
La Fédération Corrèze Environnement rassemble 27 associations naturalistes, de protection du patrimoine, d’éducation à l’environnement, de solidarité internationale et de défense du cadre de vie autour d’un objet commun : l’Etude et la Protection de l’Environnement (des « Milieux et des Hommes »). Membre du réseau France Nature Environnement, cette association est un acteur, très mobilisé, de la préservation de l’environnement et la transformation sociale. Tantôt facilitateur pour les acteurs de l’écologie, tantôt lanceur d’alerte, Corrèze Environnement (CE) se bouge depuis presque 30 ans mais reste peu connue du citoyen corrézien. C’est pour faire connaître ses actions que LTC rencontre Cathy Mazerm, permanente de l’association.
Au commencement, une union.
Pour appréhender CE il est utile de faire un peu d’histoire. C’est en 1988 que des associations environnementalistes et écologistes : « Nature 19 », « Sauvegarde de la vallée du Coiroux », « Défense des Monédières », « Natco » et « Nature et progrès » s’unissent.
Cathy explique : « Le but de cette union était de créer une fédération afin d’avoir une représentation départementale face aux interlocuteurs en charge de faire respecter l’application de la réglementation : Collectivités locales et Etat. Car d’un bout à l’autre du département celle-ci n’était pas toujours la même. Nous avions en face de nous les mêmes interlocuteurs et il était essentiel de mettre en commun nos savoirs et savoir-faire pour ne pas laisser de dérives se produire ».
Certaines de ces associations étaient très sollicitées par des habitants pour réagir face à des projets écologiquement discutables. Il fallait organiser l’action.
La Fédération naît donc avec l’intention d’être une force représentative, un contre pouvoir, de coordonner les actions qui relient ses membres, et de faire circuler l’information d’un bout à l’autre du département. Une sorte d’union sacrée pour assurer une veille sur le territoire corrézien.
Du Local au Global.
Pendant 20 ans, CE a travaillé sur des problématiques locales. Les actions étaient très environnementalistes avec par exemple des mobilisations contre des projets de microcentrales hydroélectriques sur la Luzège, contre le projet d’A89, contre un projet de saumonerie à Argentat, pour un réglement d’eau équitable sur la vallée du Coiroux. Ou encore en réalisant un inventaire pour résorption des dépôts sauvages, en soutenant la création du PNR de Millevaches et du réseau de sites Natura 2000.
Aux abords de 2010 la fédération s’est ouverte à des préoccupations plus planétaires, plus sociétales. Elle a accueilli parmi ses adhérents des associations de solidarité internationale telles que « Les amis de Jayyous » et « Mashikuna » qui par leurs actions et leurs questionnements ont ouvert de profondes réflexions au sein de CE : « Avant, notre truc c’était : »agir local« . A partir de là nous nous sommes mis à penser plus largement, à penser à un environnement et une humanité durables. Nous disons souvent que nous nous sommes ouverts sur le bassin versant Terre et les enjeux planétaires ; nous qui étions tellement occupés par notre bassin versant Dordogne ».
« Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous contenter d’être gentils ».
« Dans la fédération, les associations ont toute le même poids, le même pouvoir et parviennent à se mettre d’accord sur les orientations et le positionnement partagé. Ce qui prédomine, c’est la pertinence ».
Lors de sa dernière Assemblée Générale, CE a affirmé sa posture, en cette période de rupture, par les verbes : « Résister, partager, créer ». Cathy raconte que « partout où nous allons, où nous essayons de faire bouger des choses, nous ne pouvons plus nous contenter d’être gentils. Jusque là nous étions diplomates, patients, mais là il y a de nets points de rupture. La ligne rouge est à marquer fermement et si elle est passée il nous faut »Résister« . »Partager« parce que nous n’avons pas tous le même savoir et la même capacité à agir. Et »Créer« car d’autres façons de fonctionner sont à envisager rapidement. »
Davantage une Coordination qu’une Fédération.
CE sert, selon Cathy, « à mettre de l’huile dans les rouages, à faciliter les actions des associations membres et à épauler des initiatives qui en ont besoin. La Fédération aide à l’organisation de nombreux événements d’informations ou de concertations comme la soirée d’information sur le TAFTA (10 septembre) avec le collectif anti TAFTA, des visites d’initiatives porteuses de changement dans le cadre d’Alternatiba (5 et 10 septembre), la co-organisation du Marché des initiatives locales et de l’agriculture durable de Tulle (4 octobre). En 2012, CE était là pour aider à la structuration du collectif contre le gaz de schiste en pays de Brive. La liste des actions et des collectifs naissants aidés par la Fédération Corrèze Environnement est impressionnante. Mais Cathy précise : »l’enjeu n’est pas d’être connu mais de permettre que les initiatives aient lieu, que ça bouge. Il y a plein de gens qui collectivement font des choses extraordinaires, utiles à d’autres. Ils les font parce qu’ils s’impliquent, se préoccupent de leur territoire. Mais ils n’ont pas toujours le temps de valoriser leurs actions. Nous, nous pouvons le faire grâce au travail de mise en réseau. »
Une des singularités de CE est de ne pas avoir de calendrier trop défini, trop rempli. « Il faut que nous ayons de la place pour répondre aux nouvelles sollicitations, aux nouveaux dossiers ».
