S’ouvre dans un nouvel onglet
Menu
La Trousse Corrézienne

LTC 23, Portraits · 8 mars 2019

L’épicerie albussacoise

L’épicerie albussacoise

En plein bourg du village d’Albussac, ça bosse. Un chantier bouleverse temporairement l’atmosphère paisible de ce patelin perdu dans un entrelacs de collines si joliment corréziennes. C’est que Natacha et Stéphane agrandissent. Natacha et Stéphane sont les épiciers du village. Descendus il y a cinq ans avec force enfants et enthousiasme de leur Nord natal pour reprendre le commerce en pente douce, ils ont tranquillement imposé leurs personnalités atypiques, créant un commerce à leur image, indépendant de toute enseigne, transformant l’épicerie en un lieu vivant, dynamique. Le charme opère instantanément chez les habitants. Ou comment ils se sont installés en Corrèze, pour une certaine idée du bonheur…

Tableau un : je vous en prie, entrez

Albussac est un village tranquille, très étendu, ses multiples hameaux clairsemés dans un triangle bordé par les axes Tulle-Beaulieu, Tulle-Argentat, Argentat-Beynat. Dans le bourg, on trouve la mairie, l’église, une école, un salon de coiffure, un garage, un bar-brasserie, un bureau de poste, une boulangerie (pour l’heure en attente de repreneur), des expositions régulièrement accrochées dans les vitrines des commerces et aux fenêtres de certains particuliers, des conférences et des projections dans la salle des fêtes, de multiples activités menées par les associations locales, sans parler des circuits de randonnée et… l’épicerie. Pardon l’Épicerie. C’est que ce n’est pas une épicerie comme les autres. Le soin, l’inventivité que les hôtes ont mis à élaborer son agencement transpire joyeusement dès la devanture. Les couleurs ne sont pas celles que l’on trouve habituellement dans les commerces de village. Rentrons. Natacha et Stéphane me reçoivent dans l’arrière-boutique qui leur sert de bureau et d’espace où se réchauffer. Parce que tenir une épicerie c’est vivre dans le froid. Charger, décharger, servir, achalander, agencer. Vendre. Commander, adapter, écouter. Sourire. Pour ces deux épiciers, c’est aussi rêver un lieu et concrétiser ce rêve. Ici, marchandises ordinaires côtoient produits bios, locaux et décorations à l’image des propriétaires. Aux murs, sont accrochés des œuvres, un grand tableau noir sur lequel sont écrit vœux, présentation de nouveautés, de produits à venir, et autres informations qui disent le dynamisme, l’énergie et la générosité avec laquelle Natacha et Stéphane mènent cette aventure. Le jour où je les rencontre, devant le magasin, une extension en bois et verre est en train de voir le jour.

