
Julie Devès a décrit les aspects positifs de l’expérience de collectivisation des terres à Marinaleda. Je lui ai demandé si elle connaissait des points de vue négatifs. Et comme sa réponse a été « non, j’ai cherché mais je n’ai pas trouvé ! », nous sommes tombés d’accord pour que je fasse part ici de quelques connaissances sur le sujet.
En 2012, j’ai participé à un ciné-débat à Auterive (31). En première partie, nous avons visionné le film de Sophie GORZE « Marinaleda, un village en utopie » (1) puis nous avons échangé avec Floréal Roméro, paysan écrivain près de Malaga (Andalousie) et Antonio Sanchez Morillo, membre fondateur du S.O.C. (Sindicato de Orbreros del Campo).
Il existe des opposants au syndicat à Marinaleda. Pour donner une idée de l’ambiance, le maire catégorise tout ce qui n’est pas d’accord avec lui dans ce qu’il appelle « la contra », en référence à la révolution sandiniste au Nicaragua qui était financée par les U.S.A. : le diable quoi.
Il faut voir le film pour comprendre comment se passent les fameuses assemblées du village. Le maire sonorisé par un micro debout sur l’estrade en hauteur martèle son discours « si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes contre ». En face, des gens assis dans la salle parlent timidement sans micro. On sent bien qu’il n’y a pas d’égalité de poids dans la parole. Personnellement, cette utopie-là ne me fait nullement envie ! J’ai envie de supprimer l’estrade, le micro, de mettre tout le monde en cercle !
Et dans ce film, on voit aussi la maison type. Alors c’est chouette parce que dans le processus, chacun participe à la construction d’une maison sans savoir si ce sera la sienne au final. Mais elles sont toutes identiques : les murs, les fenêtres, le cablage des chaînes TV nationales, et tout le confort de baignade dans les micro-ondes WiFi. À Marinaleda, il y a un projet de chaîne TV !
De plus, terres collectivisées ou pas, les habitants sont pieds et poings liés à l’économie mondiale, Juan Manuel Gordillo étant allé chercher des subventions européennes pour sa production d’olives (dans le film on voit un camion secouer un olivier pour faire tomber ses fruits) et de conserves. Tous les salaires sont identiques, mais le caprice d’un commissaire européen ou une grève en Chine peuvent compromettre l’équilibre social. Certes, il y a des emplois, mais que faire si l’on ne veut pas travailler à l’usine ? Et bien, on est déjà dans « la contra » !
Non, définitivement, tout ceci ne ressemble pas à une utopie réalisée. On est même franchement éloigné du mouvement d’émancipation qui a traversé l’Espagne jusqu’à l’hiver 1938-39 et continue d’inspirer le monde. Ce trésor-là est d’ailleurs à redécouvrir, sous la belle plume de Jean-Pierre Barou : « La guerre d’Espagne ne fait que commencer », Éditions du Seuil 2015.
(1) 2009 Tarmak films http://tarmak-films.com
Corrèze Pondant