Car pour rester active et pertinente la Fédération doit être disponible, au gré de l’actualité et des « zones de conflit », pour réagir rapidement et répondre présente ; comme actuellement auprès des habitants de Lapleau et des communes voisines au sujet du projet d’extension d’une carrière inactive depuis environ 10 ans. Ou encore sur le dossier épineux du devenir des anciennes mines d’uranium à Millevaches ou à St Julien aux Bois, ou avec le projet de STEP (Station de transfert d’énergie) de Redenat en Xaintrie.
Agréée pour la protection de l’environnement et déclarée représentative, CE est associée à plusieurs commissions préfectorales afin d’y apporter son avis et sa vision. L’association siège donc au sein de la Commission de la Nature, des Paysages et des sites, du Conseil départemental de l’environnement et des risques scientifiques et technologiques, des Commissions d’orientation agricole, chasse et faune sauvage, de suivi des anciennes mines d’Uranium, de suivi des sites Natura 2000… . Il faut ajouter à la liste des commissions au niveau régional ; comme « la planification de gestion des déchets dangereux » ou « le suivi du Plan Ecophyto ».
Évidemment l’opinion exprimée par les représentants de CE n’est pas majoritaire et les commissions sont uniquement consultatives. Mais Cathy affirme « qu’y être est très positif car les forces en présence entendent tout ce qui est dit et que si en amont de la commission, lors de l’enquête publique, il y a eu un peu de remous, alors le préfet sera plus attentif. Il peut ainsi ajouter des prescriptions à l’arrêté qu’il choisira de prendre ; et c’est déjà positif ».
Pour récapituler, CE reçoit en amont des commissions préfectorales (souvent trop peu de temps avant), des dossiers relatifs à des projets impactant l’environnement (route, élevage hors sol, parc éolien, décharge…) . CE peut informer les riverains et associations concernés qu’il y a enquête publique afin que ceux-ci s’y expriment. Après l’enquête publique CE participe à la Commission concernée pour y apporter son point de vue et faire un travail de lobbying. Lobbying qui fonctionnera davantage si les riverains se sont mobilisés durant l’enquête publique. Au final, ce sera le préfet qui prendra la décision.
Ensuite et si il y a lieu, c’est à la population locale de se mobiliser en créant le rapport de force (comme par exemple le collectif contre la ferme usine des mille veaux de La Courtine ou ONGF Allassac). CE peut alors soutenir le comité de défense constitué par la population et si le cas est grave, si le comité ne peut / veut faire face seul alors CE peut mener une action en justice : » si on estime que le sujet en vaut la peine, nous le confions à notre cellule juridique régionale (portée et financée par Limousin Nature Environnement ) qui attaquera l’arrêté préfectoral (l’État donc). Pendant ce temps le projet que nous incriminons peut commencer à se construire. Le chantier ne s’arrêtera que si nous gagnons ; mais pour cela il faut avoir de bons éléments. Il arrive que nous gagnions.
Bien qu’ayant une seule salariée et grace à l’engagement de ses bénévoles et partenaires, CE est impliquée dans beaucoup, beaucoup d’initiatives ; et ce depuis trente ans.
Trente années qui ont permis de tisser un maillage sur le département, de connaître le territoire et ses acteurs, d’être une mémoire au service de ceux-ci. CE c’est du militantisme old school, au contact des élus, des riverains et des associations locales avec un objectif de démultiplication des actions et de travail en réseau. Mais qu’adviendrait-il si la Fédération Corrèze Environnement disparaissait du paysage militant corrézien ?
Mettre de l’huile dans les rouages, lancer les alertes, faire circuler l’info sont des fonctions essentielles à la cohésion d’un territoire en alerte. Les jeunes militants qui fondèrent la Fédération en 1988 ont trente ans de plus aujourd’hui. L’action qu’ils mènent fédère peu la jeunesse militante qui préfèrera des formes plus frontales, plus zadistes, plus glamoures. Mais peut-être n’est ce pas une préoccupation pour les membres de CE. Peut être ont-ils confiance en la jeune génération et en sa capacité à se prendre en charge ; à Résister, Partager, Créer . Comme eux l’ont fait en leur temps.
Et si ça passe :
Bureau de CORREZE environnement
Jeanne Wachtel, rep de Mashikuna Jean Luc Perrières, rep de SEL de Terre Rémy Martinie,rep de la LDH Tulle (Ligue des Droits de l’Homme) William Mazerm, rep de Sauvegarde de la Vallée du Coiroux Michel Fourches, rep des Adhérents individuels Alain Brogniart, rep de Réfléchir et Informer sur la STEP de Redenat (RISR) Jean Jacques Arcondéguy, rep des amis de Jayyous
Pascal Brette