Tableau deux : écoutons

Natacha est grande. Elle a des tatouages et un style à elle, elle est belle. Elle parle avec aisance et énergie. Stéphane est discret, derrière ses lunettes il regarde, écoute et acquiesce. Au chaud dans l’arrière-boutique, ils se racontent. Il règne entre eux un équilibre tranquille. Malgré la fatigue causée par l’organisation des travaux, tous deux semblent bien, là où ils sont. Ce projet, ils l’ont rêvé et voulu ensemble il y a quelques années, pour s’inventer une vie qui leur conviendrait et le portent côte à côte, coude à coude. Pendant l’entretien, quand la sonnerie de l’épicerie tinte, Stéphane se lève discrètement pour servir les clients que l’on voit rentrer sur l’écran du poste de surveillance. Tous deux anciens infirmiers, l’une en hôpital psychiatrique, l’autre en centre de prévention luttant contre la toxicomanie, Natacha et Stéphane, en 2004, se disent à la naissance de leur deuxième enfant, Tao, que cette vie ne correspondra plus très longtemps à leurs désirs. Ils ont besoin d’avancer. De bouger les lignes, de mettre un coup de pied dans la fourmilière (la salariat quoi, me dit-elle), de semer leur grain de folie… Ils veulent travailler ensemble, passer plus de temps avec leurs enfants et vivre « autrement », bref. Ils imaginent se former en maraîchage. Mais le projet n’est pas simple à mettre en place, l’employé de Natacha refuse, Stéphane a dépassé l’âge des critères. La vie passe, l’envie grandit. Ce serait une épicerie de village avec une tournée en campagne pour ne pas être toujours l’un sur l’autre. Le projet mûrit. En 2013, l’âge, la famille avancent et il est temps. Il est l’heure, il faut bouger. En juin 2013 ils commencent à chercher un commerce et en août de cette même année ils sillonnent le Limousin. Abandonnant la Creuse, ils se dirigent vers la Corrèze, y visitent plusieurs épiceries et tombent sur celle d’Albussac. C’est une folie. Les chiffres ne sont pas bons, l’épicerie vacille depuis un certain temps déjà, elle est à moitié vide, il faut tout y refaire, repartir de zéro. Mais, c’est le coup de cœur me dit Natacha. Stéphane acquiesce. Alors comme ils ont un grain de folie, de l’audace et de la tendresse pour ce qui dérive, le 11 juillet 2014 après quelques déboires avec l’ancien propriétaire, l’épicerie rafraîchie par leurs soins et avec les moyens du bord, rouvre ses portes. Les habitants du village, curieux, deviennent rapidement une clientèle fidèle. Natacha et Stéphane le répètent plusieurs fois, ils ont tout de suite été accueillis avec bienveillance et enthousiasme. Et c’est vrai qu’il est rare de n’y trouver personne, dans cette épicerie et chaque fois, Natacha ou Stéphane ne manquent pas d’échanger un mot. Ou deux. En quatre ans et demi, leur achalandage a beaucoup évolué, ils ont continué la tournée en place et repris le dépôt de pain après la fermeture de la boulangerie. Attentif à suggérer en douceur plutôt qu’à imposer, à répondre aux demandes de leurs clients, ils ont petit à petit diversifié leur stock et proposé des produits de producteurs locaux qu’ils sont allés dénicher ; c’est l’un de leurs grands plaisirs dans cette aventure, le lien tissé avec les producteurs rencontrés. Dans leur épicerie pas de rayon bio, ils ont préféré clairsemer ces produits dans les rayons plutôt que de créer un îlot différencié qui les aurait isolés.

Tableau trois : aujourd’hui

L’activité, malgré les apparences, n’est pas pérenne, ils ne peuvent pour le moment dégager de quoi se payer correctement. Et loin d’être de tout repos. Ils ont, depuis leurs débuts en tant que boutiquiers, dû se former sur le tas à la gestion de la paperasse administrative, des stocks, apprendre de leurs erreurs, trier les conseils précieux des moins bons et ramasser quelques murs de déconvenue. En octobre 2018 malgré une clientèle fidèle et régulière, les charges sont si élevées qu’ils croient devoir mettre la clé sous la porte. Les chiffres plafonnent la taille actuelle de l’épicerie, ne leur permettant pas d’augmenter le volume de marchandise. Taxés autant que de grosses enseignes, ils ne peuvent cependant pas rivaliser avec le rendement des grandes surfaces. Mais pour ces deux épiciers, hors de question de céder aux franchises, ils préféreraient fermer. C’est pourquoi, et alors qu’ils n’osent même pas croire un seul instant à la faisabilité de la chose les comptes étant dans le rouge, le comptable leur propose d’agrandir l’épicerie. Stupéfaits, la machine se remet en route et regonflés à bloc, ils inventent à nouveau, en dialogue avec le comptable et Alice (leur salariée), une épicerie encore plus à leur image : développer le rayon boucherie, traiteur, crèmerie, proposer quelques produits bios en vrac, mettre en avant les produits locaux… le pari est de redynamiser l’activité. Il semblerait que les premiers à être dynamisés par ces perspectives, ce soit eux ! Le projet tient la route, les banques suivent et c’est reparti pour un tour. Dans quelques semaines la nouvelle épicerie arrosée de champagne aura fini de faire peau neuve. Un jour, il y a quelques années, ils rêvaient leur épicerie comme un lieu convivial, où l’on trouverait des recettes, des produits locaux, où l’on se sentirait bien, où l’on ne parlerait pas de politique et où ils auraient mis leur touche… Plus que comme une épicerie, ils rêvaient ce lieu comme un espace de rencontre. Aujourd’hui, alors que l’épicerie est en plein réaménagement, qu’ils poussent les murs de deux mètres sur la rue, Natacha et Stéphane se disent que ce dont ils rêvaient est là. Qui dit que la campagne corrézienne se meurt n’a pas sillonné toutes ses routes. Si à présent Natacha et Stéphane disent vouloir profiter de cette vie-là, qu’ils se sont inventée, se poser après les tumultes de ces dernières années, soyons sûrs que le vent pousse des ailes à leur dos, et qu’ils n’en sont pas à leur dernière création collective ! Mais avant cela, si le vent souffle à votre dos, n’hésitez pas à pousser leur porte. Vous y serez à coup sûr accueillis avec chaleur.

