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La Trousse Corrézienne

LTC 9 · 4 novembre 2016

L’illectronisme

L'illectronisme : l'informatique dans le système éducatif

« Mon fils s’y connaît en informatique, il est toujours devant son PC… »

Normal me direz-vous, c’est un natif du numérique ! Et bien non… Faire partie de la génération Y (natifs des années 80 et 90) ou Z (les « digital natives » ou génération Internet) ne fait pas forcément de lui un fin connaisseur du monde numérique ou quelqu’un de compétent en maintenance logicielle ou matérielle. Cela ne le rend pas non plus compétent dans la maîtrise de sa vie numérique et la protection de ses données personnelles. Et bien entendu, cela ne concerne pas uniquement les jeunes générations. Combien parmi eux (et vous) utilisent par exemple, le même mot de passe pour plusieurs comptes d’achat en ligne/mail/réseaux sociaux ? Savez-vous qu’il est si facile de reconstituer votre vie privée en sachant correctement utiliser les moteurs ? Ah oui, les moteurs… parlons-en ! Sauriez-vous faire la différence entre « moteur » et « navigateur » ? Web et Internet ? Savez vous utiliser correctement et efficacement un moteur ? À part Google et Yahoo… quoi de neuf ? En connaissez-vous d’autres ? Et combien ? Aucun ! le vide sidéral… Nous avons affaire à une frange de population en phase d’illettrisme numériquement parlant, à des degrés divers. Et à l’école, comment ça se passe ? Des cours sont dispensés en vue de prévenir l’illectronisme, il y a même une sorte de certification à la clé, pré-requis obligatoire pour l’obtention du Brevet des collèges, c’est le B2i3. Il est décliné en trois niveaux : école, collège, lycée.

« Madame ! On fait comment pour enregistrer le document ? »

Savoir s’approprier un environnement informatique de travail, adopter une attitude responsable, créer, produire, traiter, exploiter des données, etc. Voilà quelques-uns des multiples domaines définis par le B2i… sauf que comme le montre la question introduisant ce paragraphe et provenant d’un élève ayant validé le B2i collège l’an passé, tout n’est pas si simple.

Comment en est-on arrivé là ?

On peut tenter de dresser un portrait de la réponse en combinant les erreurs suivantes : – Sous-estimer le problème en fonctionnant sur des a-priori : ce n’est pas parce que nos chers bambins sont des « digital natives » qu’ils maîtrisent le numérique. Ce n’est pas parce que vous avez 60 ans que vous êtes ignare en la matière… Après tout, le web a été créé en 91, Internet dans les années 70 et 80, pas tout à fait hier. Les postulats peuvent parfois provoquer des surprises : L’appartenance à telle ou telle génération ne fait pas de vous une personne compétente ou incompétente. – Ne pas clairement définir qui fait quoi et comment : aujourd’hui, l’enseignement des domaines du B2i repose sur des professeurs dont la matière principale n’est pas le numérique – profs de maths, prof de physique ou de techno se retrouvent à donner des heures de cours supplémentaires. Comment remédier à ça ? En instaurant des heures régulières dédiées à la culture numérique, en développant l’éducation aux médias/numérique, par une meilleure reconnaissance de cette matière au sein du corps enseignant : un bouleversement nécessitant un décloisonnement des matières, une collaboration au sein de toute l’équipe pédagogique, et sans doute des professeurs dédiés. Visiblement, ça n’est pas l’approche que privilégie l’Éducation nationale, avec le succès qu’on connaît. Le corps enseignant essaie de remplir cette mission de lutte contre l’illectronisme et contre la fracture numérique4 comme il le peut avec les moyens et connaissances dont il dispose : les résultats ne sont pas tous à la hauteur des attentes car très variables selon les établissements. De plus, une fois arrivés au Lycée ou au CFA, les lacunes demeurent. S’agissant de l’enseignement supérieur, l’étudiant se trouve confronté à un nouveau niveau de certification, que l’on appelle le C2i (Certificat Informatique Internet, plus exigeant que le B2i). Malgré ce référentiel plus exigeant, les cours se doivent bien souvent de reprendre à la base, au niveau supposé acquis du B2i.

