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La Trousse Corrézienne

Chroniques, LTC 15 · 3 novembre 2017

Chambre des métiers

« Chambre des métiers »

La route vers l’entrepreneuriat est semée d’embûches, nombreuses et fourbes, des plus évidentes aux plus inattendues… Il y a quelques mois, me voilà jeune homme ambitieux prêt à me jeter dans le grand bain de la France qui va de l’avant, qui entreprend, qui combat la morosité économique ambiante par l’audace, fini les beaux discours, les blablas, vive l’action ! Je décide de m’installer, le cœur plein d’espoir, le torse bombé dans ce pays nécrosé dont le seul espoir d’un peuple aux abois est d’avoir élu un jeune banquier rompu aux joutes de la finance de haut vol (prenez ce dernier mot dans le sens qu’il vous plaira !) pour éviter d’élire la pâle héritière d’une dynastie fascisante dont la présence sur la scène médiatique n’est due qu’à l’effroi des politiciens « de gouvernement » de combattre sur le terrain des idées (quel horreur ! Des idées ? Non, contentons-nous de leur faire peur !). Bref, après moult consultations de proches, des heures sur internet, des vidéos, des conférences sur les avantages et les inconvénients de tel ou tel statut, me voilà le nez dans mon bon vieux bottin, à chercher le numéro de téléphone de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de la Corrèze à Tulle. Rendez-vous pris, je suis assailli de l’espoir d’une clarification pour enfin donner un sens à ma vie, dans la plus grande entreprise de France. Et ouais. C’est donc un matin pluvieux du printemps qu’un jeune homme courtois et bien mis me reçoit dans son bureau. Le début de l’entretien se déroule bien, j’obtiens les clarifications escomptées, sur les nombreux statuts « classiques » qui s’offrent au jeune qui n’en veut (c’est à dire moi). Loin d’être entièrement satisfait, au moment ou mon esprit s’égare dans un « putain de bordel de merde c’est quoi ce pays j’ai déjà envie de fuir tellement c’est déjà le bordel dans ma tête » je décide d’aborder la question des filières « non classiques » que sont les CAE, les SCOP ou plus simplement le portage salarial. Le gendre idéal en face de moi laisse échapper un petit rictus d’incompréhension avant de m’expliquer que son métier est de s’occuper d’artisanat et de création d’entreprise. Irais-je trop loin si je disais que le fond de sa pensée était de ne pas l’emmerder avec ces trucs de beatnik ? Oui, clairement. C’est ainsi que l’entretien se poursuit avec la question financière, je dois envisager la somme à emprunter auprès des banques, et autres organismes pour les sousous (je n’ai pas tout noté je dois être honnête…). Voilà en gros le dialogue :

« – Imaginez, si vous devez emprunter une somme comme 20 000 euros, il va falloir faire un dossier pour les investissements…

– Non c’est pas la peine j’ai déjà une voiture et je travaille avec mon matériel et ma remorque…

– …

– Je veux dire que c’est pas forcément nécessaire de m’endetter je peux déjà démarrer avec ce que j’ai, et pas forcément uniquement dans mon cœur d’activité mais peut-être sous une forme de multiservice (c’est là que je l’ai achevé je crois).

– Je vais être honnête avec vous, et pardonnez mon franc-parler, mais ce que vous me dites là… ça me fait penser à ces gens du voyage, avec leurs camions blancs là… qui viennent un jour chez vous mais on ne sait pas si on les reverra un jour… vous comprenez ? Pour l’image de l’entreprise… c’est pas très vendeur.

– … (visiblement je ne comprends pas trop). »

Le reste de l’entretien est flou, je ne me suis énervé qu’une fois rentré chez moi, le temps de réaliser ce que je venais d’entendre. Honte à moi j’aurais dû renverser le bureau.

L’affreux n’oublie pas au moment de partir de bien me préciser que le stage pour bénéficier entre autres de ses conseils avisés me coûtera 250 euros, mais oublie de préciser qu’ayant eu la chance de faire des études, je suis dispensé de ce stage.

En ce printemps 2017, en période d’élection, les langues se délient. La boucle est bouclée, entre la finance et le fascisme on ne sait plus sur quel pied danser, avant de finir par mettre les deux pieds dans le même plat.

Riton

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

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