
On parle peu de l’eau. C’est pourtant un sujet crucial, vital même, dont on sait qu’il sera au centre de nos préoccupations dans les dizaines d’années à venir. C’est un sujet complexe, auquel nous n’avons accordé que trop peu d’importance depuis le début du 20ème siècle. Les conséquences de ce manque de considération et de notre mode de vie industriel et intensif sont aujourd’hui catastrophiques, notamment en Corrèze.
Du fait des étés chauds et secs de ces dernières années, nous commençons à prendre conscience des problèmes d’eau en Corrèze, rivières et sources à sec, arbres en déficit d’eau qui finiront par en mourir, diminution de la biodiversité herpétologique et ichtyologique (relative aux reptiles et aux poissons).
Il faut dire que la configuration hydrologique de la Corrèze est très particulière. Ici, pas de nappe phréatique à grande profondeur dans laquelle faire des forages profonds. Ici, c’est la Corrèze ! Ici, ce sont des sols granitiques massifs. Ici, il n’y a pas d’argile pour retenir l’eau sous terre.
Ce qui fait de ce territoire le pays vert, c’est l’eau de surface stockée dans les zones humides de Haute et Moyenne Corrèze, qui ruisselle sur la dalle granitique et rejoint les rivières. Et ces fameuses zones humides, ces tourbières que l’on retrouve dans les prés de nos limousines, il y en a de moins en moins. Une politique agricole de drainage des prés pour gagner de la terre cultivable a été mise en œuvre pendant les trente dernières années et a profondément transformé l’hydrologie locale.
Les tourbières ne jouent plus leur rôle de tampon et de stock d’eau, l’eau ruisselle et ravine tout. Les vieux pêcheurs et les vieux kayakistes corréziens sont formels : dans le temps, il fallait deux semaines de pluie ininterrompue pour voir le niveau d’eau de la Corrèze monter et elle restait haute pendant deux semaines. Aujourd’hui, le moindre orage fait monter le niveau d’eau dans la journée et il retrouve son niveau d’origine en aussi peu de temps. Il n’y a plus de stock, les rivières ne sont plus que de simples entonnoirs. On comprend donc le problème que nous allons rencontrer si l’on continue à drainer des zones humides sur le plateau de Millevache : le « pays vert » va devenir un « pays brun », faute de réserves d’eau pendant les saisons sèches de plus en plus longues et chaudes.
Si l’on évoque la question de l’eau, on ne peut éviter de s’attarder sur sa pollution. Car oui ! En 2018, en France, on parle encore de pollution massive de nos cours d’eau et les exemples sont nombreux sur la seule rivière Corrèze et ses affluents. Il y a, d’abord, les incivilités. Vous savez ces monsieur et madame tout-le-monde qui jettent allègrement leurs ordures dans la rivière (donc à la mer). Allez demander aux bénévoles du Kayak Club Tulliste ce qu’ils en pensent, il retirent chaque année une à deux tonnes de déchets de la Corrèze lors de leurs opérations « Nettoyage de rivière ».
Il y a la pollution bactérienne, les rejets directs d’eaux usées par les particuliers voire les collectivités, par exemple dans la Solane, la petite rivière qui passe sous la cathédrale de Tulle avant de se jeter dans la Corrèze et qui, malgré les travaux d’assainissement entrepris par les pouvoirs publics, continue de rejeter une eau grisâtre nauséabonde.
Il y a les déversoirs d’orage qui se bouchent et ne sont pas nettoyés assez souvent, entraînant des rejets directs. La station d’épuration déborde à chaque orage et transforme la petite centrale hydroélectrique de Mulatet en zone sinistrée aux relents putrides.
Il y a enfin les pollutions industrielles, avec une dédicace spéciale à la Montane et à Eyrein Industries (cf : article « Petit meurtre en cascade » ci-après). C’est bon, ce coup-ci la rivière est propre, plus une plante ni un poisson… plus un seul être vivant en réalité ! Après un passage au détergent qui a fait le tour des réseaux sociaux, le deuxième accident industriel en quelques années laisse une rivière morte. Cet agent chimique moussant a ensuite rejoint la Corrèze, où, bien qu’un peu plus dilué, il a également fait des dégâts moins visibles mais bien réels.
On va arrêter là, mais des pollutions il y en a beaucoup d’autres, des pollutions agricoles, des pollutions de chantier, des pollutions de toute nature, car nous ne savons faire que ça… Polluer.
Cette article n’apporte pas de solutions, il ne fait état que de ce qui est, en 2018, une honte locale pour tous les amoureux de la nature, et un danger pour l’avenir. L’eau c’est la base, c’est la vie, c’est tout ce qui compte. Il est trop facile d’ouvrir le robinet et de se dire que de l’eau il en coulera toujours dans cette source inépuisable qu’est le réseau d’eau potable, mais c’est un leurre.
En continuant à faire n’importe quoi avec nos terres et nos cours d’eau, nous allons défigurer de façon permanente notre département et tout ce qui en fait une terre exceptionnelle. C’est pourquoi aujourd’hui, je crie : « Eau secours ! »
Argolide





