Je cherchais désespérément un thème pour cette chronique lorsqu’il me fut fourni par un courrier de ma caisse de retraite.
En mars dernier, à 62 ans, comme tout bon feignant qui se respecte, j’ai demandé à faire valoir mes droits à une retraite imméritée. Il faut dire que, assisté jusqu’au bout des ongles, je jouissais du privilège de l’ASS. Donc Pôle Emploi me versait généreusement, chaque mois, la royale somme de 500€.
Et, comme, c’est bien connu, les feignants assistés ont l’appât du gain et que toucher ma retraite allait plus que doubler mes revenus, je n’hésitais pas à demander à jouir de ce nouveau privilège dès l’âge légal atteint.
Bien sûr, à l’époque, je ne savais pas dans quels méandres administratifs je m’engageais.
Au début tout semble simple. Un formulaire à remplir sur internet et voilà la demande partie. Je me surprends même à être vaguement admiratif devant ce qui ressemble à une redoutable efficacité. La mémoire de la Sécurité Sociale n’a pas oublié de brefs et très anciens jobs d’été dont moi, je n’avais plus le moindre souvenir.
Les choses vont se gâter lentement. Cela commence par un petit « accroc » avec Pôle Emploi qui, dès Avril, sachant que j’ai 62 ans révolus, et donc pouvant être à la retraite, prétend arrêter son assistanat me concernant. Mon dossier de retraite étant toujours « à l’étude » la perspective de me retrouver sans aucune ressource annihile ma flemme. Un déplacement à Pôle Emploi et une simple discussion résoudra ce problème. J’en ressors assuré de revenus le temps que mon dossier de retraite soit validé. Le feignant, moi, peut retourner, serein, se vautrer dans la luxueuse oisiveté qui fait son quotidien et attendre paisiblement le bon vouloir de dame Sécurité Sociale.
Suivront des demandes de justificatifs variés et surtout envoyés au compte-gouttes : feuilles de paye de 1984, puis un mois plus tard celles de 1993, etc… La dernière en date de ces demande concernait un certificat de stage effectué 1981. C’était il y a un mois. Aussi incroyable que cela puisse paraître à ceux qui me connaissent j’ai pu fournir à chaque fois le document demandé. Je n’ose penser à ce qui aurait pu se passer si ce n’avait pas été le cas. Donc mes (jeunes) amis veillez à conserver tout ce qui concerne vos activités rémunérées.
Les mois ont passé et heureusement Pôle Emploi a continué ses versements. Puis est arrivé le fameux courrier dont je parlais au début de cette chronique, courrier intitulé : Notification de rejet de votre demande.
Dans la suite il m’est expliqué que je devrai déposer une nouvelle demande 4 mois avant le 01/10/2021, date à laquelle j’aurai droit au taux maximum.
Face à cela mon sang n’a fait qu’un tour, mais un grand, et j’ai appelé la CARSAT pour demander quelques explications. Je n’ai jamais demandé une retraite à taux plein car comme tout feignant qui se respecte je n’ai pas validé les 166 trimestres nécessaires et j’ose croire à une erreur de leur part.
Mais non l’erreur c’est moi qui la commets. La procédure est simple m’explique-t-on. Ce refus est le document qui va permettre à Pôle Emploi de continuer à m’indemniser. Ils auraient dû cesser tout versement et attendre la notification de ce refus pour les reprendre. Oh joie ! Les voilà désormais dans la légalité.
Quant à moi si je veux espérer toucher la retraite minorée, à laquelle j’ai droit, mon interlocuteur est d’accord, je dois adresser une requête au Président de la Commission de Recours Amiable qui statuera dans un délai de « quelques semaines ». Telle est la procédure.
Bref il me reste quelque espoir d’être « retraité » horizon 2018. Elle est pas belle la vie du feignant ?
Brice Gauthier



