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La Trousse Corrézienne

LTC 21 · 2 novembre 2018

Témoignages de stagiaires

Témoignages de stagiaires

Le syndicat Sud éducation Limousin est contacté fin d’hiver 2018 par un Professeur des Écoles Stagiaires en Alternance (PESA) en grande difficulté et manifestant une souffrance importante concernant sa situation de travail.

Suite aux échanges avec ce professeur stagiaire, puis avec d’autres, il est apparu manifeste qu’une souffrance au travail était réelle pour ces professeurs : charge de travail, mais aussi peu d’aide en retour aux demandes effectuées, rapports des tuteurs centrés sur les points négatifs, et ce dès le début du stage…

Décision est prise par le syndicat SUD de lancer une enquête par mail à l’ensemble des professeurs et professeurs stagiaires, en mars 2018.

Sont présentés ci-dessous des extraits de témoignages de PESA reçus en retour, qui montrent la pression, et la violence subies. Les témoignages ont tous été traités pour conserver l’anonymat demandé.

« Cette année a été particulièrement difficile pour moi. L’entrée dans le métier a été très brutale. En effet, la formation à l’ ÉSPÉ ne me semble pas suffisante, les informations nous sont souvent données au dernier moment (notamment quant à la quantité de préparations demandées dès la première semaine de septembre) et de façon beaucoup plus théorique que réellement concrète. »

« Tout d’abord, la formation ne remplit pas mes attentes : beaucoup de cours sont des redites au mot et au diaporama près des cours de l’année dernière. Les autres sont en décalage avec la réalité du terrain. »

De plus, une réelle inégalité est présente entre tous les étudiants. Les EMF ne demandent pas le même travail d’un étudiant à l’autre, n’ont pas les mêmes exigences.

« Plusieurs de mes camarades ne se sont pas sentis épaulés par leur tuteur. Pire, ils ont senti un acharnement et une réelle injustice. En effet, quand l’un d’entre nous a commencé à avoir des problèmes, le retour en arrière est très difficile. Nous sommes victimes d’une stigmatisation, et il n’y a pas le droit à un « faux départ ». »

« Concernant le suivi des Enseignants Maîtres Formateurs (EMF), je ne me suis pas senti(e) réellement aidé(e) dans ma formation. En effet, les horaires dédiés au travail avec nos tuteurs se sont faits rares et peu productifs. J’ai demandé plusieurs fois de l’aide en demandant des visites supplémentaires dans des classes dans lesquelles je ne me sentais pas à l’aise (…), la classe étant réputée difficile (…) par la titulaire elle même, elles m’ont été refusé, jugeant que je n’en avais pas besoin »

« Je tiens à témoigner également du mal être de nombreux camarades qui se sont sentis abandonnés, livrés à eux mêmes, et lorsqu’il leur était imposé des visites supplémentaires, ne pas recevoir l’aide nécessaire pour pouvoir s’en sortir. »

« L’inspecteur m’a téléphoné pendant mes cours vers 14h00 pour m’informer que j’étais en suivi renforcé et que si « je ne faisais pas mon travail, il saurait faire le sien ». (…)

J’ai dû reprendre en main ma classe juste après cette conversation ce qui a été très compliqué pour moi. »

« Bien qu’il insiste sur le fait qu’il (le maître formateur) faut faire appel à lui pour avoir des conseils, il répond très tard aux demandes (…) Il est très négatif, dit peu/pas les aspects positifs. Je ne prétends pas que mon travail soit parfait, mais avoir quelques éléments positifs sur lesquels s’appuyer pour continuer à progresser serait motivant. »

« L’EMF ne mentionne que les points négatifs devant moi et sur les rapports ; les points positifs étant pour lui la « normalité » si bien que je suis obligée de lui demander ce qui est bien dans ma pratique enseignante. (…) Lors de cette année je me suis sentie et je me sens encore sous pression, à vif. Je travaille énormément pour des résultats qui ne sont pas validés (…) Je pense que le suivi de ces derniers (les tuteurs) n’est pas suffisant et que leur comportement envers nous (pour certains) est déplacé. »

« J’ai vécu mon année dans un état de stress, avec la boule au ventre à chaque visite conjointe et visite complémentaire. Je ne suis pas la seule à vivre ce mal-être, d’autres des élèves suivis par le même tuteur vivent la même chose. »

« Merci de nous écouter, car souvent nous nous sentons dans l’impossibilité de parler des problèmes que nous rencontrons, de peur qu’une mésentente s’installe avec nos formateurs et supérieurs, et que cela finisse par nous desservir. Raison pour laquelle j’ai fait le choix de rester anonyme. »

SUD éducation « constate, dans les témoignages, une récurrence d’insuffisance de conseils, ou trop tardifs, voire parfois des refus en cas de demande (,,,), pas assez de présence dans les classes des EMF pour observations. Il en résulte des stagiaires livrés à eux-mêmes alors qu’il est exigé d’eux une grande performance de gestion de classe.

