
Qui est monsieur Lorem Ipsum ?, le premier délire techniquo-foutraquo-poétique d’Emmanuel Audibert m’avait emmené loin dans une rêverie organique et filandreuse.
Au point même d’oublier totalement l’inconfort de l’assise proposée ce soir là.
Dans le monde d’On était une fois, l’esthétique chère à l’homme de la compagnie 36 du mois est toujours présente : des peluches (dé)sarticulées au petits bouts de bois collés, coupés, lamellés, cisaillés, surmontés de boule de ce qui pourrait être du polystyrène ou encore du bois, au point d’en devenir, devant nos yeux écarquillés, des personnages miniatures et improbables, en passant par la mise en évidence des différentes articulations, comme on mettrait en scène notre propre squelette afin d’affirmer au mieux toute l’infinie complexité de nos mouvements.
On était une fois se fait le miroir parfois féroce, parfois ironique et souvent drôle de nos impatiences de spectateurs. Des peluches vivants de mille fils, assise ou agitées dans des gradins, qui jouent nos rôles, en attente d’un spectacle à venir et… qui ne vient pas. Des peluches qui reprennent à leur compte – et à voix hautes – des pensées que nous pourrions avoir dans nos indélicates postures, réclamant à corps et à chuchotement, la mise en lumière du spectacle tant attendu pour lequel nous avons daigné nous déplacer. Intrigante introduction faite de poussée de fièvres, de leçon de patience, d’humour vachard et même de peur terrifiante d’être mangé par le loup…
Cette scène introductive « péluchée » et drôlatique fera alors place au spectacle dans le spectacle… Une mise en branle lumineuse et fragile de la masse mouvante des personnages miniatures qui nous rappelleront nos infinitésimales position dans l’univers… Une danse, des danses, des emboîtements, de la musique – présente dans sa légèreté permanente -, des jeux de fils, de métal fin, de lumières diaphanes ou rougeoyantes, des articulations – toujours -, et de la possibilité de voyage… Si Emmanuel Audibert nous a « ferré » lors de la première partie, il nous laisse libre de voler dans son décor fait de bric, de broc et de mécanique sinon quantique, au moins d’une technologie qui permette l’élévation.
Au point même d’oublier totalement l’inconfort de l’assise proposée ce soir là.
Pluton 427






