
Philippe Van Assche
Je vous écris de Téhéran, un livre de Delphine Minoui aux éditions du Seuil. 320 pages, 20 euros. Ça fait un peut plus de six centimes la page… C’est pour vous mettre dans le bain de ma critique que de souligner d’entrée jusqu’où notre civilisation -dont nous sommes si fiers et pour de vraies bonnes raisons- peut porter l’absurdité rationnelle du jugement. Un avertissement. Delphine Minoui est de mère française et de père iranien. Elle raconte dans ce livre ses années iraniennes, de 1997 à 2009, sous forme d’une lettre posthume à son grand-père, ex ministre de l’éducation et ambassadeur de l’Iran à l’Unesco. Elle a mis du temps à choisir l’angle d’attaque. Son métier de journaliste l’avait d’abord portée à envisager l’écrit « à distance », l’enquête. C’est le choix de la subjectivité assumée, du récit personnalisé, du dévoilement si l’on peut dire qui l’a finalement emporté. Et tant mieux. Parce que Delphine Minoui sait écrire son ressenti. L’ouvrage est tissé d’émotion fine. On tombe sous le charme et même en amour de l’auteur par sa plume. Parce que si elle consent à vivre voilée c’est pour pudiquement dévoiler le vécu. Ce faisant, elle endosse le point de vue de la culture occidentale qui l’a bercée. Ça peut être parfois perturbant. Mais c’est le parti-pris assumé du récit. Il faut s’y laisser porter. Au fil du voyage, on trouvera décrite la beauté des contradictions d’une culture qui nous est tant éloignée. Et puis, si l’on s’engouffre au détour d’une page dans le jugement de l’Autre -qui nous semble toujours plus barbare- avant de tenter de le comprendre, il sera temps de se rappeler l’avertissement du début de cette critique et de rire un peu de nous. Ce livre de la double culture éveille l’esprit au double sens de mieux se comprendre.
Philippe Van Assche