Censés aider les stagiaires, les rapports des tuteurs, tutrices et enseignant maître formateur (EMF), sont souvent déséquilibrés par un ciblage des insuffisances au détriment des points positifs.

L’insuffisance de l’accompagnement bien trop souvent constatée ne permet pas aux stagiaires d’améliorer leur pratique les laissant dans le plus grand désarroi, Non seulement les stagiaires sont mal préparés à leur futur métier, ce qui est déjà une bonne raison de générer de l’angoisse, mais ils subissent parfois et trop souvent aussi des situations oppressantes et parfois même humiliantes ! »

Pour Sud éducation, cette violence participe à abîmer l’école et la Fonction Publique en général.

Témoignage d’un(e) jeune prof titulaire

Nous avons rencontré, au mois d’octobre, un(e) jeune Professeur des Écoles, titularisé(e) récemment.

Il(elle) a accepté d’ajouter son témoignage sur son année de stage, à ceux collectés par Sud-éducation Limousin. Mais…de façon anonyme.

(…) le concours est en deux épreuves écrites (français/maths) qui donnent ensuite accès aux oraux (connaissance du système éducatif / présentation d’une pratique pédagogique). Le concours est difficile, beaucoup échouent. Cela demande une préparation très sérieuse, surtout les oraux. Le métier étant difficile et éprouvant, les jurys cherchent à tester les candidats.

(,,,)

Si on obtient le concours, on devient alors Professeur des Écoles Stagiaire en Alternance : on est à mi-temps dans les écoles et à mi-temps à la fac pour faire le M2.

On choisit nos écoles parmi une liste. Début juillet, le premier du concours choisit son école, puis le second et ainsi de suite. Ensuite on a 2/3 jours pour appeler l’école, venir se présenter et découvrir le fonctionnement et les collègues. On connaît les niveaux de classe à ce moment.

On a deux tuteurs : le tuteur ÉSPÉ (professeur de la fac) et le tuteur Enseignant Maître Formateur. On apprend qui sont nos tuteurs le jour de la prérentrée.

Il me parait important de faire une remarque : tous ces tuteurs sont différents les uns des autres :

– humainement : certains sont plus ou moins bienveillants,

– ils demandent plus ou moins de travail,

– ils ne prodiguent pas les mêmes conseils, sont parfois contradictoires entre eux,

– ils ne mettent pas la même pression …

Vraiment à ce niveau, c’est « au petit bonheur la chance ». Avoir comme tuteur une personne avec qui humainement cela ne passe pas, peut beaucoup compliquer l’année (la foutre en l’air).

Oui, c’est une année difficile (…) une fois que la rentrée a commencé tout s’enchaîne très vite. Il est difficile d’anticiper toutes les difficultés et de personnaliser chaque accompagnement, même si on nous demande de tendre vers cela.

Il y a également des attentes institutionnelles : réalisation des cahiers journaux avec les objectifs pour chaque élève, les objectifs des professeurs; la réalisation du programme scolaire avec le détail de chaque période. Puis de nouveau le détail séance par séance des leçons et des exercices prévus. Il faut penser théoriquement l’année puis réajuster durant l’année en fonction des avancées des élèves, des sorties scolaires…

C’est très difficile car on a pas d’expérience mais avec le temps je pense que cela doit être plus simple. Au début on ne sait pas faire le tri des informations que l’on trouve … cela demande beaucoup de travail personnel

Je considère cette année comme dure et difficile, fatiguante… jai même pensé à démissionner

Je pense qu’un des problèmes d’une grosse administration comme l’éducation nationale, c’est le respect à outrance de la hiérarchie. On se croirait à l’armée c’est écœurant parfois. Et la hiérarchie peut être très dure et en tout cas ne tolère aucun écart : sinon ils nous remettent au pas directement.

Les témoignages des stagiaires
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