
« Maman, je veux faire du foot ! » C’est simple, il y a un club pas loin, L’Entente des Vergers. Commence alors ma découverte du foot, du sport collectif et du sport amateur.
L’Entente des Vergers est une école de foot de la campagne. Elle draine des enfants de Chamberet, au nord, à Juillac, à l’ouest du département de la Corrèze. Faute d’effectifs suffisants, quatre clubs de la région de Lubersac créent cette école en 2008. Les enfants peuvent commencer le foot à cinq ans, et tous les deux ans ils changent de catégorie jusqu’à dix-huit ans quand ils intègrent l’équipe senior. Former les enfants c’est préparer les futurs joueurs adultes. Ils assureront la continuité de l’équipe et pourront éventuellement, à leur tour, former les générations suivantes. Depuis cette année, deux autres clubs ont rejoint l’Entente des Vergers. Elle compte maintenant cent-soixante-dix licenciés, peut initier et entraîner des enfants de cinq à dix-huit ans, et surtout présenter des équipes dans chaque catégorie dans les différents « plateaux », tournois et championnats organisés dans le département et plus loin.
Pour beaucoup, inscrire son enfant dans un club de foot est anodin. Ça n’a pas été mon cas. N’ayant ni la culture sport, ni la culture foot, j’entrais en terre inconnue, et ne mesurais pas l’engagement que représente la participation à un sport collectif : pour l’enfant, pour la famille, et pour les bénévoles qui animent le club. Les entraînements ont lieu une fois par semaine pour les plus jeunes puis deux fois à partir de douze ans, une heure et demie environ. Le samedi, c’est le temps des rencontres avec les autres clubs. Les premières années, ce ne sont pas forcément des moments passionnants pour les parents qui ont pu accompagner leur enfant. Les plateaux peuvent avoir lieu à une trentaine de kilomètres, le samedi matin, et il pleut, et c’est dur ! Ou le samedi après midi, au stade d’à côté, avec le soleil. Et c’est plus facile. Après avoir passé l’étape de l’enfilage des crampons sur des chaussettes trop épaisses, les enfants rejoignent le terrain et les parents s’appuient aux barrières pour admirer le match du siècle. Un troupeau de gamins agglutinés autour d’une balle ou les gars d’une même équipe se la piquent entre eux. Pas de passes. Et finalement c’est celui qui court le plus vite qui met le but. De samedi en samedi, d’année en année, heureusement, les enfants progressent : jeu plus collectif, balle mieux maîtrisée, mauvais caractère laissé au vestiaire. Ces premières années, les entraîneurs, assistés de quelques parents (surtout des papas) insistent sur le plaisir du jeu, et la conscience du collectif plus que sur la compétition.
Au départ, je ne connaissais personne. Je ratais des informations, des covoiturages et mon fils manquait des plateaux. Parfois, je ne faisais pas l’effort de m’organiser pour l’emmener car je ne mesurais pas l’ampleur de l’organisation. D’autant plus que je ne me doutais pas que toutes ces personnes qui entraînent les enfants toutes les semaines, les accompagnent chaque samedi, organisent le stage de trois jours à Pâques, sont des bénévoles. Des personnes qui aiment et qui pratiquent le foot pour le plaisir et non par profession, et donnent tout son sens au sport amateur. La plupart des entraîneurs jouent ou ont joué dans les clubs seniors. Et nombre d’entre eux ont leur enfant inscrit à l’école de foot. C’est une histoire de famille, une culture qu’on transmet. Même Stéphanie, dont les enfants jouent maintenant ailleurs, continue son rôle de secrétaire générale à gérer les inscriptions, les demandes de licences, les contacts avec le district et la ligue1District Corrèze : organise le foot en Corrèze (diffusion d’info, formation des éducateurs, organisations des tournois et autres) ; Ligue Centre ouest : même chose mais au niveau régional. et faire la tournée des matchs et entraînements dès qu’elle le peut. Près de six-mille kilomètres par an pour le club, a-t-elle estimé, et une moyenne de six heures de travail par semaine.
District Corrèze : organise le foot en Corrèze (diffusion d’info, formation des éducateurs, organisations des tournois et autres) ; Ligue Centre ouest : même chose mais au niveau régional.
L’année dernière, je n’ai pas pu emmener mon fils à un match un samedi. Je me rappelle qu’il a insisté pour y aller en me disant qu’en tant que membre de l’équipe, il ne pouvait pas les laisser tomber. Il avait intégré la dimension collective de ce sport. Pour ma part, nous entamions la cinquième année de foot et je commençais à peine à me sentir à l’aise. Il était temps ! A force de retrouver les mêmes têtes sur le terrain, les mêmes parents aux matchs, on finit par se repérer, se parler, faire des commentaires, des petites blagues, voire oser poser LA question « c’est quoi un hors-jeu ? ». Une étape est franchie. Ça devient plus simple pour organiser les covoiturages et récupérer les informations. On accepte de bonne grâce sa condition de parent-chauffeur-supporter-laveur de maillots.
Je comprends que j’ai franchi une nouvelle étape quand je vais avec plaisir voir un match dans lequel joue l’équipe de mon fils. J’apprécie maintenant la progression, l’amélioration de la technique de conduite de balle, la complémentarité entre les joueurs, la concentration, l’excitation qui monte à l’approche du but. Nous, les parents, encourageons les enfants, et pas que le nôtre : pas de tribune mais un public qui crie, félicite, taquine, commente. Les parents font aussi partie de l’équipe.
Encadré 1
Le bénévolat a cette vertu qu’il réduit les coûts. Cela rend l’activité accessible. L’inscription à l’année coûte cinquante euros et vingt-cinq euros pour le stage de trois jours à Pâques. La sortie à Bordeaux pour aller voir un match professionnel demande une participation de dix euros aux familles. Des tarifs étonnamment bas ! Alors, certes, il y a cent-soixante-dix licenciés, mais cela ne peut pas couvrir le renouvellement du matériel d’entraînement, des ballons (une quarantaine par catégories car la taille doit être adaptée aux enfants), les chasubles ainsi que les transports. Il existe des subventions publiques et la Fédération Française de Football apporte aussi son soutien aux clubs amateurs (12,5 millions d’euros, soit 6% de son budget annuel). Pour l’heure, l’Entente des Vergers ne fonctionne qu’avec la participation des familles et le sponsoring. On pourrait regretter que l’argent brassé au sommet de la pyramide ne redescende pas un peu pour éviter que les enfants ne deviennent des supports publicitaires.
Encart 2
Et les filles alors !
L’Entente des Vergers ne compte que huit filles licenciées. A partir de quinze ans, elles ne peuvent plus jouer avec les garçons (au foot) et il leur est difficile de trouver une équipe féminine, surtout dans nos régions rurales. Alors à moins d’être acharnée et prête à faire des kilomètres, elles abandonnent ce sport.
Julie Devès



