
Dans son dernier numéro, la Trousse rendait compte de notre rencontre avec des éleveurs de Corrèze que l’été torride de 2018, contre toute attente, n’avait pas mis à sec. J’ai souhaité cette fois, rendre compte de la situation de maraîchers.
Disons-le d’emblée, nous ne sommes pas, en Corrèze, au bord du gouffre. Si les agriculteurs dans l’ensemble, se plaignent et redoutent les effets du changement climatique, il y a pour les maraîchers comme pour les éleveurs, une marge d’adaptation qui devrait leur permettre, si les saisons restent en l’état, de continuer à nous nourrir.
Ce travail d’adaptation a déjà été fait par les différentes personnes interrogées, chacune à leur manière.
Joël Ceyrat, qui faisait pousser ses légumes sur les coteaux de Tulle, a migré près de Sainte-Fortunade. Depuis, ses légumes ont retrouvé une bonne mine, et en dépit de la chaleur de l’été 2018, le maraîcher heureux n’a pas eu de retard dans ses récoltes.
La famille Soulier est, elle, installée à Laborie, à Lapleau depuis 16 ans. Un hectare de culture de plein champ, 1700 m2 de tunnel froid (serre non chauffée). Les deux parents et leurs deux enfants vivent de cette activité. Le bio comme habitude.
Trois de leurs quatre parcelles et les serres sont irrigables grâce à un forage, creusé à 36 mètres de profondeur, qui n’a pas trop montré de signes de fatigue. La quatrième est irriguée par un étang de 15m2 alimenté par une source. Grâce à lui, l’irrigation a pu continuer jusqu’au 15 septembre. « Mais, disent-ils, ça n’a pas été suffisant, compte-tenu de la durée de la sécheresse. Nous avons observé des pertes de calibre, la pousse a été bloquée pour certains légumes que nous n’avons pu que maintenir en vie jusqu’à des températures plus douces. » Et pour faire face à d’autres étés torrides, le couple envisage une modification de son système d’irrigation, en faisant appel aux techniques utilisées en permaculture pour éviter l’évaporation : les mulchs de luzerne et les toiles de paillage.
Ce qui permet aussi de tenir, c’est le contrat avec les clients du « panier paysan » Ceux-là suivent leurs producteurs, ils prennent ce que la terre donne.
Matthias Laprun est installé à Sérandon sur une surface de onze ha pour ses légumes et ses bêtes depuis 2011. Mais il se projette dans le milieu du siècle, celui prédit de tous les manques. C’est ce qui explique sa lettre ouverte à La Trousse parue dans le numéro 22 de janvier, dans laquelle il prêche pour « la culture sèche ». « La culture sèche n’est pas une culture sans eau, mais une culture sans irrigation » précise M. Laprun. Par principe, et par anticipation. La Corrèze, il est vrai, ne manque pas d’eau et, comme l’ont souligné tous nos interlocuteurs, l’hiver et le printemps pourvoient encore à l’essentiel des besoins en ce domaine et permet aux légumes de s’approvisionner. La différence vient de ce que M. Laprun ne draine pas. Il laisse ses plantes se débrouiller avec ce qui tombe du ciel. Ou pas.
Ses points d’appui sont une grande diversité de semences, celles-ci réagissant variablement aux aléas climatiques. Ce qui permet des récoltes plus étalées dans l’année. « Je laisse mes plantes s’adapter. Si elles ont besoin d’eau, elles vont la chercher plus loin dans le sol. Elles en deviennent plus solides, et de meilleur goût » dit M. Laprun.
Il ne faut cependant pas croire qu’il se contente de regarder ses légumes pousser. Il utilise le fumier de sa quarantaine de brebis pour les « nourrir » et souhaiterait pouvoir même leur en apporter plus. En retour, les brebis mangent les légumes invendables. De surcroît, il paille de plus en plus, même si ce système rend plus difficile la rotation des récoltes. M. Laprun revendique pour l’essentiel une appropriation des méthodes ancestrales, notamment la complémentarité entre l’élevage et le maraîchage. Elles lui permettent de gagner en indépendance, de ne pas être prisonnier de gros investissements et d’emprunts, cauchemar de nombreux agriculteurs.
Anne Flipo





