
Comment en sommes-nous arrivés là ? À ce niveau d’industrie dans les campagnes. La technologie semble ne pas finir d’y pousser, envahissante, gourmande, démesurée, écrasante, inhumaine… On dirait des martiens ! Venus de Mars ? Dieu de la guerre chez les Romains ? Et si c’était vrai ?
Quand on attaque les travaux de rénovation en campagne limousine, on a parfois la chance de devenir archéologue pendant quelques semaines. Durant la fouille la plus récente, j’ai trouvé des traces d’un peu d’histoire proche. Parmi toutes les archives, le grand trésor : quelques exemplaires du France Agricole de 1985. Un hebdomadaire de grande influence, une lecture indispensable pour tous les paysans qui voulaient savoir de quelles technologies se doter pour pisser plus loin que leurs voisins. Ce genre d’édition continue d’influencer nos chauffeurs de tracteurs d’aujourd’hui, évidemment. Certaines des publicités m’ont fait penser aux campagnes de propagande pendant les deux guerres mondiales ou également aux publicités scandaleuses pour les cigarettes dans les années 50. Aujourd’hui, on regarde ces affiches comme une histoire ancienne, avec un sentiment de nostalgie souligné d’un savant sourire. Mais ces temps jadis sont bien contemporains.
La deuxième guerre mondiale a vu se développer l’industrie du véhicule tout terrain et celle de la chimie. Pour battre l’ennemi, il fallait des chars et des gaz. Les « chlorés », les « bromes », les « arsines »…
À la fin de la guerre, il faut relancer l’économie par l’industrie et l’agriculture. Cette dernière va rapidement devenir un des moteurs du redémarrage. En 1948, l’aide financière et matérielle des USA à la reconstruction européenne (le fameux Plan Marshall) est consentie pour l’intensification de la production et le progrès technique. L’industrie de la guerre deviendra l’industrie du progrès. Les chars deviendront des tracteurs et la chimie se chargera de trouver des solutions pour multiplier les rendements, se débarrasser des pestes et des herbes indésirables. L’État, l’INRA (créée pour la cause), la FNSEA (syndicat majoritaire), les banques et les différentes firmes feront alliance pour s’en charger. Ce qu’on a appelé la révolution verte est en fait une nouvelle guerre… contre les éléments. Reste à mobiliser les paysans.
Les réclames qui sont présentées ici donnent une idée de l’état d’esprit d’une époque pas si lointaine. Une époque où la vente du phytosanitaire le plus nocif ou de l’engin le plus démesuré se faisait sans complexe. Une époque qui n’est pas révolue. L’hyper-mécanisation des campagnes saute encore aux yeux. La chimie est encore la solution pour répondre aux exigences du marché. Mais nous pouvons aussi mesurer le chemin parcouru. De nouveaux sillons se tracent. Ils invitent à plus de retenue. Les pratiques ancestrales sont ressuscitées. La permaculture séduit le citoyen. L’agroécologie est entrée dans le vocable des gouvernants. La bio gagne du terrain. L’a-croissance est prise au sérieux. Mais nous revenons de très loin. La route est longue. Et il ne faudrait pas croire qu’un simple changement de technique produirait un réel changement de culture.
Andy et Philippe









