Cet été, un nouvel épisode de pollution a touché la Montane, rivière passant par Eyrein et se déversant dans la vallée de Gimel sous forme des fameuses cascades.
Le 12 août, des riverains de la Montane ont vu couler des blocs de mousse d’une ampleur inquiétante. Ils ont pu constater également la présence de poissons morts, ventre en l’air. De mémoire d’habitant, cette pollution est la plus spectaculaire.
En effet, cette rivière n’en est pas à son premier dommage collatéral industriel : en 2011, 2015, 2017 déjà elle avait été victime des déversements de produits affectant la qualité de son eau. Et déjà, la société Eyrein Industrie, entreprise de fabrication de produits de nettoyage industriels, avait été condamnée pour les incidents de 2011 et de 2015.
Cette fois encore, et même si les résultats de l’enquête diligentée par le parquet ne sont pas encore connus, M. Magne, dirigeant de la société Eyrein Industrie, ne dégage pas la responsabilité renouvelée de son activité concernant les dégâts du mois d’août : « Dimanche, nous avons eu une nouvelle fuite de produit. Ce dernier devait normalement se déverser et rester entièrement contenu en circuit fermé. Mais sans qu’on sache comment, il est passé dans la rivière. » déclarait-il à la Montagne.
Pourtant, la Montane fait partie d’une ZNIEFF (zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique), compte-tenu de l’intérêt patrimonial de certaines de ses espèces, et dans la vallée de Gimel, d’un site Natura 2000, ce qui signifie que certaines d’entre elles représentent un intérêt exceptionnel pour la bio-diversité . M. Philippe Bonnet, habitant de Gimel et passionné de rivières, nous en dresse la liste : la truite commune, le chabot, protégé au niveau européen, l’anguille, en voie d’extinction, et espèce rare, la moule perlière qui ne vit que dans les rivières dont l’eau est de bonne qualité et qui a la particularité de vivre jusqu’à un siècle, si les produits toxiques la laissent tranquille, et dépose ses œufs sur les branchies des truites et des saumons. Une moule voyageuse, à l’insu de son plein gré…
De surcroît, ainsi que nous en informe M. Bonnet, habitant de Gimel, également pêcheur dans les eaux de la Montane, celle-ci est pressentie pour réintroduire le saumon… Ce projet semble mis à mal car entre deux épisodes de pollution, ajoute-t-il, le milieu n’a pas le temps de se regénérer.
On peut se demander à quoi servent aussi les efforts financiers réalisés par la commune de Gimel pour assainir la rivière si elle est régulièrement à la merci de ces accidents industriels ? Faut-il également rappeler que préserver un environnement sain a une importance locale, mais pas seulement ?
La convention de Ramsar, dont l’objet est la préservation des zones humides (lacs, étangs, rivières et marais) à l’échelle planétaire, vient d’établir un bilan de leur situation. Si « on constate un lent éveil à la valeur des ces zones humides …(leur) disparition est très rapide. Sans (elles), nous sommes tous menacés ».
L’association DRPG ( Défense et Respect du Pays de Gimel) a aussitôt publié un communiqué sur sa page facebook , ainsi que dans la presse locale,pour s’inquiéter de cet accident et demander aux pouvoirs publics de faire la lumière sur ce qui s’est produit, afin que le site de Gimel, classé à plusieurs titres, soit enfin réellement protégé.
Des riverains ainsi que les associations de pêcheurs, l’AAPPMA (association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique) de Tulle et l’association des pêcheurs des Monédières, qui ont constaté la mort de la plupart des poissons sur le tronçon touché par la pollution, soit plus de 4 kilomètres, ont à nouveau porté plainte. L’enquête est en cours et le préjudice devra être estimé par la justice.
Jusqu’au prochain épisode ?
Rachel Kejem





