Ils sont surprenants nos élus. Je parle de ceux de haut rang et de nombre de petits. Surprenants disais-je car les voir continuer à s’agiter, s’opposer, à avancer des pions pour casser la gueule à l’opposition reste sidérant. Surprenants de donner l’impression de continuer à croire à la marche linéaire d’un monde fini. Ils sont comme des aveugles claudiquant vers le précipice malgré les avertissements de la foule autour : « attention tu marches vers le vide, attention, attention ». Mais ils continuent, nous rebattent les oreilles avec des concepts surannés, avec des arguments auxquels j’espère ils ne croient pas… à moins qu’ils soient abrutis par leurs propres chimères.
Le point de vue exprimé ici est stérile me direz vous. Une prose gauchiste sortie de la tête d’un petit bourgeois qui ne connaît pas grand chose aux rigueurs de l’existence et encore moins à l’âpreté du « combat politique ». C’est exact. Ce qu’il me reste c’est la possibilité de regarder le chaos depuis ma petite tour, d’attendre que l’effondrement s’achève brutalement pour pouvoir participer à une reconstruction éventuelle.
Je ne parviens pas à me positionner du côté des optimistes, de ceux qui positivent l’avenir et évacuent insidieusement révolte, colère, engagement et résistance. Ils sont nombreux à avoir baissé la garde, à avoir trouvé refuge dans leurs canapés, peinards avec un salaire moyen, dans cette Corrèze au coût de la vie moyen, avec des amis et des loisirs moyens, un frigo moyen et des élus moyens.
Est-il encore utile de rêver à des maires, des présidents de départements, de régions, de la France même (soyons fous) qui trancheraient radicalement ? Un truc du genre : « De toute façon le bateau sombre, nous n’en sortirons pas indemnes mais nous tenterons un recours digne à ce qu’il reste d’humanisme en nous. Dès à présent nous barrons la route à l’impérialisme, nous partageons notre fric, notre travail. Nous relocalisons les banques, en faisons un service public, nous stoppons toutes formes de spéculations, laissons la terre à ceux qui la cultivent (et des cultivateurs nous allons en avoir besoin), mutualisons la propriété. Et nos enfants ? Nous leur laissons la possibilité de construire un monde non automatisé, de célébrer leurs savoir-faire, leurs aptitudes, de devenir autre chose que des fantassins ».
Des dirigeants ni froids, ni tièdes, prêts à assumer une réalité implacable, nous permettraient peut-être de tenter un abord constructif de l’inexorable chaos que nous avons fabriqué, à notre image.
Mon discours est risible, en dehors de tout réalisme, de tout pragmatisme, et nos élus tranquillement négocient avec un rouleau compresseur qui fatalement les broie. Eux, leurs hésitations, leurs lâchetés et leurs pauvretés d’esprits pendant que les petits, les besogneux, les collectifs baissent un à un les bras tant leurs petites voix ne sont ni reconnues ni entendues.( Les divergents sont exclus par le jeu des partis).
Au lieu de ce rêve d’autrement, nos ministres fabriquent la division, l’ennemi intérieur, la dépendance aux consommables futiles, la pensée normative et foncent vers le vide malgré les avertissements d’un peuple désorienté, paralysé comme des humanités mortes.
Et puis souvent je pense à mes grands-parents qui affirmaient ne plus comprendre grand chose à ce qu’ils voyaient dans le téléviseur. Non par sénilité mais parce que ce qu’ils y voyaient alors n’avait aucun sens. J’ai trois enfants et j’ai un peu honte.
Nous allons donc consacrer la page « ma vie d’élu » à des sujets plus intéressants, moins ronronnants et si par erreur il y en avait un pour commettre quelques exploits visionnaires nous ne manquerions pas de les signaler. Dans les pages initiatives par exemple ?
Pascal Brette




