L’histoire que nous allons retracer à grand trait dans ce court article est réelle mais livrée sous couvert d’anonymat. Nous appellerons notre interlocuteur Georges. Son histoire comporte une part de commun pour nombre de petits pomiculteurs corréziens. Elle est aussi singulière. Elle raconte une transition.
Les années golden
D’une ferme classique plutôt tournée vers l’élevage, le père de Georges développe dans les années soixante dix une partie pommiers en réduisant l’élevage. C’est la tendance générale. Le fils s’installe en 1997. L’élevage n’est pas son truc, il arrête au bout de cinq ans. Par contre, il aime la pomme. Il continue donc en ce domaine à sa manière : arrache quelques Golden et plante de la Saint-Germaine, plus résistante et locale. Georges, tout en restant membre de la coopérative fruitière locale, commence à faire un peu de vente directe et quelques marchés. À hauteur de 10% du chiffre d’affaire, c’est possible. Quand ce n’est pas suffisant, il rachète à la coopérative ses pommes en « brut de cueille » au même prix1. Le gros avantage des coopératives c’est le stockage. Elles ont des surfaces importantes et la possibilité de calibrer. Quand Georges reprend la production paternelle c’est 12 hectares de verger, soit environ 200 tonnes de golden qu’il doit écouler fin septembre ! Impossible.
1972, la tradition ne paye plus
Georges nous raconte sa Golden. Celle des origines, la 1972. « Elle a été une très bonne pomme, croquante, sucrée, juteuse et on pouvait la conserver un an. En juillet tu peux encore vendre celles qui sortent des frigos, sans traitement de conservation ». À côté, les nouvelles goldens lui paraissent comme des bimbos insipides, belles mais sans saveur. Elles ont effectivement surtout été engendrées pour l’esthétique rosée de leur pelure. Georges n’a pas voulu s’y lancer : « Je suis resté classique ». Mais je me suis planté sur toutes la ligne ». Effectivement, en coopérative la pomme est calibrée puis triée par choix, c’est à dire par couleur : vert, blanc, violet (eh oui!), jaune, rosé… La golden 1972 est capricieuse : elle ne rosit pas sur mesure. Et Georges limite les engrais chimiques. Résultat : il a assez peu de rosé et pas de gros calibre. Au bout du compte son pool2 est inférieur à la moyenne. L’achat de ses pommes ne couvre pas ses charges. Et Georges rigole quand je lui parle de salaire : il n’est même pas question de cela ! « J’ai un pool à 29 centimes et un coût de production à 32 centimes le kilo »… Souci !!
Vers autre chose
« En faisant les marchés on se rend compte que la clientèle demande quelque chose de différent ». Tout le bruit médiatique sur les dangers de la production conventionnelle invite Georges à imaginer un autre avenir. « Le bio ce n’était pas dans ma mentalité ». Georges reconnaît l’avancée mais préfère aller directement vers l’exigence d’une pomme zéro traitement. Il y a 5 ans, il plante une « collection » de 45 pommiers plein vent, autant de variétés différentes. Deux ans après, il enracine un verger en axe qu’il mènera sans pesticides. Une expérimentation grandeur nature. « J’ai testé, des variétés anciennes mais aussi des nouvelles dites résistantes » : Opale, Pitchounette, Doriane, Muselière, Pâte de loup, Reinette de Saintonge… Et si certaines sortent du lot, la nature n’a pas notre notion productive de la perfection. La pitchounette est indemne de puceron, n’a pas de tavelure, mais comme son nom l’indique, c’est une très petite pomme qui offre un rendement à sa taille, environ 600 kg hectare. Comparé au 35 tonnes du conventionnel : changement de calibre ! Mais le verger est encore jeune.
L’avenir est dans le fruit
Aujourd’hui Georges a deux hectares de Golden, 75 ares de Sainte-Germaine et un demi hectares de « sans pesticides ». « Je suis au plus bas en surface parce que le projet était d’avoir mon frigo et de tout vendre par moi même ». À 35 tonnes l’hectare, trois hectares représenteraient une centaine de tonnes de pommes à vendre ! Il faut être capable de le faire ou de stocker. Les banques lui refusent un investissement frigo : « mes finances sont trop mauvaises et le contexte morose ». Mais Georges a testé : ses pommes se gardent bien dans une grange jusque février mars. Les frigos, il peut donc s’en passer. Un élément pour sortir du système de la coopérative et la ruine annoncée. Pourtant, à la base, l’idée était de garder une petite partie de la production en Golden et de développer en parallèle un panel de variétés. Mais la réalité va être autre : l’arrêt complet de la production de pommes Golden. Georges gardera la partie zéro pesticide et la Sainte-Germaine. Elles seront valorisées en vente directe. Un nouveau cap est pris : la qualité en place de la quantité. La pomiculture se réinvente pas à pas.
1 Des frais de fonctionnement ou fixes s’ajoutent néanmoins.
2 C’est le montant moyen de sa vente à la coopérative