Coordonnées : l’épicerie albussacoise, le bourg, 19380 Albussac, 05.55.28.63.90

https://fr-fr.facebook.com/Epicerie-Albussacoise-1452109855072960/

MC Bee

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

Dans la même trousse

Simcity 2000, un modèle de ville contemporaine

Simcity 2000, un modèle de ville contemporaine

Plusieurs genres de jeux : vidéos, jeux de stratégie, de réflexe et d’aventure ont vu le jour pour répondre à un public varié. Avec le temps, les mécanismes de jeux se sont complexifiés, aussi bien dans le déroulement de l’histoire, la simulation par l’ordinateur de…

8 mars 2019

La PMA en question

La PMA en question

Exergue :

8 mars 2019

Vent de colère sur le plateau de Xaintrie

Vent de colère sur le plateau de Xaintrie

Depuis quatre-vingts ans les « gens du pays » se parlent le plus souvent d’amour ! Aujourd’hui, ils parlent de colère et de félonie. Résistants et hébergeurs de maquisards durant la dernière guerre (« Maquis de Corrèze, terre de résistance et de liberté », 1995),…

8 mars 2019

Articles récents

Dessin d’Herbette : Donald Trump reçoit un paquet cadeau « LMB » des mains d’un homme en costume — « Formidable, thank you! »

Vente de LMB Aerospace à Malemort

Le Parti communiste français (PCF) – section de Brive a fait parvenir le communiqué de presse ci-dessous à La Trousse corrézienne en février dernier. Nous lui posons en retour quelques questions dans l’encadré qui figure en bas de page.

17 octobre 2026

Illustration : un panneau « DÉVIATION » jaune et noir à la peinture épaisse.

Déviation de la RD 901 à Varetz : une opération qui interroge

Le 12 juillet 2024, le conseil départemental de la Corrèze a décidé, à l’unanimité, de retenir le tracé de la variante numéro 1 et donc de relancer à l’identique un projet datant de plus de 30 ans.

17 octobre 2026

Aquarelle de Bernard : la vache Mounette, une fleur à la bouche.

Vachement bien…

C’est l’histoire d’une vache qui dépérissait au fond d’une étable, faute de bons soins sans doute. Paul l’a vue et il n’a pas aimé ça, alors il l’a achetée. Il l’a amenée chez lui, il l’a retapée, il l’a baptisée Mounette et chaque année ensuite,…

17 octobre 2026

✕
Fermer le menu
Les rubriques
LE JOURNAL
♥ Soutenez-nous : faites un don !S'abonner au journal