
Pistons, insultes, instrumentalisations des agents du Département, Pascal Coste fait de plus en plus fort. Et si cet ancien de la FNSEA avait dépassé les limites, même dans son camp ?
Des méthodes de management aberrantes
Lors d’une récente réunion présidée par Pascal Coste et où étaient notamment conviées les familles d’accueil de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE), le Président s’emportait sur les fonctionnaires, tous des « pistonnés », des « fainéants », qu’on va « surveiller » … sous les oreilles perplexes des salariés – pour certains fonctionnaires – du service.
Depuis, le poste de Chef de ce service étant vacant, un recrutement a été opéré. Et là, surprise ! Les agents découvrent une fiche de poste modifiée, ouvert aux catégories B. Pour comprendre, il faut savoir que les emplois de la fonction publique se répartissent en trois catégories d’emploi selon le niveau hiérarchique et de diplômes : la catégorie C (correspondant aux fonctions d’exécution), la catégorie B (correspondant aux fonctions d’application) et la catégorie A (correspondant aux fonctions de conception et de direction). Or, ce poste de Chef d’un service de 260 agents était jusqu’ici un poste de catégorie A, de cadre donc. Les agents ont eu d’emblée la puce à l’oreille. Et leur intuition ne les a pas trompés : avant même la date limite de candidature, un nom circulait déjà (voir encadré). Ainsi, les agents de catégorie A qui avaient été placardisés l’an passé (voir article La Trousse n°X) n’ont pas pu postuler sur ce poste. Rien n’est laissé au hasard.
La journée « en mode dégradé » de Pascal Coste : des abus de pouvoir décomplexés
Le 22 septembre dernier, le Président du Conseil départemental organisait une journée « en mode dégradé » : afin de montrer à la population ce que seraient les services publics départementaux avec une baisse continue des dotations de l’État, il a demandé aux agents départementaux d’annuler leurs rendez-vous, de fermer les services au public, de servir des repas froids dans les cantines des collèges. À lire l’article dans le dernier Corrèze Magazine, on croirait que les agents départementaux ont suivi sans broncher les ordres du maître.
Pour comprendre comment ceux-ci se sont retrouvés à parler de leurs métiers au micro, ou même simplement à être présents derrière leur Président ce jour-là, il faut d’abord saisir un peu le climat qui règne au Département depuis l’arrivée de Pascal Coste. Les agents sont régulièrement moqués, voire insultés (Pascal Coste a récemment parlé des 1200 « handicapés » qu’il doit gérer – comprenez : les agents départementaux). De nombreuses têtes sont tombées lors de la réorganisation des services en septembre 2015, avec quelques placards en prime. Et bien cette fois, la pression a été encore plus forte. Comment obtenir d’un agent qu’il vienne présenter son métier lors de cette journée du 22 septembre ? Il suffit de solliciter un agent contractuel, ou bien un stagiaire en attente de titularisation, et de lui signifier que s’il accepte, on saura s’en souvenir. Ça s’appelle du chantage à l’emploi, et ça fonctionne très bien. L’agent plie, et ses collègues, en soutien, l’accompagnent.
Vers le déclin du roi ?
Pascal Coste assume tout : ses propos, ses méthodes. Mais il se pourrait bien que cela ne plaise pas à tout le monde y compris dans son propre camp. Lors de cette fameuse journée « en mode dégradé », tous les élus locaux ont été conviés. Pourtant, on a dénombré seulement douze maires présents. C’est très peu.
Son poulain aux primaires de la Droite, Bruno Le Maire, lui aurait même demandé de calmer le jeu. Et dans la mesure où sa Directrice générale des services a, elle, choisi de soutenir Alain Juppé, il se peut que l’issue de ces primaires, puis de l’élection présidentielle, mette le roi Coste en difficulté.
C’est tout ce qu’on peut lui souhaiter…
ENCADRÉ
Le recrutement qui fait « Pitch »
La nouvelle Chef du service de l’Aide Sociale à l’Enfance vient d’entrer en poste. Elle s’appelle Madame De Pablo. Ça vous dit quelque chose ? Non ? Alors, on va vous éclairer. Il s’agit de la fille de Gérard De Pablo, ancien Directeur général des services du Département (pendant 17 ans), à l’époque où Patricia Buisson – l’actuelle Directrice Générale des Services – était elle-même responsable du service de l’Aide Sociale à l’Enfance. Après cela, Gérard De Pablo a été conseiller à l’Élysée, sous Chirac.
Et avez-vous une idée de ce qu’est devenu ce monsieur ? Il est directeur des partenariats publics privés chez Pitch Promotion. Pitch Promotion, ce n’est pas l’entreprise qui fabrique des goûters pour les enfants, c’est un promoteur immobilier. Vous ne voyez pas encore le rapport ? Quand on va sur le site de l’entreprise, effectivement, aucun projet immobilier n’est présenté en Corrèze. C’est rigolo ça, parce que c’est pourtant le co-promoteur, au côté de Véo Tulle, du nouveau cinéma le Palace. Et il y a peut-être d’autres projets corréziens qui nous ont échappés.
Et ce groupe immobilier fait aussi dans le mécénat. Et notamment, justement en Corrèze, auprès du Théâtre des Sept Collines de Tulle, comme des Treize Arches de Brive. Et à Tulle, on sait que Bernard Combes, maire et conseiller à l’Élysée, s’est beaucoup investi dans la recherche de nouveaux mécènes.
Bref, Monsieur De Pablo a une belle capacité à se faire des amis, redevables, un peu partout et de tous les côtés !
Mais on peut se dire qu’après tout, sa fille est peut-être hyper compétente pour occuper ce poste de Chef de service de l’ASE ? Sauf qu’il semble bien qu’elle ne connaisse pas l’Aide Sociale à l’Enfance, ait peu d’expérience de management, et ne soit pas non plus juriste. Bref, si ce n’est pas du piston, c’est que ça doit être… autre chose !
La Blatte




