
L’insurrection du peuple burkinabé a provoqué la fin du putsch militaire du 16 septembre au bout de quelques jours seulement. Le coup d’État a été perpétré par le Régiment de Sécurité Présidentielle, unité militaire d’élite de l’ancien président Blaise Compaoré. Mais les jeunes générations à l’origine du mouvement populaire se sont battues jusqu’à la chute des militaires.
Au pays des hommes intègres1Burkina Faso signifie « pays des hommes intègres » en mooré, la langue des Mossis, un des peuples burkinabé le peuple garde son cap vers la démocratie
Burkina Faso signifie « pays des hommes intègres » en mooré, la langue des Mossis, un des peuples burkinabé
Il est déterminé à se débarrasser définitivement de la dictature. L’année dernière il avait provoqué le départ de Blaise Compaoré, président depuis 27 ans, qui s’apprêtait à faire voter un changement de la constitution, dans le but de pouvoir se faire réélire en 2015 pour un 5e mandat. Depuis novembre 2014, le gouvernement provisoire mis en place par un comité mixte civil et militaire organise la transition démocratique. Mais le Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP), garde prétorienne de l’ancien président déchu, était toujours là, puissant, et menaçait sans cesse les institutions transitoires. Le peuple réclamait déjà depuis des mois la dissolution du RSP et des élections qui excluraient ses membres et les hommes politiques proches de Blaise Compaoré. Car la plus grande partie de l’électorat burkinabé est extrêmement pauvre, analphabète (près de 70%) et facilement manipulable. C’est sur cette misère que le pouvoir en place depuis le coup d’état contre Thomas Sankara en 1987 s’est bâti. Le président assassiné incarne aujourd’hui encore l’indépendance du peuple burkinabé, la réappropriation de ses richesses par le peuple. Le mouvement populaire né du souffle de la jeunesse des grandes villes est déterminé à en finir avec ce règne dictatorial.
Les élections démocratiques étaient prévues le 11 octobre. Mais trois semaines avant, le 16 septembre, le RSP prend en otage le président transitoire, Michel Kafando, son premier ministre Isaac Zida et deux autres ministres. Le lendemain les autorités transitoires sont dissoutes et le Général Diendéré, numéro 1 du RSP, prend la tête du pays. Le soulèvement du peuple est immédiat. A Ouagadougou, la Place de la Révolution est submergée par des milliers de manifestants, parmi lesquels il y a aussi bien des organisations civiles du mouvement démocratique comme le Balai Citoyen que des militaires loyalistes au gouvernement de transition. Tous ne sont pas pacifiques, la jeunesse porte une grande colère en elle. Le RSP déploie alors sa violente répression : les radios sont coupées, manifestants et journalistes se font traquer, tabasser et enfermer, la junte tire sur la foule à balle réelle. Le peuple révolté tient néanmoins tête aux militaires dans une véritable guérilla urbaine jusqu’à ce que le gouvernement intérimaire soit restitué le 23 septembre. Selon le bilan officiel il y aurait 17 morts et plus de 270 blessés. La majorité des blessés sont des manifestants touchés par balle. L’insurrection du peuple burkinabé incarne l’esprit de Thomas Sankara2Leader populaire de la révolution de 1983 et président du Burkina Faso, assassiné en 1987 lors du putsch militaire qui a permis à Blaise Compaoré d’asseoir son pouvoir. et son slogan « La patrie ou la mort, nous vaincrons ! ». Rien ne peut l’arrêter.
Leader populaire de la révolution de 1983 et président du Burkina Faso, assassiné en 1987 lors du putsch militaire qui a permis à Blaise Compaoré d’asseoir son pouvoir.
Les Burkinabés demandent que les auteurs du coup d’état soient jugés et désarmés.
Au terme d’une médiation menée par la CEDEAO3Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest et par le Mogho Naba, roi des Mossis4Le roi des Mossis est une autorité morale très respectée dans le pays., les militaires putschistes ont accepté de signer un accord prévoyant la restitution du gouvernement transitoire dans ses fonctions et le retrait de leurs hommes de tous les postes à Ouagadougou. En contrepartie les autorités légitimes devaient garantir la sécurité des putschistes retranchés dans leur caserne et dans le palais présidentiel de Kosyam. Les troupes loyalistes devaient reculer. Le 25 septembre le RSP est dissout par décret ministériel qui prévoit également son désarmement. Les membres du régiment doivent se présenter en caserne pour être réaffectés. Mais le noyau du RSP est récalcitrant et ne veut pas rendre les armes. Environ 150 hommes restent retranchés dans le palais présidentiel et le camp Naaba-Koom. La mobilisation populaire reste forte. Le 29 septembre l’armée loyaliste au gouvernement de la transition démocratique prend d’assaut Kosyam. La plupart des membres du RSP fuient. Le général Diendéré se réfugie à l’ambassade du Vatican, mais se rend finalement deux jours plus tard aux autorités, suite aux arrestations de plusieurs de ses proches.
Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest
Le roi des Mossis est une autorité morale très respectée dans le pays.
Le palais présidentiel est réinvesti par le gouvernement de transition et des procédures judiciaires sont engagées contre les auteurs et complices présumés du coup d’État. Quatorze personnalités du RSP et quatre partis politiques, dont le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), le parti de Blaise Compaoré, ont vu leurs avoirs gelés. Le général Diendéré et l’ancien ministre des affaires étrangères de Compaoré, ont été inculpés pour plusieurs crimes et délits par le juge d’instruction et placés en détention provisoire.
Les Burkinabés veulent que justice soit rendue à leur cause. La révolution burkinabé est inspirée par une jeunesse déterminée et largement soutenue par la société civile. Son peuple est la preuve que la puissance de l’expression populaire peut faire tomber une junte militaire. Et qu’elle peut porter le choix de construire une société qui lui ressemble.
Le calme est peu à peu revenu à Ouaga qui a esquivé de justesse la guerre civile. Les élections présidentielles et législatives auront lieu le dimanche 29 novembre. Les premières élections libres depuis plus de vingt-sept ans. Chapeau ! Et espérons que ce souffle de liberté dure.
Catherine Fischer



