’intégrer « une logique des demeure. Cependant, à travers le terme économie, intensités, une éco-logique ». Elle se matérialise cette demeure a pris un sens plus large, qui par la valorisation de la subjectivité. l’apparente à l’ensemble des interactions demeurantes, c’est-à-dire à l’ensemble des Ainsi, selon le philosophe, sociabilité rimerait interconnexions qui permettent, à un système avec sensibilité. C’est un renversement spirituel donné, de demeurer. C’est ainsi que Guattari va qu’il nous propose. D’une idéologie dogmaredonner toute sa profondeur au terme eco, en tique, faite de certitudes et de réussites, c’est un proposant le terme d’écosophie, littéralement la univers contingent, incertain et fragile qui se conscience des interactions demeurantes. Pour lui, présente à nous. « Il faut cultiver les dissensus ce n’est qu’en reconnaissant l’interconnexion des et la production singulière d’existence », nous divers milieux d’un écosystème que l’on peut dit-il. espérer le voir persister. Ainsi, en appliquant ce concept d’écosophie à la Il prône donc une reconnexion à l’intensité des société humaine, c’est le rapport de l’humanité échanges, « sous une égide éthico-esthétique », à la nature, au socius et à la psyché, qu’il faut c’est-à-dire à travers un accompagnement, une redéfinir. Selon lui, notre société occidentale protection, par une forme de morale et surtout ne considère pas ces questions dans leur une libre expression de la sensibilité de chaque ensemble. Elle les isole, provoquant, « une individu. sorte de mouvement général d’implosion ». L’individu, unité de cette En résumé, c’est une société en perpétuel société, est privé de tout rapport avec mouvement que Guattari nous dépeint. Une son extériorité : « L’altérité tend à expérience à la fois commune et personnelle. perdre toute aspérité », c’est-à-dire C’est un processus de convergence et de que chaque esprit perd toute divergence. Une convergence des solidarités et capacité de subjectivité, se une divergence des singularités. conformant à un esprit global préfabriqué et figé. L’écosophie, appelle donc à prendre conscience de l’interdépendance des interactions d’un Or, pour Guattari, conformément à système sociétal, en son noyau, l’individu, en sa toute chose dans l’univers, sans cellule, la société elle-même, et en sa dépendance mouvement, un système ne peut à ce qui l’entoure, son environnement. s’adapter et être pérenne. Il parle
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