La France fut le premier pays à se lancer dans les années 1970 dans l’informatique éducative… Comment en est-on passé du statut de pionnier à cette situation actuelle ? À cette époque, l’intégration informatique à l’école ne concernait que l’enseignement supérieur et les filières techniques. Au gré des décennies, plusieurs « plans informatiques » ont vu le jour au sein de l’Éducation Nationale (équipement des collèges et lycées avec le Plan « 10 000 micros » en 1980, et « 100 000 micros » et la naissance de l’option informatique dans les lycées en 1985) mais les moyens du service public s’amenuisant au fil des ans, certains Plans sont laissés à l’abandon. Nous arrivons à ce moment-là, à un point de rupture : la nécessité d’intégrer l’informatique à l’école alors que les moyens financiers ne suivent pas tout comme la formation initiale et continue des enseignants. Que de perte de temps par manque de volonté, de moyens et de cohérence. Il aura fallu attendre l’émergence du multimédia dans les années 1990 (avec l’apparition du cederom) pour que les ordinateurs laissent entrevoir tout le potentiel éducatif que l’on pouvait en retirer pour les disciplines enseignées. La banalisation de l’outil informatique au début des années 2000, dans le paysage tant scolaire que personnel entraîne la nécessité d’une formation dans le cursus des élèves : c’est ainsi que naît le B2i… dans le but de réduire la fracture numérique qui se profilait à l’horizon. Parallèlement à l’apparition de cette certification destinée tant aux collégiens, qu’aux lycéens, puis plus tard aux étudiants et enseignants (avec le C2i), les équipements numériques ont envahi la sphère éducative avec par exemple, les TBI (Tableaux Blancs Interactifs) ainsi que les E.N.T (Espace Numérique de Travail), les manuels numériques etc… Mais, face à tout cela, comment évoluent les pratiques du corps enseignant, des parents et des élèves ? Un gouffre, un décalage se crée insidieusement : les jeunes ont depuis dix ans environ une pratique plus soutenue du « numérique » que les adultes, notamment dans le domaine du divertissement et de la communication. À la recherche d’une appartenance communautaire réelle et bien logique en somme, les jeunes créent des communautés virtuelles. Les nouvelles technologies contribuent ainsi au processus de construction de leur identité. Apparaît alors un problème fort bien perçu par le B2i puisque c’en est un domaine à part entière mais malheureusement insuffisamment développé ou pris au sérieux : l’identité numérique, la protection de la vie privée, le tracking, l’hypermnésie du web… ce que l’on écrit sur web est gravé dans le marbre… Et les jeunes écrivent beaucoup, du moins, on pourrait dire qu’ils gravent beaucoup… sans vraiment avoir conscience des traces laissées derrière eux, alors qu’ils sont censés être sensibilisés par le B2i. D’où la question : n’est-il pas temps de faire évoluer cette certification et la façon dont elle est dispensée ? C’est à l’étude : un nouveau B2i va naître l’année prochaine. Souhaitons que le lien pédagogie/numérique se fasse par une meilleure prise de conscience de l’importance du contenu du B2i mais aussi par une formation de tout le corps enseignant. Aujourd’hui, nous fabriquons des citoyens numériques consommateurs (et incapables de prendre du recul et d’être critique vis-à-vis du Numérique) et non des citoyens numériques acteurs… L’illectronisme a encore de beaux jours devant lui… et il touche toutes les générations à des degrés divers.

1 – On peut le définir, en synthèse, comme le manque de connaissance des clés nécessaires à l’utilisation des ressources électroniques. 2 – Selon Bernard Benhamou, ancien délégué ministériel aux usages de l’Internet. 3 – http://bit.ly/1GqssPW 4 – Calquée sur la fracture sociale, elle témoigne de la disparité d’accès aux technologies informatiques et notamment Internet. C’est un facteur aggravant de l’illectronisme.

L’ illectronisme1, (État des lieux de l’informatique dans le système éducatif)

Mais qu’est-ce donc ? C’est une maladie ? C’est grave ? L’illectronisme toucherait « sévèrement » environ 15% de la population2. Vous êtes peut-être atteint par cette forme d’illettrisme appliqué au numérique. Cette maladie fait des ravages : elle ne tient pas compte de l’âge, de la situation professionnelle, du milieu social… Elle est même en phase d’expansion tellement les médicaments font défaut ou sont administrés à doses insuffisantes, que ce soit dans le milieu de l’éducation nationale ou de l’éducation populaire. Cette pandémie ne peut se jauger qu’en faisant un état des lieux des dégâts provoqués au sein de la population… Bienvenue dans le monde de l’illectronisme…

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