L’exode, la conquête, la colonisation, les déplacements de populations, les migrations économiques et climatiques. Il ne faut pas confondre. Que dit l’histoire ? Quel est le présent ? Quel sera l’avenir ? Si et si et si…
Une thèse de cinq cent pages n’y suffirait pas. Mais traçons quelques lignes sur ce qui a fondé l’histoire et l’idéologie de la pensée et des comportements européens sur ces thématiques. Au début de l’humanité, l’homo sapiens puis sapiens-sapiens – que l’on aurait pu appeler homo mobilis – s’est mis en marche. Il a quitté son continent d’origine et s’est installé dans les parties du monde où il a pu se rendre à pied, puis par le développement de ses inventions technologiques. Très longtemps il a vécu de la nature sauvage et s’est déplacé de façon saisonnière pour suivre des troupeaux ou bénéficier de climats plus favorables. L’homme, dès l’origine, dans sa constitution, est donc nomade. Sa première frontière sera la possession de la terre agricole. De là se développera la bien nommée culture, puis la constitution de royaumes, d’empires et d’états. Viendra alors le temps des conquêtes.
Un des grands moments de la Bible, et donc de l’imaginaire européen, est un exode. Les juifs quittent l’Égypte. Les « immigrés » d’alors s’enfuient et tout est fait pour les retenir. Dans l’imaginaire et l’histoire européenne l’empire romain s’effondre sous les vagues migratoires des peuples germains. Ces peuples nous constituent : les burgondes, les lombards, les ostrogoths, les normands, les vandales, les francs, les viking… Il y a de tout cela dans « un français », qui s’ajoute au gallo-romain déjà présent. Et tout cela sans prendre en compte les 4 % de néandertal qui nous constituent… Alors qu’est, ethniquement, « un français » ? Bien difficile à dire. Un bâtard assurément. Et les européens ? Des migrants encore plus sûrement. Des migrants économiques, politiques parfois. Ils s’expatrient. Ils partent à la découverte de l’Amérique. Ils seront bien accueillis par les amérindiens. Puis ils s’accapareront les terres. Pilleront les ressources. Décimeront les peuples autochtones… C’est peut-être cela qui fait peur à certains en voyant débarquer les migrants sur nos plages. Pas tant la différence que la possible similitude… la peur qu’ils soient à notre image…
Non les migrants ne viennent pas pour nous piller ou nous imposer une religion. Au contraire, ils ont fui les extrémistes et les extrémismes. Ce sont des réfugiés. Ils sont plutôt ceux de la guerre d’Espagne en 1939. La « retirada » voit 450 000 personnes fuir le régime de Franco qui vient de prendre le pouvoir au terme d’une guerre civile de trois longues années. Ils sont encore ces juifs qui en 1938 demandent l’asile aux États-Unis d’Amérique. Les délais d’obtention de visas étaient longs et les autorisations ont parfois été adressées à des tas de cendres. Et les refus étaient nombreux. Il était difficile de fuir le génocide en préparation. Il fallait passer des frontières hermétiques d’alors. Il y avait des passeurs. Des bons et des mauvais. L’occasion fait le larron. L’éloignement des frontières n’en fait pas moins des barrières, au contraire même semble t-il.
Le discours est aux quotas. Il y aurait des migrants acceptables et d’autres non. Il faut faire un tri. Comment ? « Tu viens pourquoi ? ». « Si tu es là pour le travail et pour le fric, tu rentres chez toi ! ». Il suffirait de mettre une rustine au canot pneumatique et de le renvoyer dans l’autre sens. Délirant ! Des conneries déconnectées des réalités humaines, tout le monde peut en dire. Tirons le fil du « chacun chez soi ». Il commence par là d’où nous venons. Et si chacun jetait un œil sur sa généalogie. Dans 75% des cas, en remontant deux branches, nous trouvons l’argument pour faire la valise. Pour les 25% restant, qui pourraient se déclarer réellement de souche, il s’agit souvent des hasards d’une géographie contraignante où la consanguinité n’a pu être évitée qu’à renfort de stratégies matrimoniales complexes et parfois outrepassées. Pour se reproduire l’homme a besoin de différences. C’est ainsi en tout endroit et de tout temps.
Nous voilà au bout des quelques grandes lignes. Une invitation à regarder l’actualité à travers l’histoire, comme un miroir qui nous renvoie à la nôtre. Et pour aller plus loin, nous ne pouvons que conseiller le livre de Gérard Noiriel, Le creuset français, écrit en 1988. Jean-Louis Bourlange du Figaro en disait : « Pas un seul lecteur de bonne foi, qu’il soit de droite, du centre ou de gauche, qui puisse affirmer en conscience, une fois le livre refermé, que sa vision de l’immigration étrangère en France n’a pas varié ».
François Gaboreau et Philippe Van Assche





