
Simon contre Goliath
Un testeur de pesticides qui tient dans la main, c’est bien la promesse que semble nous faire cet étudiant, et ce avec le soutien du Ministère pour développement Durable. En voilà une idée qu’elle est bonne !
Les internets bruissent ces derniers temps autour d’une nouvelle invention à venir : le “Scan Eat”. Même à la télé on a pu entendre parler de ce jeune étudiant havrais qui a été distingué par le prix Green Tech (lancé par Ségolène Royal en février dernier pour stimuler les recherches alliant technologie et enjeu écologique). C’est tout de même une enveloppe de 150 000€ qui couronne le projet lauréat de ce prix. Simon BERNARD (ENSM) et Baptiste HORME (Étudiant EM Normandie), tous deux à l’origine du projet, mais le second passerait presque pour un oublié de la procédure médiatique, tant le premier l’éclipse.
L’idée est simple, comme toutes les grandes idées. Utiliser la technologie toute récente des spectromètres infrarouges portables pour, à l’aide d’un algorithme encore à développer, permettre au quidam de tester la composition de l’air, de l’eau ou de fruits et légumes.
Révolutionnaire me direz-vous ! Surtout par les temps qui courent, où le mieux manger, mieux boire ou mieux respirer ont le vent en poupe.
Qui plus est cette invention pourrait être couplée à une application smartphone permettant de partager les tests déjà effectués par une autre personne. Ce dernier point pourrait être le plus intéressant si l’on se pose la question du coût de développement, du coût de la production et enfin des contraintes de commercialisation. C’est peut-être ce dernier point qui pourrait être le plus gros obstacle à l’aboutissement de ce projet.
Je vais certainement passer pour un radical, soit, je l’assume. Ne serait-il pas plus logique d’arrêter d’utiliser tout simplement ces produits nocifs pour la santé ; plutôt que de continuer d’en badigeonner pommes et poireaux, au lieu de développer un tel dispositif miniaturisé ?
On pourra toujours me répondre qu’une interdiction ne suffit pas à préserver de l’utilisation d’un produit. J’en conviens.
Je ne peux me dispenser tout de même de poser ici quelques questions qui me taraudent :
Qui va décider de la liste des produits détectés et des taux acceptables ou non pour chacun d’eux ?
Quel sera le prix d’un tel bijou de technologie ?
L’application accolée sera-t-elle gratuite pour ceux qui voudraient se prémunir des pesticides sans pouvoir s’offrir le testeur ?
Je tiens néanmoins à féliciter ces deux étudiants qui, bien qu’éloignés de ces questions dans leur cursus, ont ramené un peu plus en avant ces interrogations sur ce que nous mangeons, buvons ou respirons.
Il reste cependant la partie la plus sombre à évoquer. Si en plus de ce premier financement, ils bénéficiaient de la rallonge de 500 000€ (comme le prévoit le Ministère de l’Environnement) quelles seraient alors les réactions de nos chers géants de l’agro-industrie ? Un testing à grande échelle des produits de grande consommation aurait pour conséquence immédiate de redistribuer les cartes de ce poker menteur. Et ce en faveur des producteurs les plus vertueux dans ce domaine, cela va sans dire. Ce pourrait bien être là la réelle et ultime difficulté, et le Goliath à défaire pour ce bon Simon.
Pour en savoir plus
Un détecteur de pesticide pour tester nos aliment (Sience Post) : http://bit.ly/2ci9NRJ
Le projet sur Green Tech : http://bit.ly/2bOiyzV
Félix




