Au moment de la mise en place de la réforme des rythmes scolaires, l’Éducation nationale (EN) annonçait1 que « les élèves pourront accéder sur le temps périscolaire à des activités sportives, culturelles, artistiques qui développeront leur curiosité intellectuelle, leur permettront de se découvrir des compétences et des centres d’intérêt nouveaux et renforceront le plaisir d’apprendre et d’être à l’école. » En Corrèze, comment cela se traduit-il ?
Des inégalités dans la mise en œuvre
La mise en place de ces temps d’activités périscolaires (TAP), qui incombe aux communes, s’est organisée dans le cadre du projet éducatif territorial, qui répertorie notamment les ressources sur le territoire. Mais quelles sont les ressources locales à Albussac ou au Lonzac, en comparaison de Brive, Tulle ou Ussel ? Même chose pour les ressources financières de la commune, et le coût des activités : plus une commune est petite, plus sa marge de manœuvre est réduite. Elle devra souvent se cantonner à mobiliser les associations locales, les bénévoles et retraités de la commune, en renforcement du personnel municipal.
Lorsqu’il est fait appel à des intervenants extérieurs, des écoles de musique, associations sportives, culturelles, d’éducation populaire, etc., ont passé des contrats avec les mairies et mettent des intervenants à disposition. Certaines personnes sont également embauchées individuellement. Des communautés de communes ou d’agglomérations proposent également un « catalogue » d’activités payantes aux communes de leur ressort. Ce recrutement d’intervenants est souvent un vrai casse-tête, posant des problèmes organisationnels complexes, car si les besoins sont réels et importants, le « vivier » disponible sur le territoire ne l’est pas forcément. Et certains animateurs décident parfois d’arrêter en cours d’année scolaire…
Et plus il y a d’intervenants mobilisables, plus les groupes d’enfants peuvent être restreints. Ainsi, dans les communes où le nombre d’intervenants est conséquent, les activités peuvent se faire en demi-groupe classe, soit 15 enfants maximum. Ailleurs, c’est parfois 20 à 30 enfants concernés. Dans les écoles sans intervenants extérieurs, où les TAP consistent en une garderie dite « active », c’est l’ensemble de l’école qui participe.
Et la qualité de l’encadrement ?
Certaines communes ont eu tendance à embaucher des intervenants en prenant davantage en compte leur disponibilité que leurs compétences en matière d’animation. Ainsi, l’encadrement de certaines activités peut laisser à désirer, selon certains parents qui déplorent leur manque d’expérience auprès d’enfants. Une enseignante de maternelle près d’Objat précise : « Leur rajouter des activités, c’est surtout leur rajouter des intervenants, qui chez nous, sont totalement bénévoles, donc pas forcément formés et aptes à gérer un groupe de 15 enfants […] ce sont des nouvelles personnes pour les enfants, qui parfois vont crier, alors qu’à cet âge ils ont un grand besoin de repères, de régularité, de calme, et que pour mieux comprendre et intégrer les règles, ils est important qu’elles ne changent pas d’une personne à une autre. Quand je les récupère en classe, je les trouve très excités. » Ce que confirme une enfant de 10 ans, scolarisée à Brive : « Parfois j’aime bien les activités, mais le problème, c’est qu’on se fait crier dessus. Moi je n’ai pas envie d’y aller pour me faire gronder et punir. » L’année prochaine, elle n’ira pas. La difficulté à encadrer certains groupes a été évoquée plusieurs fois dans les entretiens menés. Un enfant de Clergoux précise : « Il y a du bazar, et pas que des fois, tout le temps… On nous met des croix, à trois croix une punition, et à six, rencontre avec les parents, exclu une semaine. » Pour Chanigow, enseignant en Haute-Corrèze, « la reconnaissance de l’autorité est différente, même si c’est un ou une enseignante qui fait l’activité, les enfants n’hésitent parfois pas à mettre le souk. Ils font le tri entre les adultes. »
Cette difficulté à capter l’attention des enfants, à les contenir et les « embarquer » dans l’activité, ils sont nombreux à la vivre, et certains intervenants en souffrent beaucoup.
Le manque d’expérience ou de formation spécifique, des effectifs trop importants, sont autant de facteurs qui peuvent aboutir à des temps d’ateliers explosifs.
Le manque d’information et de communication entre intervenants et enseignants peut jouer aussi. Carole, intervenante en poterie sur plusieurs écoles a été surprise : « Au niveau du passage des infos, je ne croyais pas qu’il y avait autant d’enfants à soucis dans les écoles, j’avoue que j’ai été étonnée de tous ces enfants qui demandent une attention particulière. (…) Il y a des écoles où il n’y a aucun lien ni communication avec les instits. Là où l’on communique, cela se passe mieux. »
Des conditions de travail variables
Carole, s’étonne aussi que, d’une école à l’autre, les gens ne soient pas payés pareil. « Chacun arrive en négociant ses tarifs… À Brive ce n’est pas le cas, tout le monde est payé au SMIC horaire. Ailleurs, ça peut varier du SMIC à 50 euros de l’heure ! »
La question du matériel nécessaire se pose aussi. Là aussi, les conditions varient d’une commune à l’autre : ici la mairie prendra en charge le coût des fournitures en plus du salaire des intervenants, alors que là on laissera le soin aux animateurs de se débrouiller avec leurs deniers pour en trouver.
La durée des ateliers
La durée moyenne des ateliers en Corrèze est le plus souvent de 45 minutes à une heure.
Ce qui peut paraître suffisant mais s’avère être parfois un véritable marathon. Le temps que les enfants trouvent leur animateur, se rangent, se déplacent au stade voisin… et 15 minutes sont déjà passées. Sur un atelier d’une heure, ce sont en fait 40 à 45 minutes d’activité effective généralement. Impensable alors d’envisager des déplacements ; c’est au sein de l’école, parfois dans les salles de classe (que certains enseignants partagent à contre-cœur), que les activités ont lieu.
Quant au temps de préparation nécessaire, très variable selon les activités, il n’est tout simplement pas pris en compte. Temps de réflexion, de préparation, de nettoyage, de cuisson des porteries… Carole renonce à le calculer !
Si l’on ajoute à ces à-côtés chronophages le fait que certaines écoles sont très éloignées du domicile des intervenants, on comprend que certains préfèrent ne pas signer pour l’année suivante…
Et alors, cet objectif de développer la curiosité intellectuelle ?
Les enfants rencontrés sont plutôt satisfaits de ces moments de jeux ou d’ateliers, mais dans leur grande majorité indiquent ne pas avoir eu le choix des activités. Notamment lorsqu’elles ont lieu sur la pause méridienne, il est rare que les enfants aient la possibilité de rentrer chez eux. Dans certains petits villages, les enfants n’ont pas eu accès à de nouvelles activités. On peut imaginer qu’en ville, les enfants qui n’ont pas accès à des activités en dehors de l’école ont pu expérimenter de nouvelles choses. À la campagne en revanche, les enfants dont les parents sont peu ou pas mobiles, ou peu disponibles, et qui n’accédaient déjà pas aux activités proposées en dehors de l’école, n’y accèdent toujours pas.
Du temps pour ne rien faire, de grâce !
Certains parents expliquent même avoir renoncé à faire pratiquer certaines activités à l’extérieur à leurs enfants, du fait des nouveaux rythmes. Une maman explique : « Mes enfants ont demandé à faire de l’athlétisme alors qu’ils font déjà du foot. […] nous avons demandé l’avis de notre médecin de famille. Il nous a dit « stop ! » Les enfants font trop d’activités. Les temps de non-activité voire d’ennui sont importants, il faut savoir les laisser tranquilles ». Une autre maman indique que malgré la demande de sa fille, elle ne souhaite pas l’inscrire aux ateliers d’arts plastiques le mercredi après-midi alors qu’il y a déjà basket le samedi matin. « Sinon, quand pourra-t-elle jouer ? ».
1http://www.education.gouv.fr/cid66696/la-reforme-des-rythmes-a-l-ecole-primaire.html



